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Exploiter les co-produits, un atout face au prix bas du pétrole

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Les co-produits des industries, ce « cinquième quartier », sont une mine qui est loin d’être exploitée, et pourtant c’est un atout significatif pour les filières de produits biosourcés face au prix bas du pétrole. Ils peuvent en accroître sensiblement le revenu. C’est l’un des messages que l’on a pu entendre au Siñal, le salon des industries non alimentaires, qui s’est tenu à Châlons-en-Champagne les 24 et 25 mai.

La multiplication des co-produits, tant ceux que génèrent les bioraffineries, que ceux qui, au contraire, proviennent d’autres industries pour alimenter les filières du biosourcé, est une évolution favorable pour ces filières malmenées actuellement par les prix bas du pétrole. Les co-produits pourraient bien mieux qu’actuellement procurer des revenus supplémentaires et donc de la compétitivité, aux filières, a indiqué Carine Alfos, directrice de l’innovation à l’Iterg, l’Institut technique des corps gras, situé à Pessac, près de Bordeaux.

La Finlande était le pays à l’honneur de cette 8ème édition du Siñal. Ce pays cherche à créer 100 000 emplois additionnels aux 300 000 existant déjà dans la bioéconomie, secteur qui combine l’industrie du bois, la chimie, l’énergie, la construction, les technologies de l’agroalimentaire et de la nutrition, a indiqué Risto Piipponen, ambassadeur de Finlande en France.

De la paille de colza aux coproduits du raffinage de l’huile

Il faudrait, pour exploiter davantage ces atouts, transformer la biomasse comme les pétroliers le font avec le pétrole : « La chimie du végétal doit se développer sur le ‘‘ craquage’’ de la biomasse. La solution ne peut pas venir de la valorisation de telle ou telle molécule, mais d’une approche globale et donc du développement des bio-raffineries », a souligné Carine Alfos. Un exemple, la paille de colza. Jusque-là laissée dans les champs, elle pourrait, en partie du moins, servir à la production de fibres pour matériaux composites. Mais ce n’est pas tout. Par exemple, les huileries génèrent des coproduits, qui sont valorisés jusque là essentiellement en aliments du bétail. Ces coproduits du raffinage de l’huile alimentaire s’appellent les « condensats de désodorisation » et les « huiles acides issues des pâtes de neutralisation ».

Les condensats de désodorisation « pourraient avoir une valorisation à plus forte valeur ajoutée », estime Carine Alfos. En séparant les constituants de ces condensats et en les recombinant autrement, on pourrait en extraire des molécules servant d’additifs, qui, même avec une faible teneur, améliorent « drastiquement » des matériaux : composites, plastiques, thermoplastiques. Les huiles acides, quant à elles, sont déjà bien valorisées en aliment du bétail, mais on peut encore faire mieux : elles peuvent fournir des molécules à même d’apporter des performances aux matériaux. L’extraction des molécules ne supprimera pas le marché de l’aliment du bétail : « Les deux marchés subsisteront », a tenu à préciser la directrice de l’innovation de l’Iterg. Autrement dit la technologie tend à multiplier les marchés, plutôt qu’à les substituer les uns aux autres. Cette tendance est facteur de diversification des risques de prix.

L’industrie des algues à la sortie des élevages

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Les coproduits des filières de biosourcé sont un atout, mais ceux d’autres activités peuvent être intéressants également. Par exemple, l’industrie des algues, encore émergente, gagnerait à s’installer près des élevages, notamment porcins, pour bénéficier des effluents, riches en phosphates et en nitrates, a indiqué Maud Benoît, chef de projet au Ceva, le Centre technique de valorisation des algues. Les algues ont toutes les chances pour devenir des sources de biomasse compétitives : elles ont une croissance rapide, un nombre d’espèces supérieur à 200 000, une teneur en lipides pouvant atteindre 80 % (un avantage pour produire du biodiesel). Elles peuvent aussi s’installer à la sortie de sources d’eau chaude, telles les cimenteries. Les algues peuvent constituer des matières premières intéressantes pour l’industrie d’alimentation des poissons et des bovins, de la cosmétique, de la pharmacie, de l’alimentation, de la chimie, des fertilisants.

Le stand de la Finlande a montré justement un système typique d’économie circulaire avec récupération de l’eau chaude. Ce projet, appelé Sybimar, utilise l’eau chaude issue d’une centrale de cogénération (production d’électricité avec valorisation des calories) de biogaz issu de la méthanisation d’effluents d’un élevage de poissons. L’eau chaude réchauffe une serre maraîchère. L’eau qui en ressort, tiède, alimente l’élevage de poissons. La boucle est bouclée. Une boucle dans laquelle un opérateur de services sur Internet devrait entrer prochainement, pour valoriser les calories emportées par l’eau de refroidissement de ses ordinateurs !

La technologie tend à multiplier les marchés plutôt qu’à les substituer les uns aux autres

Producteurs de Champagne cherchent fournisseurs de biomatériaux et biomolécules

Il y a encore du chemin entre les avancées des instituts de recherche et autres projets pilotes et les réalisations en vraie grandeur, répondant à des attentes précises. Carine Alfos, directrice de l’innovation à l’Iterg l’a reconnu : « Pourquoi, au-delà des applications classiques, au-delà du développement de très petits volumes, ne trouve-t-on pas plus de développements industriels ? », s’est-elle interrogée, à propos de la lipochimie. Peu après l’intervention de Carine Alfos, Arnaud Descotes, directeur adjoint technique et environnement du Comité interprofessionnel du vin de Champagne, est allé dans ce sens, en dressant une véritable liste de commandes aux industries biosourcées. Les produits suivants n’existent pas encore, mais seraient nécessaires à la marche de la filière vers de meilleurs bilans environnementaux, a-t-il exposé : biomatériaux pour capsules et coiffes de bouteilles, intercalaires, plastiques pour caisses de vendanges, palettes, films de palettisation, biomolécules pour stimulateurs des défenses naturelles des plantes, biolubrifiants pour circuits hydrauliques, tracteurs et pressoirs, encres, vernis et colles.