Maintenant que les repreneurs des différentes entités de la Financière Turenne Lafayette sont identifiés, le défi consiste à assurer la pérennité des sites industriels et des emplois, d’investir dans ces outils, et surtout de trouver les voies vers la profitabilité. Certains industriels comme Pastacorp (Lustucru, Rivoire & Carret) qui reprend les pâtes fraîches et les quenelles, ou la Cooperl, ont donné les orientations pour l’avenir, tandis que Cofigéo et Arterris entourent leur projet d’un certain mystère. Enfin, les sites Géo et Som'Baker sont toujours sans repreneur et inquiètent les organisations syndicales quant à leur avenir.
Maintenant que les repreneurs des différentes entités de la Financière Turenne Lafayette sont identifiés, le défi consiste à assurer la pérennité des sites industriels et des emplois, d’investir dans ces outils, et surtout de trouver les voies vers la profitabilité. Certains industriels comme Pastacorp (Lustucru, Rivoire & Carret) qui reprend les pâtes fraîches et les quenelles, ou la Cooperl, ont donné les orientations pour l’avenir, tandis que Cofigéo et Arterris entourent leur projet d’un certain mystère. Enfin, les sites Géo et Som'Baker sont toujours sans repreneur et inquiètent les organisations syndicales quant à leur avenir.
Le processus de cession des actifs de la Financière Turenne Lafayette (FTL) touche à sa fin depuis les récentes décisions de justices arrêtées par le Tribunal de commerce de Paris. Le 15 juin, la justice a ordonné la cession dans les termes de l’offre proposée par Cooperl pour un ensemble de sociétés opérant dans la charcuterie salaison : Paul Prédault, Madrange, Montagne noire et la Lampaulaise de salaisons. La coopérative avait déjà pris les commandes de ces entreprises le 2 mai en signant un accord de location gérance.
Pastacorp (semoulerie, pâtes sèches Lustrucru et Rivoire & Carret) a de son côté pris le contrôle des actifs de Tradition traiteur et des Pâtes fraîches Luison le 13 juin, avec l’entrée en jouissance arrêtée par la justice le même jour.
Et pour William Saurin et les entreprises du traiteur (Choucroute de campagne, Julien Mack, Soulié Restauration, Conserverie du Languedoc propriétaire de la Belle Chaurienne, et CCA Périgord), le processus sera un peu plus long. Le 15 juin, FTL a indiqué que le tribunal de commerce de Paris a fixé au 11 septembre l’audience au cours de laquelle il examinera l’offre ferme de reprise déposée conjointement par Cofigéo (Raynal et Roquelaure) et la coopérative Arterris. Toutefois, les nouveaux actionnaires sont déjà aux commandes de William Saurin puisqu’ils ont signé un accord de location gérance qui en font d’ores et déjà les locataires et les gérants du fonds de commerce. FTL, dans un communiqué diffusé le 15 juin, explique que leur offre s'appuie « un plan d’investissement significatif et un projet industriel catégorial pertinent » portant « sur la reprise de l’ensemble des sociétés du pôle et de leurs salariés ». D'après une source proche du dossier, la Belle Chaurienne et CCA Périgord, dont les résultats sont plutôt positifs, rejoindraient la coopérative, tandis que les autres entités seraient reprises par Cofigéo.
Au-delà du diagnostic posé par les repreneurs, se pose la question de l’avenir des sites industriels, faisant travailler des centaines de salariés. Tous les repreneurs s’engagent à garder les emplois (1700 emplois par exemple pour le pôle charcuterie et salaison), mais sur le long terme cela sera possible seulement si des projets industriels solides voient le jour. Certains opérateurs ont accepté de lever un coin du voile pour nous explique ce qu’ils comptaient faire des outils industriels, des produits, des marques, mais aussi des hommes et des femmes travaillant dans ces usines.
Cooperl se renforce dans l’aval
La coopérative bretonne Cooperl ne délivre pour l’instant que peu de détails sur le pôle charcuterie et salaison de la Financière Turenne Lafayette. Elle ne communique pas le montant de l’acquisition, mais a indiqué en revanche que le pôle des sociétés reprises totalisait un chiffre d’affaires de 480 millions d’euros par an. Ils viendront s’ajouter aux 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisés en 2016 par la coopérative. Pas de détails non plus sur le montant des dettes (certaines sont reprises, pas d’autres selon la coopérative) et la rentabilité de ces 9 sites industriels. « Nous reprenons ces entreprises car cela permet à Cooperl de s’intégrer verticalement, de disposer de marques fortes et patrimoniales et parce que cela correspond à la responsabilité de la coopérative de sauver des emplois et des activités en France », explique Frédéric Bélot, l’avocat de la Cooperl qui a conseillé la coopérative dans cette reprise. « Cooperl poursuit sa stratégie de filière pour créer les conditions d’une croissance durable sur un marché internationalisé, très concurrentiel et en voie de segmentation », rappelle la coopérative dans un communiqué diffusé avant l’assemblée générale prévue le 23 juin. « C’est dans cette logique que Cooperl a présenté une offre de reprise des actifs du pôle charcuterie salaison du groupe Financière Turenne Lafayette », poursuit-elle. En intégrant la filière, Cooperl va capter davantage la valeur ajoutée sur les produits transformés réalisés à partir de ses porcs. Et réduit son exposition à la volatilité des cours de la viande de porc.
