Les deux derniers outils industriels de la filière dinde du nord de Paris viennent de disparaître, suite à la liquidation de Dindes des Pays du Nord et de la SLAA, deux affaires rattachées à des groupes coopératifs.
Le tribunal de commerce de Béthune a ordonné le 23 mars la liquidation judiciaire des sociétés Dindes des Pays du Nord (DPN) et Société lensoise avicole d’abattage (SLAA) implantées toutes deux à Lens sur la même zone industrielle. DPN, atelier de découpe et de conditionnement des produits de dindes, avait été placé en redressement judiciaire le 23 novembre 2006 tandis que la SLAA était en procédure de sauvegarde depuis le 22 décembre. Six repreneurs potentiels se seraient intéressés au dossier, mais aucune offre sérieuse n’a été finalement enregistrée par le tribunal de commerce de Béthune à la date de clôture des offres, le 19 février. A l’annonce de cette fermeture, Joseph Mahkovec, le directeur de DPN, a affirmé « détenir 307 offres de reclassement en France et en Belgique pour l’ensemble du personnel », des offres émanant de nombreux abattoirs de volailles belges, dont certains de taille importante (Flandrex à Mouscron, Lammens à Torhout, Spoormans près d’Anvers, Volystar à Courtrai….).
Cet abattoir industriel avec ateliers de découpe avait été construit en 1981 par Albert Gruson et était passé successivement sous contrôle des Fermiers de Champagne et du hollandais Pingo avant d’être repris par le groupe coopératif Gastronome, troisième volailler français. Moyennant quelques investissements, ce dernier spécialise DPN dans la dinde et porte son chiffre d’affaires à 26 millions d’euros avec un effectif de 131 salariés. L’entreprise assurait la découpe et la transformation de dindes abattues dans les installations connexes de la SLAA dont le chiffre d’affaires était de 4,4 M EUR. Gastronome détenait 51 % des parts dans cet abattoir, les 49 % restants étant la propriété de la société de commercialisation Aviplus La coopérative Unéal, Sanders ainsi que la Sogal, fabicant d’aliments basé à Abancourt, dans la Somme étaient les trois actionnaires d’Aviplus…jusqu’à ce que Glon-Sanders décide en novembre 2006 de se retirer. Depuis cette date, Aviplus appartient à 99% au groupe coopératif Unéal, les 1% restants tout à fait symboliques appartenant encore à la Sogal. Reste à savoir si la montée prochaine de Sofiprotéol dans le capital de Glon-Sanders viendra remettre en question les stratégies en cours … qui appartient au groupe coopératif Unéal implanté à Arras.
Les seuls outils restants au nord de Paris
La SLAA et l’atelier DPN étaient les seuls sites spécialisés dans la dinde existant au nord de Paris après la fermeture de celui du groupe Doux, implanté à Bapaume, également dans le Pas-de-Calais. D’importants investissements avaient été consentis en 2003 et 2004 dans les installations et l’ensemble représentait pour tous les partenaires, une excellente tête de pont pour approvisionner les marchés du nord de l’Europe, notamment ceux de l’Allemagne très demandeurs à l’époque.
Mais le renversement brutal du marché de la dinde, la crise de l’influenzia aviaire, et la chute de la consommation ont provoqué un durcissement des rapports commerciaux entre fournisseurs et clients au cours de l’année 2006 qui explique en partie la liquidation actuelle.
Les relations se sont dégradées entre les deux groupes coopératifs Gastronome et Unéal dans le cadre de la filiale Aviplus. Néanmoins un accord oral était trouvé fin octobre en vue d’un désengagement total d’Unéal dans la SLAA. De plus, les rapports se sont durcis entre Aviplus et ses clients allemands qui, pour des motifs qualitatifs, ont rompu brutalement les contrats signés, amenant Aviplus à arrêter la production de dindes Big 6 en mai 2006, traditionnellement exportées vers l’Allemagne après avoir été découpées par DPN. Aviplus, qui a réalisé 53,9 M EUR de chiffre d’affaires affiche ainsi une perte de 3,6 millions à la clôture de son dernier exercice fin juin.
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Revirements stratégiques
Du côté des fabricants d’aliments du bétail, Glon-Sanders décide en novembre 2006 de quitter le tour de table d’Aviplus laissant Unéal à 99 % dans le capital…. et remonte tout aussitôt une filière « dindes » en Champagne-Ardenne pour l’Allemagne.
En quelques mois, on assiste à l’éclatement total de la filière dindes au nord de Paris pourtant bien placée pour approvisionner les marchés d’Europe du Nord.
Enfin, du côté de Gastronome, le nouveau directeur général Philippe Vernet, qui s’est fixé pour objectif le rétablissement des équilibres du groupe, décide de regrouper l’ensemble de ses outils industriels en Pays de Loire. Il ferme ses outils du sud-est et vient de fermer celui de Lens le 23 mars dernier.
Les éleveurs d’Aviplus sont aujourd’hui inquiets pour l’avenir de leurs débouchés, même si la conjoncture s’est retournée une nouvelle fois et que les demandes en dindes sont actuellement supérieures aux offres. Le groupe Gastronome pourrait être intéressé par la livraison de 15 000 dindes/semaine pour son abattoir de Luché-Pringé (72), son abattoir des Fermiers de Champagne à Caurel (51) n’étant spécialisé que dans le poulet. Des opportunités pourraient également s’ouvrir en Belgique (notamment chez Volystar à Courtrai) ou en Allemagne où l’on parle chez Aviplus d’une reprise des contacts avec l’allemand Heidemark (Basse-Saxe). Il y a bien sûr la Grande-Bretagne, où les difficultés de l’entreprise Bernard Matthews, le géant européen de la dinde qui a dû abattre l’ensemble de son cheptel pour cause de grippe aviaire, peuvent ouvrir de nouveaux débouchés en viande de dindes.