Le 11 mars, l’interprofession du foie gras devait aborder l’épineuse question du plein air et de l’adaptation des conditions de production pour réduire le risque d’influenza. En période à risque, le Cifog veut mettre tous les animaux à l’abri, y compris dans les élevages aujourd’hui dérogataires.
Alors que l’épizootie d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) a fortement ralenti, l’interprofession du foie gras (Cifog) a lancé le 11 mars une concertation pour « rendre la filière encore plus robuste sur le plan sanitaire ». Ces discussions s’articuleront autour de trois groupes de travail menés par le Cifog, ainsi qu’un quatrième sur la vaccination sous l’égide du ministère de l’Agriculture, a annoncé l’interprofession lors d’un point presse le 5 mars. La première réunion dans le cadre interprofessionnel, jeudi 11 mars, portait sur l’évolution des conditions de production, en circuits courts (le matin) comme en filières longues (l’après-midi). Deux autres rendez-vous sont déjà programmés : le 15 mars sur la biosécurité et le 16 mars sur la gestion de crise.
Lors de la première session du 11 mars, les débats (en cours à l’heure où ces lignes sont écrites) promettaient d’être nourris autour de la question de l’élevage plein air, qui a récemment cristallisé les tensions. « L’introduction initiale [du virus de l’IAHP] se fait clairement par la faune sauvage, via un contact direct ou indirect avec les oiseaux domestiques », rappelle le professeur de médecine aviaire Jean-Luc Guérin (ENV Toulouse), invité par le Cifog le 5 mars. Sur la même ligne que l’Anses et le ministère de l’Agriculture, le professeur vétérinaire estime que la mise à l’abri des animaux « réduit clairement la probabilité d’introduction », même si elle « n’est pas une garantie absolue ». D’où le projet du Cifog de « mettre les animaux à l’abri en période à risque ». Tout en tentant de rassurer sur son attachement au plein air : « L’accès au parcours reste une priorité, quel que soit le modèle de production. »
Des pistes pour les élevages dérogataires
D’après la directrice du Cifog Marie-Pierre Pé, « entre 90 et 95 % des éleveurs sont à même de mettre leurs animaux à l’abri ». Question particulièrement sensible : celle des élevages de moins de 3 200 animaux, qui peuvent actuellement bénéficier d’une dérogation à l’obligation de claustration en période à risque. Ces producteurs « étaient dans leur bon droit », rappelle Marie-Pierre Pé. Mais d’après le président du Cifog, Michel Fruchet, « ceux qui ont activé la dérogation cet hiver n’avaient pas tous la capacité de mettre leurs animaux à l’abri ». « Ces animaux doivent également pouvoir être abrités […] lorsque la situation devient critique », estime le Cifog. Cette possible suppression de la dérogation pour les petits élevages est contestée depuis plusieurs semaines par la Confédération paysanne et le Modef.
Le 5 mars, le Cifog a esquissé plusieurs pistes pour ces élevages dérogataires : « Adapter le nombre d’animaux aux bâtiments déjà existants sur l’exploitation », « construire des abris complémentaires », ou encore « organiser un approvisionnement d’animaux prêts à engraisser élevés dans les règles de biosécurité ». Une dernière proposition qui, reconnaît Marie-Pierre Pé, constitue « une petite révolution culturelle » pour les élevages dits " autarciques ".
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« Moyens d’euthanasie insuffisants »
Outre la capacité à pouvoir mettre tous les animaux à l’abri, l’interprofession envisage de réduire la densité des animaux (1), notamment dans la Chalosse, l’épicentre de l’épisode 2020-2021 d’IAHP. Après son introduction par la faune sauvage, c’est la forte concentration de ce bassin d’élevage qui a permis au virus de se propager de proche en proche. Une diffusion dite « en tache d’huile » face à laquelle « la barre est très haute, objectivement, en termes de maîtrise », selon Jean-Luc Guérin. Autrement dit, devant la multiplicité des intervenants, il est très difficile de sécuriser l’ensemble des flux (personnes, animaux et matériaux). Sans oublier la possibilité de diffusion du virus via l’environnement (eau ou vent sur de courtes distances).
Autre sujet qui sera abordé lors de la concertation : comment améliorer la rapidité de réaction de la filière et des pouvoirs publics en cas de nouvelle épizootie ? Après le précédent épisode d’influenza de 2017, l’interprofession a géolocalisé l’ensemble des élevages dans la Base de données avicole (BDA). Un outil qui a permis de « gagner un mois et demi par rapport à 2017 », estime Marie-Pierre Pé. Mais devant la progression rapide la maladie, « les moyens d’euthanasie sont très vite devenus insuffisants, pointe-t-elle. C’est une des raisons qui ont favorisé la diffusion en tache d’huile. » « Comment euthanasier avec des systèmes plus rapides ? », interroge Michel Fruchet. Pour le président du Cifog, il faudra peut-être envisager « des méthodes qui n’existent pas encore, comme des caissons d’euthanasie dans chaque commune ou dans chaque canton ».
« Petite révolution culturelle » pour les élevages " autarciques "
La barre est « très haute » pour empêcher la diffusion en tache d’huile
Vers une baisse de production de foie gras de 20 % en 2021
L’influenza aviaire pourrait provoquer une baisse de la production française de foie gras de 20 % en 2021 (à 11 700 t), a indiqué le Cifog (interprofession) lors d’un point presse le 4 février. Cette prévision – qui placerait la production au niveau de 2017 – se base sur l’hypothèse d’une remise en place dans les élevages en mai, et donc d’une reprise des abattages en août. Une perspective incertaine, car « nous sommes toujours dans l’attente d’une date de redémarrage de la part des autorités sanitaires », souligne la directrice du Cifog Marie-Pierre Pé. La filière estime à 6,7 millions de canards les pertes totales dues à l’épisode d’influenza aviaire de 2020-2021 : 1,2 million d’animaux « décimés dans les exploitations touchées par le virus », 1,2 million abattus préventivement, et 4,3 millions « qui ne pourront pas être mis en production » par rapport à une année normale.