La Commission européenne et la présidence tchèque de l’UE ont prévenu lors du « Conseil agricole » du 23 mars qu’il n’était pas question de rouvrir les discussions sur le Bilan de santé de la PAC et encore moins de remettre en cause l’abandon graduel des quotas laitiers dans l’UE jusqu’à leur disparition en 2015. Un camouflet direct aux tentatives en ce sens de l’Allemagne ainsi que de certains pays d’Europe de l’Est.
Dans le memorandum sur la situation du marché des produits laitiers en Europe et les moyens de sortir de la crise actuelle, qu’ils ont présenté lors du Conseil agricole du 23 mars, six Etats membres, menés par l’Allemagne Allemagne, Autriche, Hongrie, Lituanie, Slovaquie et Slovénie., ont souhaité ouvertement que, compte tenu de la chute des prix laitiers, l’augmentation graduelle des quotas laitiers soit de nouveau remise sur la table, « voire reportée si nécessaire ». La France, par la bouche de Michel Barnier, a plaidé à sa manière pour la réouverture de la discussion sur le sort des quotas. « Il va falloir se poser la question de savoir s’il faudra effectivement supprimer les quotas laitiers », a affirmé le ministre français. Pour le ministre, « aucune question ne doit rester tabou y compris l’élimination des quotas laitiers prévue en 2014 ». Plutôt que lâcher la bride à la production, il faut au contraire, dit-il, « renforcer les mesures d’encadrement et de soutien » et aller au-delà des mesures déjà prises telles que le stockage privé du beurre ou la distribution des produits laitiers dans les écoles.
Tabler sur les seules vertus du marché
« Dans le cadre de la Pac d’aujourd’hui, les mesures de soutien ne sont pas destinées à augmenter les prix des produits laitiers au-delà des niveaux des filets de sécurité. Seul le secteur lui-même peut, à moyen et long terme, assurer un marché durable par le biais de l’équilibre entre l’offre et la demande ». « Droite dans ses bottes », la commissaire européenne à l’agriculture, Mariann Fischer Boel, a exprimé devant les ministres de l’Agriculture de l’UE sa profonde conviction que les problèmes persistants dans le secteur laitier ne sont nullement causés par une pression excessive sur le marché, mais bien par la récession mondiale et la difficulté, pour les producteurs de lait, d’avoir accès aux crédits et aux garanties bancaires. Elle a expliqué que pour ce qui est la production de lait, en dépit de la récente augmentation des quotas, on a assisté à une légère réduction de la production de l’UE depuis le début de l’année 2009. « Cela montre clairement que les agriculteurs comprennent que ce sont les prix du marché et leur structure de coûts plutôt que le niveau des quotas qui devraient déterminer leurs décisions de production », affirme-t-elle. Le problème auquel sont confrontés les producteurs européens aujourd’hui n’est pas le résultat, selon elle, de l’augmentation de la production dans l’UE, mais plutôt « la combinaison de l’augmentation de la production dans un certain nombre de pays tiers qui exportent des produits laitiers et d’une baisse de la demande dans l’UE et sur le marché mondial ».
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Des options... conditionnelles
Même si elle reconnaît que « le prix d’achat du lait à hauteur de 20 centimes d’euro par litre dans certains Etats membres n’est pas viable à long terme », la commissaire danoise n’est pas prête à discuter d’une complète réorientation de la politique laitière de l’UE comme suggérée par certains Etats membres. « Je ne tiens pas du tout à revenir sur l’accord sur le Bilan de santé. L’idée de suspendre l’augmentation des quotas décidée récemment dans le cadre du Bilan de santé ne permettra pas de résoudre le problème », a-t-elle souligné en rappelant que, selon les prévisions de ses services, la production de lait de l’UE devrait rester à 4 ou 5 % en dessous des quotas de l’année contingentaire en cours et que l’on s’attend à un niveau similaire pour 2009/2010. Et de renvoyer la balle dans le camp d’en face : « Les Etats membres ont un certain nombre d’options à leur disposition comme par exemple les garanties de crédit à l’exportation ou bien les aides d’État nationales ; qu’ils les utilisent à condition toutefois que ces dernières restent dans les limites prévues par la réglementation européenne », a suggéré la commissaire.