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Viticulture Faire face à la concurrence internationale

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L’Europe a arraché ses vignes pendant de longues années pour lutter contre la surproduction. Mais dans le même temps, de nombreux pays tiers ont créé des vignobles. La production mondiale est de nouveau largement excédentaire. La nouvelle OCM n’a pas pris en compte cette situation dont la France commence à sentir les effets. Les viticulteurs sont inquiets pour leur avenir mais veulent continuer à se battre pour leurs produits dont ils défendent la qualité. Les mutations du secteur devraient s’accélérer avec la crise qui se développe, poussant comme dans beaucoup de productions à l’agrandissement et à la spécialisation des exploitations.

Depuis la fin des années 70 et jusqu’au milieu des années 90, le vignoble mondial a perdu chaque année quelques milliers d’hectares, passant de plus de 10 millions d’ha à moins de 8 millions. Une baisse des surfaces surtout due à l’Europe qui, pour éviter la surproduction et accompagner une baisse de consommation, avait décidé d’arracher une partie de ses vignes. L’Union espérait qu’une fois parvenue à un ajustement entre l’offre et la demande, le spectre des crises s’évanouirait. La Politique agricole commune est alors intervenue en viticulture pour favoriser l’arrachage (notamment dans les régions en excédent structurel) et l’abandon d’activité tout en incitant à « rénover » le vignoble avec des cépages plus qualitatifs. L’objectif d’ajustement atteint, les mesures de gestion de marché visant à financer l’utilisation des excédents à d’autres fins (alcool industriel notamment), n’avaient plus d’utilité. Très logiquement, la nouvelle Organisation commune de marché (OCM) viti-vinicole a éliminé l’intervention, instaurant un mécanisme de distillation de crise destiné uniquement aux cas exceptionnels de perturbation du marché.

Les nouveaux pays producteurs changent la donne

On comprend aujourd’hui que la nouvelle OCM était déjà caduque alors même qu’elle entrait en application en 2000. Car les excédents supprimés en Europe venaient de se récréer ailleurs. Et l’Europe ne pouvait pas s’en protéger. De nombreux pays, en dehors de l’Union européenne, plantaient des vignes tandis que l’on arrachait sur le Vieux continent. En 2001, l’Australie comptait 160 000 ha de vignes plantés en moins de 10 ans, le Chili 175 000, l’Argentine 213 000, les Etats-Unis 415 000. Année après année, ces nouveaux vignobles entrent en production créant une surproduction mondiale et exacerbant la concurrence internationale. Or, l’OCM n’a pas considéré cette nouvelle donne, aucune de ses dispositions ne permet d’y faire face. Même si le règlement officialise le rôle potentiel des groupements de producteurs et des organisations interprofessionnelles, il ne donne pas les moyens de construire des filières fortes à l’exportation ni de défendre les couleurs de l’Europe. La situation du vin se rapproche de celle des autres produits agricoles en concurrence ouverte sur un marché mondialisé mais sans soutien particulier.

L’excédent mondial en 2004 evalué entre 52 et 63 millions d’hl

Les vins européens doivent être défendus pour exister dans une offre mondiale pléthorique où la compétition se fait par les prix. Les viticulteurs français souhaitent une réforme de l’OCM viti-vinicole afin d’utiliser les fonds destinés à la distillation et non utilisés, à une communication plus importante hors frontières. Ils demandent aussi des moyens pour structurer leur filière et accroître leur représentation à l’étranger. Mais la réforme n’est pas encore à l’ordre du jour à Bruxelles. Alors que l’année 2005 s’annonce difficile avec une production mondiale record que l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) estime entre 279,4 et 294,3 millions d’hl (+25 Mhl par rapport à 2003). La consommation mondiale n’augmentant que très lentement, la surproduction est évaluée entre 52 et 63 millions d’hl. A quelque chose près, le volume de vin produit en France.

Les marchés déjà fragilisés selon Agreste

Déjà, le maintien difficile des débouchés pour le vin français est souligné par Agreste (septembre 2004) qui note la fragilité des marchés viticoles. Les exportations ont reculé en 2003 et 2004, selon la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS). La hausse des prix du vin à la production est interrompue selon Agreste et de nombreux vignobles prestigieux (Bordelais, Beaujolais, Bourgogne) mettent en place des mesures pour faire face à la crise. Les organisations professionnelles tentent de chiffrer les besoins pour venir au secours des nombreuses entreprises en difficultés.

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Il est probable que la crise qui s’amorce va accroître les évolutions constatées lors du recensement 2000. A savoir, la disparition des petites entreprises, la tendance à l’agrandissement et à la spécialisation des exploitations, l’essor des formes sociétaires accueillant des investisseurs (en raison du poids du foncier notamment), une plus grande mécanisation des cultures et un recours de plus en plus important à la main d’oeuvre salariée (voir encadré page 15).

Un fort renouvellement dans les années à venir

Reste que ce secteur devra résoudre un autre problème : celui du vieillissement de sa population. Un quart des producteurs avaient au moins 60 ans en 2000. Cette proportion est plus forte sur l’arc méditerranéen et en zone de montagne. La tranche des 55/59 ans atteignait 11% et celle des 45/54 ans 28%.

La pression foncière incite déjà à recourir aux mesures d’arrachage plutôt qu’à la recherche de successeurs, dans les zones de production peu rentable (dans les Pyrénées-Orientales notamment). Il est probable qu’une partie du vignoble, dans le Sud de la France notamment, va disparaître.

Mais globalement, même s’ils sont pessimistes, les vignerons français désirent une poursuite de leur activité : 57% souhaitent que leurs descendants exercent le même métier et 78% estiment que c’est un métier de jeunes, selon une étude BVA/Vinitech de juin 2004.