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Restructuration/Volaille Fin du redressement judiciaire pour Doux ?

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Tout le monde semblait satisfait, mardi 26 novembre, à la sortie du tribunal de commerce de Quimper, à l’issue de l’audience d’examen du plan de continuation du volailler Doux, après dix-huit mois de redressement judiciaire. Le jugement a été mis en délibéré et la décision devait être rendue vendredi 29 novembre.

À la sortie du tribunal, les hommes forts du groupe Doux (Châteaulin, Finistère) semblaient confiants sur l’issue de la procédure et ne doutaient pas de la décision des juges. « Notre plan est soutenu par l’ensemble des parties, a souligné Maurice Lantourne, avocat du groupe. Il préserve le système d’intégration du groupe (1) et les emplois (1 700 permanents et 500 contrats à durée déterminée). Il prévoit un plan d’apurement du passif ramené en 18 mois de 300 à 75 millions €, sur dix ans. » Doux devrait achever l’exercice 2013 sur un périmètre d’activité de 500 millions € dont 400 millions réalisés dans la seule activité de poulets « export » (trois abattoirs pour 1 million de poulets/jour), le reste provenant des activités en « élaboré » (marque Père Dodu) qui détient deux unités de fabrication. « Les mesures obtenues par le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll à Bruxelles (pour compenser la mise à zéro des restitutions à l’exportation) nous permettront de faire la transition et de renouer avec la profitabilité, normalement dès 2014 », a rajouté maître Lantourne.
 
Des investissements pour être compétitifs
Parallèlement, Doux a présenté, dans le cadre de son plan de continuation, un programme d’investissements de 80 millions € jusqu’en 2020. Ils seront consacrés en priorité à des investissements de compétitivité pour réduire progressivement l’écart de coût avec les opérateurs brésiliens sur le marché mondial.
Au moment du placement en redressement judiciaire de Doux, le 1er juin 2012, personne ne donnait cher de sa peau. Le groupe comptait alors près de 3 400 salariés. Mais il croulait sous une dette estimée à plus de 400 millions €. Quelques semaines auparavant, il avait placé en location-gérance sa filiale brésilienne Frangosul auprès de l’industriel brésilien JBS. Il s’enlevait une sacrée épine du pied, mais n’échappait pas au dépôt de bilan. En juillet 2012, lors d’une audience devant le tribunal de commerce de Quimper, plusieurs industriels ou consortiums (Sofiprotéol pour le plus important) déposent des offres, sous l’œil attentif d’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement Productif. Il y a là l’ensemble des opérateurs français de la volaille. Aucun dossier n’est finalement retenu par les juges. Doux va alors se résoudre à trancher dans son pôle « frais », fermant les unités industrielles les unes après les autres. Le coût social est important : un peu plus de 1 000 emplois sont supprimés. « Seulement 87 personnes ont retrouvé un contrat à durée déterminée à ce jour », dit Nadine Hourmant, déléguée centrale FO du groupe.
 
Une nouvelle gouvernance
Le salut de Doux va venir de l’extérieur. D’abord du Moyen-Orient où son premier client, la famille Al Munajem, lui consent une importante avance de trésorerie – Doux ne communique pas sur son montant –, qu’il est train de convertir en capital (25 %). Ensuite du fonds d’investissement D&P de Didier Calmels qui rachète à la banque Barclay’s, pour un montant là encore non communiqué, la créance de 142 millions € qu’elle avait sur Doux. D&P a depuis transformé cette dette en participation majoritaire au capital du volailler. Celui-ci se répartit aujourd’hui entre D&P (52,5 %), Al Munajem (25 %) et Doux (22,5 %). Aucune information sur le pacte d’actionnaires n’a été divulguée. Doux SA est désormais une société à directoire, avec pour président Arnaud Marion. Ce spécialiste des restructurations d’entreprises, nommé en octobre 2012 manager de transition de Doux, s’est imposé à la tête de l’entreprise et sa mission a donc été prolongée par les actionnaires. Il œuvre sous le regard du conseil de surveillance, présidé par Didier Calmels. Le fils de ce dernier, Martin, aura un rôle opérationnel et « sera présent trois jours par semaine au siège de l’entreprise à Châteaulin », dit-on un porte-parole de Doux.
L’ensemble de ces dispositions est-il à même de convaincre les juges du tribunal de commerce de Quimper ? En tous les cas, les syndicats reconnaissent le travail accompli par la direction. Ils notent avec satisfaction les intentions industrielles de Doux en matière de poulet « export ». Selon Nadine Hourmant, Doux va monter progressivement en puissance dans son activité, qui pèse aujourd’hui 1 million de poulet par jour. « Dans l’abattoir principal du groupe, celui de Châteaulin, la production va augmenter de 480 000 à 510 000 poulets/jour en 2014, puis à 600 000/ jour en 2018 », dit-elle. Doux entend maintenir ses positions de leader du poulet congelé au Moyen-Orient (27 % de parts de marché) et se tourner vers les marchés africains, sans plus de précisions. Pour maître Lantourne, la configuration du groupe doit le replacer en situation de « profitabilité », dès 2014. Cependant, alertent les syndicats, attention à l’exercice 2014 qu’ils considèrent comme « l’année de tous les dangers ».
 
(1) NDLR : 300 éleveurs, trois couvoirs, deux usines d’aliments 

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