Alors que Marc Fesneau est attendu sur le terrain ce vendredi 30 août, en Saône-et-Loire, les syndicats affichent un front uni pour demander la prise en charge de la vaccination contre tous les sérotypes de la fièvre catarrhale ovine (FCO), ainsi que des indemnisations.
Peu de revendications sont partagées par l’ensemble des syndicats agricoles : celle d’une meilleure prise en charge de la vaccination contre la fièvre catarrhale ovine (FCO) en fait partie. Alors qu’un déplacement de Marc Fesneau est prévu sur ce sujet, vendredi 30 août en Saône-et-Loire, les attentes des éleveurs sont fortes. Selon nos informations, le ministre de l’Agriculture pourrait faire des annonces à cette occasion. D’après leurs communiqués officiels, le binôme FNSEA-JA, la Confédération paysanne et le Modef réclament la même chose : une prise en charge par l’État de la vaccination contre tous les sérotypes de la FCO (3, 4 et 8), ainsi qu’une indemnisation des pertes. Une demande également formulée dans un courrier par la Coordination rurale du Gers – où douze foyers de FCO-8 ont été détectés au 23 août, selon La Dépêche du midi. La présidente nationale de la CR, Véronique Le Floc’h, confirme à Agra Presse que son syndicat demande « la prise en charge de la vaccination, mais au moins et, sans tarder, pour la FCO-3 ».
En première ligne : les éleveurs d’ovins, dont les animaux sont les plus sensibles à la maladie. Qu’il s’agisse des sérotypes 8 ou 3, « les pouvoirs publics n’ont pas su anticiper la diffusion » de la FCO, a déploré la présidente de la FNO (éleveurs d’ovins, FNSEA) Michèle Boudoin en conférence de presse le 27 août. Concernant la FCO-8, « il y a le feu partout », alerte-t-elle, avec environ « 800 suspicions dans le Sud ». Et de poursuivre : « Il y a rupture sur le vaccin ». « Si le laboratoire (Syva, NDLR) ne produit pas de nouvelles doses de Syvazul 4-8, on ne pourra pas faire de rappel et on va anéantir le protocole » vaccinal, prévient Mme Boudoin.
Seulement « 250 000 doses » contre la FCO-8
La vaccination contre la FCO-8 est à la charge des éleveurs, qui doivent passer commande auprès de leurs groupements ou vétérinaires. Mais « seules 250 000 doses sont disponibles pour la France entière », affirme la présidente de la FNO. À titre d’exemple, l’Aveyron, important bassin laitier, compte 800 000 brebis. L’éleveuse du Puy-de-Dôme prend aussi l’exemple de sa coopérative Copagno : « Nous avons commandé 10 000 doses il y a un mois, à peine 30 % sont arrivés sur la plateforme ».
Or, la FCO-8 est « connue du ministère », fait valoir Michèle Boudoin. Ce sérotype est présent en France depuis 2007, et y est devenu endémique. À l’été 2023, une nouvelle souche est apparue dans le Massif central, causant une « forte mortalité ». Cette année, ce sont les Pyrénées qui paient le plus lourd tribut. Au 21 août, « la mortalité cumulée sur l’Ariège, l’Aude et les Pyrénées-Orientales [dépassait] les 4 000 ovins », d’après plusieurs FDSEA. « Au rythme actuel, elle devrait dépasser les 6 000 têtes fin août, soit 5 % du cheptel », poursuivent les syndicats.
Vaccination volontaire prise en charge contre la FCO-3
Pour le sérotype 3, dont le premier cas en France a été détecté début août, la donne est différente : l’État a lancé le 12 août une campagne de vaccination volontaire dans six régions du nord-est (1). Comme l’a expliqué le cabinet du ministre de l’Agriculture le 23 août, cette stratégie vise à « freiner autant que faire se peut la progression de cette maladie » venue des pays limitrophes. Selon le dernier bilan au 22 août, la France comptait 190 foyers dans dix départements du Nord et de l’Est. La propagation de la maladie s’est fortement accélérée ces derniers jours, avec un nombre de cas multiplié par trois ou quatre en une semaine. Une progression « qui reste en phase avec les précédents épisodes de la maladie, et avec ce qu’on observe chez nos voisins », selon la Rue de Varenne.
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Dans la « zone de vaccination volontaire », les pouvoirs publics financent les doses de vaccin FCO-3 pour les ovins et bovins – mais pas l’acte de vaccination, qui peut être effectué par les éleveurs. Par ailleurs, partout en France, l’État prend aussi en charge les visites des vétérinaires et les tests PCR de confirmation. Quelque 6,4 millions de doses ont été commandées (5,3 millions pour les bovins, 1,1 million pour les ovins), en deux fois, pour un montant d’environ 7,5 M€, selon le ministère. Un volume calibré pour la zone à vacciner. Le 23 août, le cabinet de Marc Fesneau excluait toute nouvelle commande dans l’immédiat. « Rien n’empêche d’en rediscuter dans l’avenir, pour l’instant nous surveillons de près l’évolution de la maladie », expliquait-on dans l’entourage du ministre.
La FNO veut deux millions de doses FCO-3 en plus
Sur le terrain, « les 600 000 premières doses [pour ovins] livrées après le 12 août sont déjà utilisées », affirme Michèle Boudoin. Les pouvoirs publics ont passé une deuxième commande de 500 000 doses qui « n’arriveront qu’en septembre, après le coup de feu », déplore-t-elle. « Il faudrait élargir la zone de vaccination et commander environ deux millions de doses supplémentaires » pour les ovins, estimait le 23 août Emmanuel Fontaine, élu en charge du sanitaire à la FNO, auprès de l’AFP. « On aurait pu vacciner un mois plus tôt pour avoir l’immunité acquise au pic de l’épidémie », regrette cet éleveur de l’Aisne (il faut trois semaines pour acquérir une immunité complète).
Au-delà de la FCO, la FNSEA demande aussi la prise en charge du vaccin contre la maladie hémorragique épizootique (MHE). Véhiculé par les mêmes moucherons que la FCO, le virus de la MHE est arrivé en France en septembre 2023. Depuis, l’Hexagone a déploré plus de 4 000 cas, surtout dans le Sud-Ouest. Début août, un premier vaccin a obtenu une autorisation temporaire d’utilisation (2). « Il n’y a que l’État qui ait la capacité de commander et distribuer dix millions de doses », avance Patrick Bénézit, le président de la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA).
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Devant la presse le 23 août, le cabinet de Marc Fesneau a justifié la différence de traitement entre les maladies par leurs caractéristiques épidémiologiques et économiques : un nouveau sérotype FCO-3 dont il faut enrayer la progression ; un sérotype FCO-8 déjà endémique ; et enfin une maladie émergente, la MHE, qui a déjà coûté 60 M€ d’indemnisations à l’État. Autant d‘arguments sanitaires de plus en plus difficiles à tenir politiquement, compte tenu des dégâts sur les troupeaux.