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Canard gras Foie gras : les nouvelles mesures suffiront-elles pour sauver la saison 2017 ?

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Après la piqûre de rappel administrée par Stéphane Le Foll à l’interprofession, le Cifog a présenté une liste de mesures pour en finir définitivement avec l’épizootie de H5N8. Au programme : éradication des canards dans le grand Sud-Ouest pour faire redémarrer la filière au plus vite et sauver la saison festive 2017. Mais les revendications des professionnels n'ont été que partiellement entendues.

Les propos du ministre de l‘Agriculture Stéphane Le Foll le 13 février (Agra Alimentation du 17 février 2017) sur la nécessité de « revisiter le modèle de production » au profit de filières regroupées géographiquement et de « limiter les transports » de canards, ont plutôt secoué les professionnels. Ces derniers, sous le coup d’une crise qui s’éternise, ne s’attendaient pas à une telle remise en cause du modèle de production industrielle du foie gras, basé sur la fragmentation des multiples étapes d’élevage et sur le transport d’animaux vivants sur plusieurs dizaines de kilomètres. Le ministre avait aussi souligné que l’abattage des canards était la seule solution à ce jour pour éradiquer définitivement le virus.

Trois jours plus tard, à l’issue d’un conseil d’administration du Cifog (Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras) à Bordeaux, l’interprofession a présenté un train de mesures à mêmes de débarrasser la filière du canard gras du Sud-Ouest du virus H5N8 qui sévit depuis novembre 2016. « Nous demandons d’abord à l’Etat d’étendre la zone d’abattage actuelle de canards en comprenant les zones non-encore stabilisées et en incluant tous les canards, y compris ceux des basses cours privées », détaillait Michel Fruchet, vice-président du Cifog, le 17 février, dans une déclaration à Agra Alimentation. Après cette mesure clé, qui pourrait intervenir avant la fin février, il faut compter 10 à 15 jours pour abattre les 500 000 à un million de canards restant, puis une période de vide sanitaire dans les exploitations de trois semaines. « Au mieux, nous pourrions faire redémarrer l’élevage mi-avril », estime Michel Fruchet, « mais sous réserve que tout se passe comme prévu en termes de calendrier et d’abattage ». En effet, si les abattoirs peuvent traiter 120 000 canards par jour, il reste à s’assurer que l’équarrissage suive la cadence.

La professionnels partiellement satisfaits de la réponse de Le Foll

La réponse de l'Etat n'a pas tardé. Mardi 21 février, Stéphane Le Foll déclarait qu'il fallait abattre tous les canards présents dans les Landes, notamment ceux encore présents dans la partie ouest du département. Ce qui correspond à une population de 600 000 canards. "Cela va dans le bon sens", estime Michel Fruchet, à l'issue d'une rencontre avec le ministre à Mont-de-Marsan, "mais nous espérions aller plus vite, abattre plus de canards et faire redémarrer la production plus le plus tôt possible". La formule préconisée par le ministre est surtout moins coûteuse pour l'Etat que la recommandation du Cifog, et les professionnels craignent une moindre efficacité en termes d'éradication du virus. "Cela aboutira à une reprise de la production en usine fin septembre, ce qui est plus tard que l'année dernière", poursuit-il. Or, dans ce cas là, il ne reste plus beaucoup de temps aux industriels pour préparer la saison festive, moment de l'année où est réalisée l'essentiel des ventes de foie gras.

Outre l'éradication des canards du Sud-Ouest, d’autres mesures préventives sont recommandées par le Cifog comme la mise en place d’un système d’alerte sanitaire par les vétérinaires et la déclaration obligatoire de mise en place d’animaux dans tous les élevages, y compris les producteurs à la ferme. Le Cifog mettra en place une « base de données avicoles » qui « permettra de tenir un tableau de bord fiable des élevages pour pouvoir agir rapidement ». Les vides sanitaires seront allongés (14 jours pour les bâtiments d’élevage, 42 jours pour les parcours de plein air, 48 heures pour les salles de gavage, etc.), les étapes de transport seront sécurisées avec un protocole de nettoyage et la professionnalisation des intervenants extérieurs. En cas de risque élevé d’infection par les oiseaux migrateurs (du 15 novembre au 15 janvier), les professionnels proposent de confiner les canards, de mettre en place l’élevage en bande unique et de détecter systématiquement la présence d’un virus hautement pathogène avant tout transport. "La mise à l'abri des canards pendant deux mois obligera les éleveurs à se doter de bâtiments adaptés, ce qui représente un effort de conbstruction de 400 000 m2", souligne le Cifog. Le syndicat prévient qu'il sera déjà impossible d'être prêt sur ce point au 15 novembre 2017. Et demande un "plan bâtiment" destiné à financer ces nouveaux équipements.

