Abonné

Filière porcine : la France peine à gérer la stagnation

- - 3 min

Pour le directeur du pôle économie de l’Ifip Michel Rieu, la filière porcine française a eu du mal à s’adapter à la stagnation de sa production, intervenue à partir de la fin des années quatre-vingt-dix. Il plaide pour un changement d’état d’esprit, notamment de la part des leaders de la filière ; il estime que ceux-ci ont pu verser dans une défense trop corporatiste et pas assez entrepreneuriale.

Lors d’une journée de réflexion organisée par l’Aftaa (alimentation animale), le 20 octobre au Mans, le directeur du pôle économie de l’Ifip-Institut du porc Michel Rieu a dressé un portrait « un peu noir » de la situation de la filière porcine française, et de son évolution ces quinze dernières années. Selon lui, depuis que la croissance de la production a été stoppée à la fin des années quatre-vingt-dix par une pression réglementaire accrue, la filière porcine française n’a pas su prendre en compte cette nouvelle situation et s’y adapter. « La France a des difficultés à gérer cette phase de stagnation, explique-t-il. La production s’est développée dans un contexte réglementaire un peu trouble, on avait tout misé sur la croissance et on s’est retrouvé dans une période incertaine, dans une période stagnation ». Ce manque de réaction à cette nouvelle situation se ressent d’abord dans les élevages, qui ont moins évolué qu’ailleurs, plongés dans l’expectative. C’est en France qu’on a investi le moins parmi les principaux bassins de production, mais c’est aussi en France que la diminution du nombre d’élevages a été la moins rapide en Union européenne. Alors que 80 % des truies danoises travaillent dans des élevages de plus de 200 truies, ce n’est le cas que de la moitié d’entre elles en France. Observant que 15 % des éleveurs français ont un endettement équivalent à plus de 100 % de leurs capitaux propres, il s’interroge : « Ils sont dans une situation de faillite qui n’a pas encore été sanctionnée. On se demande quand ça va lâcher ! ». À défaut d’apporter des économies d’échelles importantes, l’agrandissement permet de vrais gains de productivité du travail, estime Michel Rieu. « Le principal avantage de nos concurrents danois et hollandais, c’est la productivité du travail », juge-t-il.

Des leaders pessimistes

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

« Il faut un changement radical de culture et d’état d’esprit » dans la filière porcine, a plaidé l’économiste. Il estime que depuis les années 2000, « la filière a été pilotée par des leaders pessimistes » et s’est enfoncée dans une « défense corporatiste et moins entrepreneuriale », une « recherche de boucs émissaires » et une « vision à court terme ». « Que va faire le cadran cette semaine ? Manque de chance, il n’y a plus de cadran ». Il plaide, notamment, pour de lourds investissements dans les élevages et l’abattage-découpe, la recherche d'« approbation » auprès de la société et une offre « plus diversifiée ».