Alors que le virus H5N1 gagne toujours du terrain en Asie, en Afrique et en Europe, les organisations internationales et les éleveurs redoutent de plus en plus de graves conséquences pour la filière avicole et les marchés mondiaux en général. Les vétérinaires des Vingt-cinq ont par contre recommandé le confinement des chats et chiens dans les zones contaminées par le virus après la confirmation d’un premier cas sur un chat dans l’île allemande de Rügen.
La récente crise de la grippe aviaire a provoqué une forte perturbation sur les marchés des volailles et il faudra s’attendre à des « chocs » en termes de baisse de la consommation en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique, trois régions où le virus de la grippe aviaire a fait son apparition ces dernières semaines, a mis en garde l’Organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) le 27 février.
Chute des prix en Italie
« Les craintes d’une transmission du virus de la grippe aviaire ont réduit la consommation et les importations tandis que la chute des prix freine la production », a indiqué la FAO dans un communiqué. « L’érosion constante des gains que les producteurs espéraient réaliser de la consommation de volailles par habitant fera chuter la consommation mondiale en 2006 », poursuit l’organisation. « Celle-ci est estimée à 81,8 millions de tonnes, soit près de 3 millions de tonnes de moins que les estimations précédentes pour la même année qui s’établissaient à 84,6 millions de tonnes », a précisé l’experte de la FAO Nancy Morgan.
L’organisation s’attend à ce que les prix restent à la baisse, limant ainsi les profits des industriels du secteur et menaçant les moyens d’existence des ménages et l’emploi rural dans les pays en développement. En Europe, les chocs à la consommation ont entraîné une chute des prix de 70% en Italie à la mi-février 2006, de 20% en France et de 10% dans le nord de l’Europe, selon la FAO. En Afrique, les habitants des pays touchés par la grippe aviaire, notamment l’Egypte et le Nigeria, évitent désormais de consommer des volailles et des oeufs, imités en cela dans les pays voisins, même si ces derniers sont encore épargnés. En Inde, des rapports font état d’une baisse de la consommation de l’ordre de 25%, qui aurait entraîné une chute des prix de 12-13% et une révision à la baisse des perspectives de production.
Le Brésil et les Etats-Unis alimentent environ 70% du commerce mondial des volailles. Avec l’Union européenne, ces deux pays sont les plus grands producteurs et exportateurs de volailles au plan mondial.
Alimentation animale
Aux Etats-Unis, les prix à l’exportation des poulets de chair, qui avaient atteint des niveaux records en octobre dernier, ont chuté de 13% du fait de la baisse des livraisons pour l’Europe orientale et l’Asie centrale en novembre et décembre 2005. Au Brésil, où les exportations représentent environ 30 % de la production totale de volailles, les prix des poussins et les indicateurs de production sont en forte baisse. Les éleveurs de volailles de basse-cour dans beaucoup de pays en développement sont gravement affectés par la crise : moyens d’existence et sécurité alimentaire menacés, notamment perte substantielle de revenus, estime la FAO. La crise a également affecté le secteur de l’alimentation des animaux en Europe dont le chiffre d’affaire est estimé à 42 milliards de dollars et qui a subi des pertes au niveau de la demande allant jusqu’à 40 % dans certains pays. Quelque 200 millions de volailles ont été abattues ou ont été emportées par l’influenza aviaire depuis le début de la crise fin 2003, selon la FAO.
Peter Mandelson favorable à un soutien à la filière
La grippe aviaire est déjà « un problème européen » même si « ce n’est pas encore une crise », a estimé le commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, en visite au salon international de l’agriculture à Paris le 26 février. La maladie, pour peu qu’elle s’étende, pose de « vrais problèmes économiques ». « Nous devons répondre aux besoins des producteurs de volailles » et « faire tout ce que nous pouvons pour soutenir ceux dont les intérêts sont en jeu » y compris l’ensemble des professionnels de la filière avicole, a-t-il dit.
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Le commissaire européen a par la même occasion demandé aux partenaires commerciaux des Européens de « garder un équilibre » dans leur réponse à la question de la grippe aviaire, un message notamment à l’attention du Japon qui a décrété un embargo sur tous les produits avicoles français, y compris les produits cuits comme le foie gras.
Réunis à Paris le 28 février sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), les experts vétérinaires de 50 pays européens se sont aussi accordés sur la nécessité de mettre en place des mécanismes de compensation financière pour les éleveurs dont les volailles doivent être euthanasiées et d’instaurer une plus grande solidarité technique et financière à l’égard des pays d’Asie et d’Afrique ainsi que ceux situés aux frontières de l’Europe et qui servent de bouclier contre l’arrivée massive du virus dans l’UE.
Enfermer les chats
Réunis au sein du Comité permanent pour la chaîne alimentaire et la santé animale, le 2 mars à Bruxelles, les experts vétérinaires des 25 Etats membres de l’UE ont recommandé par précaution d’enfermer les chats et de garder les chiens en laisse dans les zones touchées par le virus H5N1. Les experts de l’UE ont toutefois estimé que la découverte du virus chez un chat n’augmentait pas le risque de transmission à l’homme.
Réunis à Vienne le 24 février pour un conseil informel, les ministres de la santé des Vingt-cinq ont convenu d’améliorer leur stratégie d’information en matière de grippe aviaire, et notamment d’établir un mécanisme européen de coordination des messages à destination du public en situation d’urgence.
Les ministres ont aussi soutenu en grande majorité l’idée de créer un stock commun de vaccins et d’antiviraux. Ils ont prévu de discuter de sa mise en œuvre pratique et de sa gestion lors de leur prochaine réunion prévue pour le mois d’avril.
Le premier cas dans un élevage ne change pas l’évaluation du risque de H5N1 pour l’UE, selon l’ECDC, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (basé à Stockholm). Selon sa directrice, Mme Jakab, « à l’intérieur de l’UE, il est absolument sans danger de consommer du poulet » qui est déjà bien surveillé en raison des risques de salmonelle. Les seuls groupes à risques sont ceux qui ont des volailles pour leur consommation domestique et les personnels de santé, selon elle, qui préconise de renforcer les campagnes d’information en direction de ces personnes.