Florent Guhl, directeur de l’Agence bio, revient sur les missions et les défis de l’Agence bio pour les années à venir dans un contexte historiquement dynamique des filières bio. Un des objectifs de l’établissement est de maîtriser et d’équilibrer le développement des filières.
Comment gérez-vous la dynamique historique qu’est en train de vivre l’agriculture bio ?
Nous devons travailler sur l’ensemble de la filière, sur tous les aspects de la bio et pas uniquement sur le fait que la consommation se développe fortement. Ce développement doit être maîtrisé et équilibré.
Les craintes portent justement sur un déséquilibre du développement de l’agriculture de la bio entre les régions depuis qu’elles gèrent le Feader. Qu’en est-il ?
La disparité entre les régions existe depuis longtemps. Dans le sud de la France, on voit une forte dynamique depuis plusieurs années, liée notamment aux productions de fruits et légumes. D’ailleurs, dans les discussions entre État et régions sur le Feader, des montants différents ont été attribués aux régions en fonction du potentiel de développement. Ainsi, dans les régions où la dynamique est favorable, les moyens ont été plus importants. Après, que la décentralisation du Feader ait accentué les disparités… on pourrait le dire, mais je crois que ça a été fait dans une analyse des besoins.
Toutes les filières ne sont pas au même stade de développement. Quelles sont les priorités pour l’Agence bio ?
Les priorités portent sur les filières en retard. Les céréales bio en font partie. Pour l’instant, on n’a pas assez de céréales bio françaises pour faire face à la demande. Nous soutenons des projets de filière. Par exemple, dans les Hauts de France, nous soutenons le développement de boulangeries solidaires en bio. Ce sont de bons outils pour augmenter la consommation tout en soutenant les producteurs locaux.
Par ailleurs, on va intervenir encore plus dans le futur sur des projets qui vont jusqu’à la distribution. Nous regardons si dans certaines zones le manque d’offre n’est pas un frein limitant. Et pourquoi pas, dans certains cas, aider à structurer l’offre ? Par exemple, il est plus simple aujourd’hui d’ouvrir un magasin dans une grande ville que dans une commune de 5 000 habitants. Dans celle-ci, la rentabilité est moins évidente. L’Agence bio peut accompagner ces initiatives pour densifier le maillage des magasins bio en milieu rural.
Quel est le moteur principal du développement des filières bio ?
Le moteur numéro un, c’est la consommation. Et, le cas échéant, les niveaux intermédiaires c’est-à-dire la transformation et la distribution. Il faut que ces secteurs-là se développent pour pouvoir répondre à la demande. Le producteur ne produit pas pour produire. S’il produit, c’est qu’il y a un marché derrière, un marché français et souvent à proximité de l’endroit où l’agriculteur produit.
La crise dans les filières conventionnelles n’est-elle pas aussi « motrice » ?
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Sur le lait, on pense tous qu’il y a un lien entre le prix de vente qui s’écroule en conventionnel et le prix en bio qui se maintient. Il y est largement supérieur à 400 euros les 1 000 litres. Même si on produit moins en bio, l’éleveur bio arrive à vivre de son métier, alors qu’en conventionnel pour certains d’entre eux, c’est devenu impossible.
En ce moment, il y a un épuisement des aides bio dans certaines régions, par exemple dans le grand Sud-ouest. N’est-ce pas un frein à la conversion ?
Pour les agriculteurs, cela va être une vraie interrogation de savoir si, sans les aides, ils peuvent se lancer en bio. La situation va se poser car ces crédits-là (aides à la conversion) ne vont pas être inépuisables. Le vrai prochain rendez-vous sur ce point-là, c’est la Pac post-2020. La France, par l’intermédiaire de Stéphane Le Foll depuis mai dernier, a mis sur la table une proposition pour valoriser davantage les agriculteurs bio sur les services qu’ils rendent. Même si l’Agence bio n’est pas décideur sur les aides, on pense que ce serait plus cohérent pour les producteurs et pour les consommateurs de rémunérer les services rendus par l’agriculture bio. Les négociations européennes vont être longues, mais sous une forme ou une autre, ce serait intéressant d’y arriver.
Quelles sont les limites de la dynamique que vit la bio aujourd’hui ?
C’est compliqué. On ne sait pas trop et, pour le moment, on n’a pas vraiment identifié les limites. Objectivement, elles sont loin devant nous. Les consommateurs, plus ils découvrent de produits bio, plus ils ont envie d’y aller. Et les prix, sur un certain nombre de produits, ont plutôt tendance à être de plus en plus raisonnables parce que l’offre est plus importante. Pour les agriculteurs, il y a un effet d’entraînement. Quand le voisin passe en bio, c’est plus facile de se lancer.
Justement sur l’approche territoriale du développement de la bio, quelle est la différence entre le réseau des Chambres et celui de la Fnab ?
Les deux réseaux sont dans le conseil d’administration (de l’Agence bio). J’ai fait mon premier CA hier… leur relation est très complémentaire. Il n’y a pas que ces deux réseaux d’ailleurs. Il y a aussi le réseau des distributeurs, des coopératives. À l’Agence bio, on souhaite avoir des interlocuteurs qui travaillent de l’amont jusqu’à l’aval. C’est en discussion et en train de se mettre en place dans les régions avec plus ou moins de difficultés. Car certains réseaux ont des missions identiques. Ce n’est pas simple. L’objectif reste qu’un agriculteur qui veut s’installer en bio trouve des réponses.
Quel a été l’objet de votre rencontre avec le ministre fin août ?
Il a notamment été question des Assises de la bio le 14 novembre prochain. Le ministre verra ce qu’il fait des conclusions de ces travaux. Début 2017, nous rendrons des conclusions permettant de réexaminer le programme Ambition bio.
F. Guhl : « Sur certains produits, les prix ont tendance à être de plus en plus raisonnables parce que l’offre est plus importante »