L’Institut Paris Région a diffusé le 2 juillet une note proposant de valoriser l’azote et le phosphore des urines « pour une meilleure sécurité écologique et alimentaire ». « A travers le monde, en France (…) des acteurs s’engagent dans cette voie », met en lumière l’agence d’urbanisme et de l’environnement.
L’enjeu est multiple. « Dans la quête de ressources renouvelables, l’azote et le phosphore, composants essentiels du métabolisme humain, passent sous les radars, souligne la note. La pénurie prévisible de ces ressources semble occultée, auprès du grand public et des décideurs politiques, par d’autres sujets d’économie circulaire et de sobriété (énergie, matériaux de construction...) pour lesquels les solutions imaginées semblent moins taboues que la valorisation en engrais des excreta humains. »
Des expérimentations de collecte et de valorisation montrent la voie. En Suisse, les urines d’un centre de recherche servent à produire un engrais, le premier au monde à être homologué. Plusieurs initiatives voient le jour depuis une dizaine d’années dans l’Hexagone. Cela concerne une école primaire du Gers équipée de toilettes sèches séparatives et d’urinoirs secs dès 2012, relève notamment l’Institut Paris Région. Dans le cadre du programme « Eau et Climat 2019-24 », l’Agence de l’eau Seine-Normandie subventionne jusqu’à 80 % les projets collectifs de séparation à la source de l’urine.
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« Du point de vue agronomique, un essai d’épandage sur une parcelle de blé panifiable du plateau de Saclay, mené en 2019 par le programme Ocapi (1) et l’Inrae, a montré un potentiel fertilisant similaire entre les engrais naturels à base d’urine et les engrais de synthèse », poursuit la note. Or la fabrication de ces derniers, à partir de gaz naturel fossile pour ce qui est de l’azote, apparaît énergivore et fortement émissive de gaz à effet de serre. Quant au phosphore, il est extrait de mines fossiles, principalement à l’étranger. « Il s’agit également de réduire la consommation d’eau, l’eutrophisation des milieux aquatiques, et les implications financières et environnementales des procédés d’assainissement », ajoutent les auteurs pour qui la valorisation des nutriments extraits des urines constitue un véritable changement de paradigme.
(1) Le programme de recherche Ocapi est porté par le laboratoire commun de l’École des Ponts ParisTech, l’Université Paris-Est Créteil et AgroParisTech
Un essai sur blé montre que les engrais à base d’urine et de synthèse ont un potentiel fertilisant similaire