Après la Foire de Châlons, c’est au tour du Sommet de l’élevage de voir son édition 2020 annulée. Dans le flou sur leur avenir, les organisateurs de salons agricoles regrettent de ne pas avoir été encore reçus par leur nouveau ministre de l’Agriculture, depuis sa nomination en juillet.
« Compte tenu de la reprise de la circulation du virus, le préfet du Puy-de-Dôme n’a pas répondu favorablement à notre demande de dérogation », a indiqué le commissaire général du Sommet de l’élevage, Fabrice Berthon, le 28 août à Agra Presse. La " jauge " limite pour organiser un événement est fixée à cinq mille personnes « à l’instant t », rappelle-t-il, or « nous avions besoin d’accueillir trente mille personnes par jour sur 170 000 m2 répartis dans plusieurs halls ». « Nous sommes déçus, un peu amers, mais nous prenons acte et nous comprenons la décision des pouvoirs publics », a-t-il réagi. D’après M. Berthon, 90 % des exposants de 2019 étaient inscrits et « partageaient avec nous l’idée que le Sommet aurait pu être retenu au titre de la relance économique ».
Le Sommet, dont la 29e édition devait se tenir du 7 au 9 octobre 2020 à Cournon-d’Auvergne, avait accueilli quatre-vingt-seize mille visiteurs en 2019. Son impact économique représente 60 M€ de retombées secondaires, cent mille transactions commerciales sur place, pour « plusieurs centaines de millions d’euros », et l’équivalent de quatre cents emplois à temps plein sur l’année, précise le commissaire général, qui s’appuie sur le calculateur de performance économique de l’Unimev (métiers de l’événement).
Revenir « plus fort »
Toutefois, le salon auvergnat entend « revenir plus fort » en 2021, avec une édition spéciale sur quatre jours (du 5 au 8 octobre 2021) pour son trentième anniversaire et l’ambition de « franchir la barre des cent mille visiteurs ». « Même si le virus est toujours là, j’espère qu’on aura appris à vivre avec », veut croire Fabrice Berthon.
Dans ce contexte incertain, les organisateurs de salons agricoles regrettent de n’avoir pas encore été reçus par le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie depuis sa nomination en juillet. Portée par le Salon de l’agriculture (Sia), une demande de rencontre émanant de sept salons agricoles* a été adressée, cet été, peu de temps après son arrivée au ministère, sans qu’une date ait pu leur être proposée depuis. « Le temps passe, les salons s’annulent et nous n’avons toujours pas de réponse, regrette le président du Sia, Jean-Luc Poulain. Nous ne sommes pas arrêtés sur des demandes en particulier, nous aimerions au moins avoir une discussion. Ces annulations ont un impact économique, non seulement sur les salons, mais aussi, par leur aspect international, sur la profession. »
Annulations en série
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L’annulation du Sommet de l’élevage intervient après celle des principaux salons agricoles de l’été et de la rentrée : Terres en fêtes à Arras (12 au 14 juin), la Foire de Châlons (4 au 14 septembre), Innovagri (8 au 10 septembre), les Terres de Jim (11 au 13 septembre) et le Space de Rennes (15 au 18 septembre). Plus largement, les salons agroalimentaires sont également touchés, avec notamment l’annulation du Sial (15 au 19 octobre). En mars, le Salon de l’agriculture avait été le premier évènement agricole touché par la crise sanitaire, avec une fermeture anticipée d’un jour. La fréquentation était passée au-dessous de la barre des cinq cent mille visiteurs, alors qu’elle s’établit généralement autour de six cent mille visiteurs.
Seuls les salons de plus petite envergure pourraient se maintenir à la rentrée, en se conformant aux limites de cinq mille visiteurs par jour, parmi lesquels Natexpo (salon bio, à Lyon), le CFIA (agroalimentaire, à Rennes) ou Agrimax (agriculture, Metz). La France n’est pas la seule touchée par les annulations des grands évènements agricoles. En Allemagne, leader européen des évènements professionnels, le grand salon de l’élevage Eurotier (Hanovre), qui devait se tenir en novembre a été annulé, reporté pour l’instant au mois de février.
Quid du Sia 2021
Les évènements de l’hiver n’ont pas encore déposé les armes. Jusqu’ici, le salon Fruit logistica qui doit se tenir à Berlin en février n’a pas annoncé de report. Par contre, les organisateurs de la Grüne Woche (Berlin, janvier) ont d’ores et déjà annulé l’évènement. Qu’en sera-t-il de son équivalent français, le Salon de l’agriculture ? Prévu quelques semaines plus tard, du 27 février au 7 mars 2021, l’évènement de la porte de Versaille entend pour l’instant se maintenir : « Nous nous posons beaucoup de questions, mais nous le préparons comme une édition normale. Et je tiens à ce qu’il se tienne, car la profession a besoin de ce salon », explique Jean-Luc Poulain.
L’effet d’une annulation serait difficile à chiffrer, selon l’élu : « Organiser le salon nous coûte autour de 13 millions d’euros. Mais c’est sans compter le montage des stands de chaque exposant, par exemple. Quant au courant d’affaires, il n’est pas mesurable. »