Abonné

Face à Attac, Stéphane Le Foll fait un bilan de sa politique

- - 5 min

Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, et Aurélie Trouvé, coprésidente du conseil scientifique d’Attac France (1) et maître de conférences à AgroParisTech, ont confronté leurs points de vue sur la politique agricole commune (Pac), les plans Ecophyto, les accords de libre-échange pendant près d’une heure au cours de l’émission Agora sur France Inter, le 22 novembre. Ces échanges ont mis en exergue un bilan partiel de la politique agricole et forestière menée par Stéphane Le Foll depuis 2012.

« Quelque 30 % des aides sont liés au verdissement. […] Si la France n’avait pas plaidé pour les maintenir, on aurait eu 5 % ou 6 %. Vous croyez que c’est facile à faire accepter ? », a adressé Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, à Aurélie Trouvé, coprésidente du conseil scientifique d’Attac et enseignante à AgroParisTech, le 22 novembre, sur France Inter. L’émission Agora a permis au ministre de dresser un bilan partiel de la politique qu’il mène depuis 2012 à la tête du ministère de l’Agriculture et dans les institutions européennes. Aurélie Trouvé montre les insuffisances de la Pac, selon elle : « D’une manière générale, plus on pollue et plus on reçoit d’aides de la Pac. […] Il faut absolument aller vers un autre système. Et il faut du courage politique pour faire face à cela », a-t-elle développé. Le ministre de l’Agriculture ne semble pas se démonter : « Le plus dur pour moi n’a pas été la France, mais sur d’autres pays européens qui n’en voulaient pas (des 30 % de verdissement, ndlr) », poursuit-il.

Changer de modèle agricole : un consensus

Les deux intervenants ne se rejoignent pas sur la Pac, du moins pas totalement. En revanche, le ministre retrouve Aurélie Trouvé sur le changement nécessaire de modèle agricole : « J’ai conscience que l’agriculture est en cours de mutation profonde. » Le modèle agro-éocologique doit s’appuyer « sur les mécanismes de la nature plus que sur les machines et la chimie », affirme Stéphane Le Foll. Les critiques du plan Ecophyto 1 dessinent une ligne commune aux deux intervenants. Là où la scientifique dresse un bilan très négatif du plan Ecophyto 1, l’homme politique ne nie pas et même développe : « Pourquoi ça n’a pas marché ? Parce qu’on n’a rien posé sur la table, sur les modèles nécessaires pour diminuer l’utilisation des phytos […] On a mis les agriculteurs dans une impasse ». Le plan Ecophyto 1 a été insuffisant puisque l’utilisation des phyto a augmenté sur la période visée. À entendre le ministre Stéphane Le Foll, le tir a été rectifié avec Ecophyto 2 lancé par son ministère. Avec les Certificats d’économie des produits phytosanitaires (CEPP), « on dit aux firmes : votre responsabilité est de faire baisser vos ventes de 20 % en cinq ans. » Si ce n’est pas le cas, « il y aura des sanctions financières. »

Réguler les marchés : encore en débat

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

« Dans le monde, il y a une menace liée effectivement à une libéralisation des échanges qui, si elle n’est pas maîtrisée ou si elle n’a pour objectif que de favoriser ceux qui ont déjà un avantage, est destructrice des capacités de chacun à pouvoir assumer une partie de la souveraineté », affirme Stéphane Le Foll sur le sujet du commerce international. Le besoin d’une certaine forme de régulation des marchés ressort des échanges. « Il y a toujours eu des échanges. Il faut les organiser et […] faire prévaloir une dimension plus globale de l’intérêt alimentaire. » Le ministre rappelle que l’UE et la France se sont penchées sur le phénomène de spéculation « pour éviter que ceux qui sont déconnectés du marché physique » ne puissent faire exploser les prix. Aurélie Trouvé soutient que l’UE et la France ont une responsabilité forte car l’UE promeut les accords de libre-échange : « Il y a aujourd’hui 600 accords en cours de négociation ou conclus (accords bilatéraux, ndlr). » Elle combat l’idée « qu’on va nourrir le monde. L’enjeu est que chaque pays atteigne au maximum leur autonomie alimentaire. » Elle met en garde : « Bien sûr, il y aura toujours du commerce. Mais l’autonomie alimentaire s’est dégradée. […] L’accaparement des terres, ce sont aussi des fonds souverains (pas seulement des fonds privés, ndlr). Il faut des actions politiques solides. »

(1) Attac est une organisation internationale impliquée dans le mouvement altermondialiste.

L’émission est disponible en replay à l’adresse suivante : http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1190479