La France vient d’ouvrir le remboursement des traitements anti-obésité Wegovy et Mounjaro à certains patients. Les États-Unis commencent déjà à observer les effets de leur diffusion à grande échelle sur les filières agricoles et agroalimentaires.
Les traitements contre l’obésité Wegovy, du laboratoire danois Novo Nordisk, et Mounjaro, de son concurrent étasunien Eli Lilly, pourront être remboursés en France, dans un cadre strictement encadré, selon deux arrêtés publiés le 28 mai au Journal officiel (JO). « Nous sommes le premier pays de l’Union européenne qui accède au remboursement pour les patients qui en ont besoin, dans le droit commun, de façon pérenne », s’est réjouie la ministre de la Santé Stéphanie Rist sur TF1.
La prise en charge par l’Assurance maladie, fixée à 65 %, sera réservée aux patients souffrant d’obésité massive sans comorbidité ou sévère avec comorbidité, et uniquement en deuxième intention. Dans les faits « pour la très grande majorité, ce sera un remboursement à 100 % » car « quasiment tous ces patients sont pris en charge à 100 % » étant donné leur état de santé, a précisé, le jour même, Mme Rist.
Une prescription strictement encadrée
« Considérant les conséquences financières pour les dépenses d’assurance maladie, le risque de mésusage potentiel, en dehors de ses indications remboursables », la prescription initiale de ces médicaments injectables sera strictement encadrée et contrôlée. Elle sera « réservée » aux médecins travaillant dans des structures spécialisées dans l’obésité, tels que les centres spécialisés de l’obésité (CSO), des CHU ou des établissements de soins médicaux et de réadaptation (SMR), précisent ces arrêtés.
L’exécutif a ainsi choisi « de suivre partiellement » les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS), qui estime le nombre de personnes concernées entre 1 et 2,1 millions. Une échelle sans commune mesure avec celle observée aux États-Unis, où près d’un adulte américain sur huit utilise un médicament anti-obésité de la classe des analogues du GLP-1, soit environ 33 millions de personnes. Cette diffusion massive offre un premier aperçu de leurs effets sur les habitudes alimentaires et, par ricochet, sur les filières agricoles et agroalimentaires.
Dans une étude publiée le 21 mai, l’économiste agricole Bill Knudson, de l’université du Michigan, indique que les effets de ces traitements devraient être particulièrement marqués dans l’industrie agroalimentaire et de la restauration. Rien que pour l’industrie agroalimentaire, leur généralisation pourrait entraîner une perte de 30 à 55 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel d’ici 2030, selon J.P. Morgan.
Les entreprises agroalimentaires adaptent déjà leur offre, rapportait l’agence de presse Reuters dans un article publié en février. Plusieurs grands groupes, parmi lesquels General Mills, Coca-Cola ou encore Kraft Heinz, investissent dans le développement de produits perçus comme plus sains, enrichis en protéines et en fibres, afin de répondre à l’évolution des habitudes alimentaires de médicaments anti-obésité. Le groupe Nestlé a même lancé, en mai 2024, une gamme dédiée, Vital Pursuit, destinée spécifiquement aux consommateurs traités par des analogues du GLP-1.
Ces évolutions pourraient également se répercuter sur plusieurs productions agricoles. Le maïs, le soja, le sucre et, dans une moindre mesure, la pomme de terre, figurent parmi les productions les plus exposées, en raison de leur forte présence dans de nombreux produits transformés, dont les achats tendent à reculer chez les utilisateurs de médicaments anti-obésité.
L’étude anticipe, par ailleurs, une poursuite du recul de la consommation de viande bovine et porcine pourrait au profit de la volaille. Côté produits laitiers, les consommateurs semblent déjà privilégier davantage les yaourts, au tandis que les achats de fromage, de beurre et de glaces reculent. Les fruits et légumes frais figurent également parmi les catégories bénéficiant de cette évolution des comportements alimentaires.
JJ