Toutes ces recommandations pourraient être reprises dans un pacte rassemblant l'Etat, la région et le Cifog, qui permettrait de réorganiser la filière et de relancer la production sur des bases pérennes et à l'abri, dans la mesure du possible, de nouvelles crises sanitaires. Ce contrat avec les professionnels pourrait voir le jour avant la fin avril, espère le syndicat. Mais les échéances électorales imminentes peuvent menacer une telle décision.

Déjà 210 millions d'euros de perte, une aide d'urgence demandée

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En attendant, la filière fait ses comptes. « 1,3 million de canard sont morts de l’épizootie, 1,9 million ont été abattus et l’arrêt des élevages représente un manque à gagner de 5 millions d’animaux », chiffre Michel Fruchet. « Les conséquences économique et sociales sont d’autant plus sévères que la zone concernée est concentrée sur trois départements », note-t-il. Le chiffrage effectué par les professionnels aboutit à 210 millions d’euros pour la filière (accouvage, élevage et transformation) à ce stade, et sera donc réévalué au fil des abattages. Du coup, le Cifog demande le versement d’une aide d’urgence pour les éleveurs équivalent à 70% du montant versé l’année dernière pour cause d’épizootie, car certains professionnels sont à l’arrêt depuis décembre dernier.

« On devrait s’acheminer pour cette année vers un volume de production de foie gras similaire à 2016 (année où la production était en recul de 25% en volume par rapport à 2015, NDLR) », estime le vice-président du Cifog, soulignant que l’ouest de la France est indemne. Toutefois, en 2017, les industriels ne pourront pas s’appuyer sur les stocks de l’année passée, ni sur les productions hongroise et bulgare, stoppées elles-aussi actuellement pour cause de H5N8. Quant au redémarrage de l’élevage, il va être rendu compliqué par le manque de cannes reproductrices.

La Confédération paysanne et le Modef s’opposent au Cifog

Dans une lettre ouverte à Stéphane Le Foll du 20 février, le Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux) des Landes a fait part de son opposition à la proposition du Cifog de confiner les canards entre le 15 novembre et el 15 janvier, période correspondant aux migrations d’oiseaux potentiellement infectés par un virus pathogène. Cela « remettrait en cause les productions plein air, de qualité et fermières », estime le Modef, pour qui le parcours extérieur est une « caractéristique essentielle des modes d’élevage traditionnels et IGP ». Selon le syndicat, le Cifog « défend l'intérêt des grands opérateurs », la claustration exigeant d’investir lourdement dans des bâtiments. La Confédération paysanne, de son côté, a manifesté son opposition à l’abattage des canards landais décidé par le ministre de l’Agriculture. « Ces mesures d’abatage préventif ne réussiront à éteindre l’incendie qu’a allumé cette filière hyper-segmentée ! », proteste-t-elle. La Conf’ préconise de limiter des transports d’animaux, de « stopper l’industrialisation de la filière », de renoncer à l’élevage en bande unique et à la claustration. Le syndicat « plaide pour une gestion au plus près des foyers, visant en priorité les élevages dont la contamination est établie et épargnant les élevages autarciques. »

Indemnisation de l’aval pour 2016 : le dossier envoyé à Bruxelles

Les transformateurs attendent toujours le versement de l’enveloppe de 60 millions d’euros correspondant au manque à gagner causé par la crise d’épizootie de 2016. La Commission européenne, qui doit donner son feu vert, a demandé des précisions. La réponse de l'Etat, en concertation avec le Cifog, a été envoyée le 21 février. Les entreprises seront indemnisées à condition d’avoir une perte d’EBE (excédent brut d'exploitation) en 2016 d’au moins 30% par rapport à 2015 et l’indemnité représentera 100% de la perte pour les TPE et 50% pour les grandes entreprises (avec un maximum de 2,5 millions d’euros par entreprise et de 5 millions d’euros par groupe comptant plusieurs entreprises frappées). La Commissions européenne a théoriquement deux mois pour répondre, mais les professionnels espèrent une réponse plus rapide. En attendant, ils vont débuter la préparation des dossiers pour être prêts dès que le feu vert sera donné.