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Fipronil : la dose journalière admissible est-elle sous-évaluée ?

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Selon le rapport de Jean-François Narbonne, professeur en toxicologie, désigné comme expert par le juge Guary pour analyser les risques en matière de santé humaine, la dose journalière admissible (DJA) du fipronil aurait du être maintenue à 0, 0001 mg/kg/jour conformémement au premier avis de la Com tox. Depuis, elle a été multipliée par deux. Malgré le relèvement de ce seuil, des dépassements restent encore probables.

Lors du premier examen par la Commission d’études de la toxicité (Com tox) de la molécule fipronil en 1993, le rapporteur du dossier, M. Siou, avait recommandé : « Il faut appliquer un coefficient de sécurité de 200 en raison des effets cancérogènes au niveau de la thyroïde. On obtient ainsi une DJA (dose journalière admissible pour l’homme) de 0, 0001 mg/kg/jour ». Un avis favorable a alors été formulé (insecticide du sol), avec cette DJA, sur les cultures de tournesol, betteraves et maïs, à l’exception du maïs ensilage pour des raisons de risque de transfert dans le lait.

Or, note M. Narbonne dans son rapport au juge, « dès 1994, les calculs d’exposition théoriques par voie alimentaire montraient des possibilités de dépassement de la DJA en particulier chez l’enfant ». Il précise que le « Conseil supérieur d’hygiène public aurait dû être alerté » de ce fait et que par la suite, « de tels dépassements auraient dû amener une attention particulière aux extensions d’utilisation ».

Ces éléments aurait dû pousser la Com tox à faire preuve de prudence. A l’inverse, elle va assouplir la DJA qu’elle établit en 1995 à 0, 0002 mg/kg/jour. Jean-François Narbonne précise que « dans les documents présentés, il n’y a pas de justification à l’utilisation d’un facteur 100 proposé en 1995 par la Comtox ». Il note au contraire que des « éléments importants justifiaient pleinement l’utilisation d’un facteur de 200 pour le calcul de la DJA utilisé en 1993 ».

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Il remarque que le rapporteur n’est plus M. Siou mais M. Rico, également président Com tox. Une situation inhabituelle d’avis d’experts, le rapporteur étant en général une personne distincte du président de la Com tox. A la même époque, M. Rico est également président du Comité d’experts FAO/OMS, comité qui adopte en 1997 la même DJA, précise M. Narbonne dans son rapport.

Par la suite, les traitements au fipronil vont être accordés sur de nombreuses cultures.

Les études ultérieures d’exposition de la population vont ensuite se calculer sur cette base moins sévère. Malgré cela, l’exposition pour les enfants varie selon les méthodes de calculs d’exposition, de 40 % à 200 % de la DJA fixée à 0, 0002 mg/kg/jour. « Le rapprochement de ces deux valeurs (40 % et 200 %) évoque le caractère critique de la prise en compte des denrées animales (lait ?) dans l’exposition au fipronil des nourrissons », explique l’Afssa, dans une note de l’Afssa en date 13 février 2003, jointe à un courrier de Martin Hirsch, directeur général de l’Afssa, destiné à William Dab, DG de la Santé chez M. Mattéi voir Agra n° 2846 du 23 février 2004.

Il faut encore noter que le risque évalué par J.-F Narbonne s’arrête à l’exposition alimentaire. Mais les consommateurs peuvent être exposés par l’inhalation de produits vétérinaires (fipronil en spray pour traiter les animaux) et domestiques (cafaricides, formicides...). D’où les saisines des différentes structures annoncées par Hervé Gaymard, afin d’évaluer l’exposition globale de la population.