Le Parlement européen a voté une résolution remettant en question la contribution de l'Union européenne à la NASAN (Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition), une initiative de développement agroalimentaire lancée en 2012 par le G8 et partiellement financée par l'UE. Il réclame notamment une garantie contre l'accaparement des terres et un combat efficace contre les problèmes de transparence et de gouvernance.
Depuis son lancement en 2012, la Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition (NASAN) fait l'objet de critiques de la part de nombreux acteurs dénonçant le fait qu'un tel projet bénéficierait principalement aux multinationales de l'agroalimentaire, au détriment des agriculteurs familiaux africains. Le rapport de Maria Heubuch (Verts européens) – qui a été adopté le 7 juin, à une très confortable majorité (577 voix pour, 24 contre et 69 abstentions) – va lui aussi dans ce sens. Il souligne que certains aspects de la NASAN pourraient représenter une menace pour les droits des agriculteurs et pour l'environnement. Il y est notamment question d'inciter les Etats africains participant aux opérations de la NASAN d'apporter une série de modification de leurs législations, dont l'accès au foncier, en vue de favoriser l'intégration des investisseurs privés sur les territoires des Etats bénéficiaires. Elles visent aussi la révision de lois facilitant la propagation en Afrique de semences certifiées ou des OGM. Les eurodéputés considèrent que « le soutien aux exploitations familiales et aux petits producteurs est le meilleur moyen de combattre la faim dans de nombreuses régions d'Afrique. Les exploitations agricoles familiales et les petites exploitations doivent être au cœur de la politique de la NASAN eu égard au fait que 80 % environ de la production alimentaire mondiale et plus de 60 % des emplois dans cette région sont imputables aux exploitations familiales et aux petites exploitations ». Ils constatent avec regret « que la faible aide au développement de l'UE va à la Nouvelle alliance, qui sape la pro-duction alimentaire durable, locale et à taille humaine ». Les députés rappellent que de récentes études ont révélé des cas d'accaparement des terres par des compagnies privées, « cofinancées indirectement par l'UE ». Ce qui a fait dire à Maria Heubuch lors des débats parlementaires sur la NASAN : « Si la Nouvelle alliance ne remédie pas aux problèmes graves que nous observons, l'UE devra retirer son soutien à cette initiative ».
CHANGER CE QUI NE VA PAS
Les eurodéputés dénoncent par ailleurs le fait que toutes les parties prenantes n'aient pas été associées aux décisions afférentes aux cadres de coopération, lesquelles n'ont pas tenu compte des communautés rurales, des travailleurs agricoles, des petits agriculteurs, des pêcheurs et des peuples indigènes, dont le droit de participation a été ignoré. Ils relèvent aussi que les incitations fiscales, notamment les exemptions de l'impôt sur les sociétés dans des zones économiques spéciales, privent les États africains de recettes fiscales qui auraient pu être une source vitale d'investissements publics dans l'agriculture, en particulier en faveur de programmes de sécurité alimentaire et de nutrition. Ils invitent les gouvernements et les bailleurs de fonds à « suspendre ou à revoir tous les projets, mesures et dispositifs de conseil qui encouragent et favorisent directement l'accaparement des terres en appuyant des projets et des investissements particulièrement préjudiciables ou qui contribuent indirectement à accroître la pression sur les terres et les ressources naturelles ».
RESTREINDRE L'USAGE DES PESTICIDES
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Le texte adopté par les députés met en garde contre une répétition en Afrique des erreurs de la « révolution verte » d'Asie dans les années 1960 (monoculture, mécanisation, biotechnologie, dépendance à l'égard des engrais, de longues chaînes de distribution, production de cultures d'exportation, atteintes à l'environnement). Au vu de ces conséquences, la NASAN devrait restreindre l'usage de fertilisants chimiques et de pesticides. L'irrigation extensive de certaines zones risque en outre de réduire la disponibilité de l'eau pour les petits exploitants.
LE DROIT AUX SEMENCES
Aux yeux des eurodéputés, les politiques d'investissement dans l'agriculture doivent permettre de développer l'économie locale. Ainsi, les gouvernements d'Afrique devraient investir dans les systèmes de production locaux pour soutenir l'économie rurale, des emplois de qualité et les droits sociaux. Ils soulignent également le besoin de soutenir le droit des agriculteurs à produire, échanger et vendre des semences librement, une activité sur laquelle reposent 90 % des moyens de subsistance des agriculteurs en Afrique. Il est en outre vital de développer la résilience au changement climatique.
La Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition en Afrique (NASAN) a été mise sur pied en 2012 sous l'égide du G8 en tant que vaste partenariat public-privé (PPP) visant à mobiliser des investissements privés dans l'agriculture en vue d'améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition en Afrique subsaharienne. Elle englobe les membres du G8, l'Union africaine (UA), le nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), les gouvernements du Burkina Faso, du Bénin, de Côte d'Ivoire, d'Éthiopie, du Ghana, du Malawi, du Mozambique, du Nigeria, du Sénégal et de la Tanzanie, ainsi que des entreprises locales et internationales. Chacun des partenaires du G 8 est chargé de coordonner la mise en œuvre du projet dans des pays africains spécifiques. L'Union est responsable de la coordination en Côte d'Ivoire et au Malawi. Chaque pays africain participant a adopté un cadre de coopération qui établit les engagements de chacune des parties concernées. Ces engagements portent sur les réformes législatives dans les différents pays africains, les intentions des donateurs du G 8 en matière de financement et les promesses des 180 entreprises participantes d'investir 8 milliards de dollars au total. Deux entreprises tiennent le haut du pavé au regard de leur part dans les investissements dans l'agriculture: le producteur de semences suisse Syngenta et le fabricant d'engrais norvégien Yara International.