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DÉBAT/PRIX Faut-il augmenter les prix ?

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Augmenter les prix, oui, mais lesquels ? Ceux que payent les distributeurs et/ou ceux que payent les consommateurs. Les industriels de l'agroalimentaire craignent pour la pérennité du secteur et de ses emplois tandis que les distributeurs brandissent la préservation du pouvoir d'achat. Entre les deux, les associations de consommateurs doutent de la bonne foi des uns et des autres. Etat des lieux d'un débat sans fin.

XAVIER Beulin, président de la FNSEA, était satisfait du ton du ministre au sortir de la table ronde avec Arnaud Montebourg, Carole Delga et le directeur de cabinet de Stéphane Le Foll. « Il y a un consensus sur le fait que la France soit en déflation sur l'alimentation, et sur le fait que la guerre des prix entraîne des défaillances d'entreprises », commente-t-il. « La faible croissance et les prix des produits alimentaires de grande consommation à la baisse mettent en danger l'équilibre des filières et obèrent les capacités à investir dans l'outil de production », ont affirmé les ministres dans leur communiqué commun.

Les mêmes acteurs avaient été auditionnés la veille, mercredi 16 juillet, par la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale. « Cette guerre des prix, c'est nous qui la finançons, contraints et forcés. Nous sommes dans un schéma critique, avec un risque de déflation et de destruction de valeur, d'emploi et d'investissement », s'est alarmé Jean-Philippe Girard, président de l'Ania, devant les députés.

LES ASSOCIATIONS DE CONSOMMATEURS REFUSENT DE PARLER DE DÉFLATION

Du côté des associations de consommateurs, difficile de réclamer des hausses de prix... « On nous parle d'un effondrement des prix alimentaires “destructeur de valeur” ? En réalité, la baisse des prix très modeste que l'on observe depuis un an dans les rayons alimentaires, est sans commune mesure avec les augmentations considérables que nous avons subies une première fois en 2008, puis à nouveau en 2011 », plaide Alain Bazot, toujours sur son blog. Mais l'UFC Que Choisir renvoie quand même plutôt la balle dans le camp de la distribution : « Il y a des évolutions de marges brutes pour lesquelles nous n'avons pas d'explication », a indiqué Olivier Andrault, chargé de mission agriculture-alimentation de l'association, expliquant notamment que l'Observatoire des prix et des marges a mis en évidence un doublement des marges de la distribution, sur dix ans, pour le lait de consommation, la côte de porc ou encore le poulet. L'association de consommateurs préconise d'ailleurs de « donner les moyens et de préciser l'action de l'observatoire des prix et des marges », « que la DGCCRF puisse faire des enquêtes », et de surveiller la mise en œuvre de la nouvelle législation.

LES DISTRIBUTEURS ACCUSENT LA CRISE

De leur côté, les distributeurs accusent la crise. « Nous sommes dans une situation difficile, de type déflationniste, dangereuse pour tout le monde. On ne peut pas dire que la distribution se porte de manière merveilleuse », argumente Jacques Creyssel, délégué général de la FCD (Fédération du commerce et de la distribution). « Le pouvoir d'achat des ménages recule, c'est la 1ere fois depuis 30 ans, c'est l'origine de tout ça ». Michel-Edouard Leclerc, patron de l'enseigne de grande distribution E.Leclerc, abonde : « On est dans une crise qui touche tous le monde, elle s'impose à nous dans nos magasins : depuis septembre 2013, j'ai vu pour la première fois des chutes des achats en volume ».

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Avant même la réunion, Michel-Edouard Leclerc avait sur son blog répondu par une fin de non-recevoir. « Sur un an, les cours des produits agricoles ont sérieusement décroché: -30% sur la pomme de terre, - 10% sur le blé, - 12% sur le maïs, - 7% sur le sucre... Expliquez-nous pourquoi les distributeurs n'auraient pas le droit d'exiger des diminutions de tarifs », questionne-t-il. Peut-être parce que les hausses consenties précédemment n'ont pas permis d'éviter aux industriels de voir leurs marges dégringoler ? Demander à répercuter la baisse des matières premières rapidement et intégralement suppose de faire preuve de la même réactivité quand elles augmentent…

COMMENT DÉFINIR LE PRIX JUSTE ?

« Le consommateur est jusqu'à maintenant très protégé, c'est une question qu'il faut que l'on se pose », suggère Henri Brichart, évoquant une augmentation du prix de vente au consommateur. Pour Jean-Philippe Girard, président de l'Ania (industriels), il faut revenir à des tarifs qui permettent « un juste revenu pour les agriculteurs, des marges suffisantes pour les industriels et les distributeurs, tout en respectant les consommateurs ».

« Si le but de cette discussion est de dire qu'il faut augmenter les prix, je ne suis pas d'accord, on ne maintiendra pas la consommation, le consommateur ne l'acceptera pas », tranche Michel-Edouard Leclerc. Selon lui, les prix bas permettent de « garder les volumes vendus et la relation avec le client, pour réajuster les compte tours » quand le contexte économique sera meilleur.

Ce à quoi Olivier Andrault de Que Choisir répond : « Nous n'avons jamais demandé le prix le plus bas à n'importe quel coût social, simplement le prix qui reflète l'évolution des matières premières. ». Reste à savoir si l'Etat restera ferme, pris entre la volonté de maintenir le pouvoir d'achat des consommateurs, visible à court terme, et celle d'assurer la bonne marche de l'économie agroalimentaire et de ses emplois.