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Foie gras Face aux volumes en baisse, le foie gras se valorise

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La saison festive a été l’occasion pour Delpeyrat de devenir numéro un du foie gras en volume en France. Labeyrie, de son côté, a eu davantage à souffrir de l’absence de matière première, mais reste toutefois leader sur le mi-cuit, un produit plus valorisé.

La crise de l’influenza aviaire, qui a sévi pour une deuxième année consécutive en France en 2017, n’en finit pas d’égrainer ses effets. Depuis 2015, dernière année « normale » pour la filière, la production de canard a été presque divisée par deux en France, passant de 40 millions de têtes à 23 millions en 2017. Les industriels ont donc été directement pénalisés par le manque de matière première, sachant que l’année dernière les abattoirs n’ont redémarré que fin août dans le Sud-Ouest, après plusieurs mois de vide sanitaire et des abattages massifs.

« Nous avons divisé par deux la production de foie gras en 2017, et l’année dernière a été encore plus difficile qu’en 2016 puisque nous avions écoulé tous nos stocks », explique ainsi Dominique Duprat, directeur général de Delpeyrat. Au niveau de la maison mère Maïsadour, la crise s’est soldée en 2017 par 100 millions d’euros de pertes, dont 35 millions pour Delpeyrat. La marque de foie gras a réalisé un chiffre d’affaires 2017 de 200 millions d’euros.

Des hausses obtenues de la grande distribution

La filière a donc reporté ses efforts sur la fin d’année, qui concentre l’essentiel des ventes, afin de sauver ce moment clé. Sur les trois derniers mois de l’année dernière, les volumes commercialisés en grandes surfaces étaient ainsi en recul de 12,5% par rapport à la même période de 2016 (source IRI citée par le Cifog). Mais les industriels sont néanmoins parvenus à faire passer des hausses : les ventes en valeur étaient en hausse de 2,8%. « Nous avons réduit les niveaux de promotions et les volumes sous promotion et limité le nombre de références », explique Dominique Duprat. Les distributeurs ont accepté de passer des hausses estimées à 30% en deux ans par Delpeyrat, qui les juge « insuffisantes ». « Le coût du canard a bondi de 40% en deux ans », affirme Dominique Duprat.

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Toutefois, les transformateurs ne sont pas tous frappés avec la même intensité. Delpeyrat devient ainsi le numéro un du foie gras à l’occasion de la saison festive écoulée, avec 17,8% de parts de marché, mais aussi sur l’ensemble de l’année 2017. Cette position est valable en volume, tandis que les ventes détaillées en valeur ne sont pas disponibles de la part des panélistes. Ainsi, la filiale de Maïsadour est-elle parvenue à commercialiser dans la grande distribution en France en fin d’année 569 tonnes contre 526 tonnes un an auparavant, soit 8,2% de plus qu’à la fin 2016. Pour donner la priorité à la grande consommation hexagonale, Delpeyrat a moins livré les MDD, arrêté les marques comme Auguste Rey ou Le Canard du Midi, et réduit les exportations en Europe, tandis que le Japon était fermé aux foies gras français jusqu’à la fin 2017. Delpeyrat est aussi parvenu à augmenter ses volumes en foie gras mi-cuit de 12,7% (415 tonnes). En épicerie, il est aussi deuxième, avec des volumes en recul de 2,4% (152 tonnes).

Labeyrie conforté dans sa stratégie de valorisation

Quand au numéro deux du foie gras, Labeyrie, il explique ses volumes en retrait car il ne se fournit qu’en canards du Sud-ouest issus de la coopérative Lur Berri, son actionnaire aux côtés du fonds PAI, contrairement à Delpeyrat qui dispose, en plus du Sud-ouest, d’un deuxième bassin d’approvisionnement dans l’ouest. « Nous ne changerons pas notre politique qui consiste à se fournir exclusivement en canard IGP Sud-ouest », affirme Jacques Trottier, directeur général de Labeyrie. Le fabricant mise sur la valorisation du foie gras enclenchée avec la raréfaction de la matière première.

En 2017, sur un marché du foie gras toutes catégories confondues en moyenne à 75 euros/kg, Labeyrie se positionne à 96,71 euros. Sur le mi-cuit, plus valorisé, Labeyrie vend à 99 euros, tandis que le marché est en moyenne à 80,30 euros (Delpeyrat à 73 euros). Labeyrie, bien qu’en retrait sur le mi-cuit, reste numéro un en volume avec près de 20% de parts de marché, devant Delpeyrat. En revanche, sur le foie gras appertisé, Labeyrie recule et reste un opérateur marginal avec moins de 5% de parts de marché. « C’est incroyable, mais le marché a augmenté en valeur », note Jacques Trottier, ce qui le conforte dans sa stratégie de montée en gamme et en prix du foie gras pour l’avenir.