> Après avoir observé un recul des défaillances d'entreprises sur les derniers mois de 2014, l'étude trimestrielle menée par le cabinet Altares montre une hausse de 7,6 % sur les trois premiers mois de l'année, à un niveau record depuis 2009. Une tendance qui laisse assez peu d'espoir d'un retour sous la barre des 60 000 défaillances cette année, après 62 600 en 2014.
Triste record ! Alors que les premiers signes de la reprise de la croissance se font sentir et après un recul de 5 % observé au dernier trimestre de 2014, le nombre des défaillances d'entreprises atteint un niveau historiquement élevé au premier trimestre 2015. Selon l'analyse trimestrielle réalisée par Altares, le spécialiste du renseignement commercial aux entreprises, l'année démarre avec 18 134 défaillances d'entreprises, en augmentation de 7,6 % par rapport à la même période de 2014. Dans le détail, les tribunaux ont prononcé depuis début 2015 : 445 sauvegardes, (+8 %), 5 204 redressements judiciaires (+9 %) et 12 485 liquidations (+7%). « Dans ces conditions, prévient Thierry Million, le directeur des études, le nombre d'emplois menacés par ces défaillances dépasse 66 000, un nombre au plus haut depuis 2009 (73 700) ».
L'étude note que « les TPE de 1 à 10 salariés représentent à elles seules les 2/3 des sinistres en hausse de 31 % ». Les défaillances de TPE d'un salarié ont explosé de 54 %, tandis que celle de 2 salariés ont augmenté de 8 %. Altares souligne que, dans son portrait des TPE de mars 2015, l'INSEE constatait que « près de la moitié des TPE sans salarié, soit 600 000 entreprises, n'ont pas la possibilité de financer l'équivalent d'un SMIC annuel à plein temps ». Pour les PME, si les défaillances sont globalement stables pour les entreprises de 50 salariés et plus, « les tensions sont très prononcées sur les PME de 16 à 20 salariés (+28 %) ».
TRÈS MAUVAIS SCORE POUR LA RESTAURATION
Autre fait marquant sur ce premier trimestre 2015, la plus grande vulnérabilité des entreprises plus anciennes. Alors que traditionnellement, les défaillances se portaient sur les entreprises récentes, dont la moitié ne parviennent pas à passer le cap des cinq ans, leur rythme croît avec l'âge de la structure. Ainsi, les défaillances d'entreprises de moins de 3 ans reculent de 3 %, alors que jusqu'à 10 ans le nombre de RJLJ (redressement judiciaire/liquidation judiciaire) progresse de 7 %, puis augmente jusqu'à atteindre +74 % pour les sociétés créées il y a plus de 50 ans.
Par secteur, le bâtiment et la restauration figurent parmi les secteurs les plus touchés, avec des niveaux de défaillances supérieurs à ceux enregistrés en 2009. La restauration, avec 1 862 RJLJ sur le premier trimestre 2015, soit une hausse de 18,6 %, est touchée aussi bien sur le type des activités traditionnelles (1 234) que dans la restauration rapide (565). Dans l'agroalimentaire, Altares constate un très léger mieux avec 392 défaillances contre 404 au premier trimestre 2014.
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Enfin, le nombre de défaillances est plus marqué pour les sociétés qui réalisent entre 3 et 7,5 millions d'euros de chiffre d'affaires (défaillances en hausse de 22 %). Au-delà de 15 millions d'euros, l'étude souligne qu'« une quarantaine d'entreprises ont connu un redressement ou une liquidation, un nombre en recul de 3% ». Dans l'agroalimentaire, la société de transformation de viande AIM compte parmi celles-ci.
LA REPRISE TARDE À S'ENCLENCHER
Par zone géographique, l'Île-de-France paye un lourd tribu, enregistrant une procédure collective sur cinq sur ce premier trimestre. Idem pour les régions Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d'Azur, également en souffrance, avec une augmentation du nombre de RJLJ de 11 %. À noter en revanche que la Bretagne, Haute-Normandie et Languedoc-Roussillon passent dans le vert (-1 à - 2 %), « mais ces trois régions avaient atteint des niveaux au plus haut en début d'année dernière », note l'étude. Tout comme l'Alsace qui après une explosion des défaillances au premier trimestre 2014, affiche sur le début de l'année un recul de 21 %.
En fin d'année dernière, Thierry Million, prudent, attendait les premiers chiffres de 2015 pour faire des pronostics sur l'ensemble de l'année. « Nous y sommes, constate-t-il, et la lourde tendance de ce début 2015 efface les espoirs d'un retour à une sinistralité sous la barre des 60 000 défaillances à l'année (62 600 en 2014 NDLR) ». Pour autant, Thierry Million veut y croire et avance que « le plus dur pourrait être passé ».