Les sites industriels de FTL, connus pour produire des volumes importants sous marques de distributeurs, vont sans doute s’orienter vers des produits davantage valorisés. « Les investissements industriels vont permettre de rétablir la profitabilité des marchés », explique Maître Bélot. « Par l’acquisition de ces actifs, Cooperl poursuit des objectifs de production de qualité, durable et offrant des garanties claires en matière de nutrition et de santé », indique la coopérative. Son objectif est de développer « cette production à valeur ajoutée » dans les années à venir et de valoriser « un portefeuille de marques élargi. »
Cooperl va pouvoir amplifier le succès remporté depuis deux ans avec son porc « bien élevé » sous sa marque Brocéliande. Les charcuteries vendues sous ce cahier des charges ont vu leurs ventes doubler pour la deuxième année consécutive en 2016. Et le nouveau portefeuille de marques permettra d’avoir du poids sur le marché face aux distributeurs puisque, selon les calculs de la coopérative, le nouvel ensemble pèsera 16% du marché de la charcuterie salaison en France.
Pastacorp se diversifie dans les pâtes fraîches
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En reprenant les actifs industriels de deux entreprises (Tradition Traiteur et Pâtes fraîches Luison) de "l’empire" de Monique Piffaut, le fabricant des pâtes sèches Lustucru et Rivoire & Carret, marque un retour aux produits frais, un créneau qu’il avait quitté en 2002 lorsqu’il s’était séparé des pâtes fraîches Lustucru. « Nous avons répondu à la demande de l’Etat et de l’administrateur judiciaire en raison de la qualité de l’outil industriel, de sa capacité à faire des produits de qualité et en raison du savoir-faire des salariés des sites », selon Antony Cohen-Skalli, directeur général de Pastacorp (près de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016). L’entreprise, qui insiste sur le fait qu’elle reprend les actifs et pas les sociétés, pourra désormais s’appuyer sur un ensemble, qui a réalisé en 2016 environ 50 millions d’euros de chiffre d’affaires, composé de trois sites industriels : un site de pâtes fraîches à Chambéry, un site de quenelles à Corbas, près de Lyon (tous deux anciennement rattachés à Tradition Traiteur) et un site de pâtes (anciennement Pâtes Fraîches Luison) à Saint-Alban, près de Toulouse.
Dans un premier temps, Pastacorp va se concentrer sur la pérennisation de l’emploi et des sites. « La première étape consiste à redresser les entreprises, réaliser les investissements de maintenance qui n’ont pas été réalisés ces derniers temps et satisfaire les clients en améliorant le taux de service qui s’est beaucoup dégradé », selon le directeur général. « Dans un deuxième temps, nous mettrons l’accent sur l’innovation et lancerons des produits sous marques propres », explique-t-il. Mais sans être en mesure de donner un calendrier précis pour l’instant. Les sites actuels produisent surtout des marques de distributeurs, bien qu’une marque soit exploitée : les quenelles Ecochard. « Le rayonnement de la marque Ecochard est actuellement régional, mais il pourrait devenir national à l’avenir », explique Bernard Skalli, le président de Pastacorp. Et sur le marché des pâtes, Pastacorp pourrait utiliser la marque Rivoire & Carret pour lancer des spécialités proposées au rayon du traiteur frais. Pour mener à bien ses projets, l’entreprise compte s’appuyer sur sa capacité à opérer des usines, à développer des marques, à innover en termes de produits et sur sa longue expérience dans la transformation du blé.
Si des synergies sont à trouver, ce ne sera pas sur l’approvisionnement en matière première, les pâtes fraîches étant moins gourmandes en volumes de blé que les pâtes sèches, mais plutôt sur les machines, proches quel que soit le type de pâtes à produire. Et sûrement pas sur l’emploi. Pastacorp précise que les salariés repris vont rejoindre juridiquement la maison mère dans une seule et même entité, et qu’il les reprend tous, soit 153 collaborateurs.
Pastacorp : de la semoule aux pâtes fraîches
Pastacorp a réalisé en 2016 un chiffre d’affaires de près de 100 millions d'euros (83 millions d’euros en 2015), et emploie 250 salariés répartis entre la semoulerie de Rouen (100 000 tonnes de blé dur par an) et l’usine de pâtes sèches de Chiry Ourscamp, dans l’Oise, qui produit 70 000 tonnes de pâtes et de couscous. Avec les anciens sites de la Financière Turenne Lafayette, elle va accroître ses ventes de 50 millions d’euros, et compter 153 salariés de plus répartis dans trois sites.
Cooperl : forte progression du résultat en 2016
En amont de son assemblée générale prévue pour le 23 juin, la Cooperl a diffusé quelques chiffres de son activité 2016. L’année dernière, la coopérative a vu son chiffre d’affaires stagner à 2 milliards d’euros, pour un volume de production identique. En revanche, le résultat progresse par rapport à 2015, de 5 millions d’euros à 13 millions d’euros, ainsi que les investissements de 57 à 66 millions d’euros.
Géo et Som'Baker toujours en quête d'un repreneur
Les salariés de Géo (98 salariés) et de Som'Baker (fabrication de pizzas à Rancourt, dans le Somme, comptant 106 salariés), deux entitié de FTL, sont particulièrement inquiets sur leur sort. Géo à Ablis (Somme) fabrique des salades et des plats cuisinés pour la GMS et le hard discount sous MDD. "L'entreprise va sans doute déposer le bilan à la fin du mois", selon une source syndicale. "Les salaires de juin vont être réglés mais on nous a demandé de poser tous nos congés en juillet" pousuit-elle. Le site avait été sauvé par Monique Piffaut en 2013, qui l'avait reconverti alors qu'il était spécialisé dans les charcuteries. "Des contacts sérieux ont été pris par FTL en vue d'une reprise mais ils doivent être approfondis", explique une source proche du dossier, précisant que les deux entreprises ne sont pas en redressement judiciaire. FTL ne communique toutefois pas d'échéance sur le calendrier d'une reprise des sites et des emplois.