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« Ferme laitière bas carbone », la solution du Cniel contre le réchauffement climatique

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Diminuer de 20 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) par litre de lait produit d’ici dix ans, tel est l’objectif fixé par le Cniel (interprofession du lait) qui présentait le 25 novembre son programme « Ferme laitière bas carbone ». Un concept, issu d’une méthodologie adoubée par la FAO, retenu dans « l’agenda des solutions » de la Cop21.

Les exploitations laitières émettent 4 % des GES nationaux. Pour limiter leur impact sur le réchauffement climatique, le Cniel ambitionne de déployer le concept de « ferme bas carbone » sur l’intégralité des 60 000 fermes laitières françaises. Si le défi paraît très optimiste, le Cniel affirmait le 25 novembre qu’il est accessible, car la ferme bas carbone conjugue performances environnementale et économiques.

1 700 exploitations, sur les 4 000 engagées dans la démarche ont déjà été diagnostiquées. Parmi elles, 171 ont des pratiques d’une ferme bas carbone. Les résultats sont probants, indique le Cniel. Au niveau environnemental, l’empreinte carbone de ces fermes est 14 % inférieure à celle des autres exploitations. D’un point de vue économique, ces pratiques sont également très intéressantes : à 171 €/1 000 litres, les coûts de production dans une ferme bas carbone seraient 8 % plus bas que ceux d’une ferme traditionnelle (186 €/1 000 litres). Par ailleurs, l’éleveur qui s’inscrit dans la démarche peut espérer une meilleure valorisation de sa production, la « ferme bas carbone » étant en cours de certification par l’organisme Ecocert.

Identifier des leviers d’amélioration personnalisés

En pratique, le dispositif de la ferme bas carbone consiste, dans un premier temps, en un diagnostic des émissions diffuses de GES de chacune des exploitations. À l’initiative de l’éleveur, qui recueille lui-même toutes les informations, l’audit – gratuit, dit-on au Cniel – est réalisé par des entreprises de conseil en élevage (coopérative, laiterie, chambre d’agriculture) selon une grille commune et dure une demi-journée en moyenne. En fonction des résultats, différents leviers potentiels de réduction des émissions de GES sont identifiés afin que chaque éleveur puisse élaborer, dans un second temps, un plan d’action adapté à son exploitation. « L’éleveur est au centre de l’exploitation, c’est lui qui prend les décisions », explique Marie-Thérèse Bonneau, membre du conseil d’administration du Cniel et productrice de lait en Vendée, engagée dans la démarche.

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La ferme laitière bas carbone conjugue performances environnementale et économique selon le Cniel

Le plan d’action établi doit permettre de diminuer les émissions de méthane, protoxyde d’azote et CO2. Il favorise également le stockage du carbone des sols qui permettrait de compenser entre 5 % et 35 % des GES émis. Sur ce deuxième aspect, le programme s’insère pleinement dans le « 4 pour 1000 » cher à Stéphane Le Foll.

Entrer dans la démarche de façon progressive

« Nous encourageons les éleveurs à débuter par des actions peu coûteuses », explique Thierry Geslain, directeur des affaires scientifiques au Cniel. Il s’agira par exemple d’implanter davantage de trèfle et de luzerne, de renforcer l’autonomie alimentaire et de modifier l’alimentation des animaux. Thierry Geslain espère qu’ensuite les éleveurs iront plus loin et investiront dans du matériel plus performant d’un point de vue énergétique ou dans les méthaniseurs. Confiant, il est convaincu que grâce à cette entrée en deux temps, la baisse de 20 % des émissions de GES est possible. Même si toutes les exploitations n’adhèrent pas à la démarche, il ne doute pas qu’en dix ans, de nouveaux leviers d’action émergeront et permettront de diminuer encore l’empreinte carbone des fermes déjà efficientes.