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ORGANISATION PROFESSIONNELLE/RELATIONS COMMERCIALES Fortes tensions dans la filière laitière

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Dans un contexte de marchés laitiers porteurs, les négociations commerciales sont particulièrement ardues dans la filière laitière. Les industriels accusent les distributeurs de refuser les hausses de tarifs. Ces derniers, engagés dans une guerre des prix totalement destructrice de valeur, émettent des doutes sur la répercussion des hausses de prix vers les éleveurs. Eleveurs, qui, emmenés par la FNPL, se sont invités dans les boxes de négociations.

LA Fnil (Fédération nationale de l'industrie laitière) a choisi la veille du Salon de l'agriculture et l'approche de la fin des négociations commerciales pour tirer la sonnette d'alarme. Si la distribution n'accepte pas de hausse des prix, la rémunération des producteurs ne pourra pas suivre, menace en substance la Fnil. « Alors que le prix du lait a augmenté de 9 % l'an passé, le prix des produits laitiers a baissé de 1 %, voire 2 % pour l'ultrafrais », a expliqué Olivier Picot, président de la Fnil, lors d'une conférence de presse le 19 février. « On est dans un système complètement déflationniste. Le consommateur est déconnecté de la réalité économique des produits », a-t-il poursuivi. La Fédération chiffre la hausse de la facture laitière l'an passé à 730 millions d'euros, à comparer aux 300 millions d'euros de résultat net consolidé dégagés par les industriels laitiers privés et coopératifs. Sur les quatre dernières années, le surcoût lié au prix du lait s'élèverait à plus de 2 milliards d'euros. Pour 2014, la tendance devrait rester à la hausse, avec une demande mondiale soutenue. « Cette facture n'est pas à la portée de l'industrie, on est dans l'impasse », a commenté Olivier Picot.

FRANCK RIBOUD (DANONE) DEMANDE « UNE SOLUTION POLITIQUE »

Franck Riboud, président de Danone, a regretté qu'il y ait « une guerre des prix terrible » entre les enseignes de la grande distribution, lors d'une conférence de presse consacrée aux résultats annuels de Danone, jeudi 20 février 2014 à Paris. « C'est une problématique qui doit être traitée politiquement », a-t-il affirmé. Mais selon lui, il est « évident qu'il faut transférer vers les consommateurs » la hausse du prix du lait : « On ne peut pas demander de payer les matières premières plus chères si on ne peut pas augmenter les prix ».

LA FNIL EN APPELLE À LA RESPONSABILITÉ DES DISTRIBUTEURS

Pour lui, la loi consommation a la volonté politique de préserver le pouvoir d'achat, au risque de fragiliser irrémédiablement le tissu industriel et l'amont en France. « La distribution commence à prendre conscience des enjeux avec les déclarations de Serge Papin par exemple. Il faut que d'autres expliquent publiquement ce qu'ils pensent. » La Fnil appelle donc les distributeurs à sortir de la guerre des prix et à élaborer des solutions avec leurs fournisseurs « pour refaire du commerce », sans préconiser quoi que ce soit de précis pour autant. Elle a également lancé un appel aux producteurs à la veille du Salon de l'agriculture, estimant que les prix du lait en France ne pourront pas suivre ceux pratiqués dans le reste de l'Europe. Ces derniers n'entendent pas prendre au mot l'appel à manifester qui leur est lancé.

De son côté, sur son blog mis en ligne le 24 février, Michel-Edouard Leclerc leur a répondu et assuré que son groupement « achète à la hausse par rapport à 2013, tant pour le lait de vache que pour le lait de chèvre (…) quand je parle d'achat à la hausse, c'est y compris par rapport aux prix issus de la médiation l'an dernier. » Et le patron des centres Leclerc de déclarer : « Toutes les hausses acceptées par E.Leclerc ne retombent visiblement pas dans la poche des éleveurs ». Le Groupement des Mousquetaires (1) a profité du Salon pour annoncer vouloir appliquer dès le 1er mars les tarifs des industriels intégrant une revalorisation du prix du lait payé aux producteurs sur la base de 365 euros les 1 000 litres (loin des 380 euros revendiqués par la FNPL). Il en appelle « à la responsabilité de tous les distributeurs pour suivre cette voie et demande à l'ensemble des industriels que cette hausse accordée soit intégralement reversée aux éleveurs ».

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LES PRODUCTEURS REFUSENT D'ÊTRE INSTRUMENTALISÉS

Dénonçant un jeu de dupes, avec des industriels qui accusent les distributeurs et vice versa, la FNPL a fait savoir le 24 février par un communiqué qu'elle comptait s'inviter dans les boxes de négociation. « Sans accès à ces lieux de décision, elle refusera d'entendre les arguments de chacune des parties ! La bonne conjoncture laitière doit profiter aux éleveurs laitiers comme aux entreprises qui bénéficient logiquement de ce contexte favorable avec des marchés laitiers très porteurs. La guerre des prix à laquelle se livre la grande distribution est préjudiciable à l'ensemble de la filière laitière française. (…) La FNPL ne laissera pas les distributeurs et les entreprises se battre sur le dos des producteurs », a indiqué le syndicat.

L'an passé, seule une médiation avait permis à la filière laitière de sortir de l'impasse, mais cette année, elle écarte cette solution, car elle veut « rester sur une lecture économique du prix du lait ». Si les discours lors des négociations ne sont pas conformes aux discours publics, « on aura des réponses beaucoup plus syndicales, même si on n'est pas du tout dans cet état d'esprit », prévient la FNPL, à l'adresse aussi bien des distributeurs que des industriels. Ces derniers subissent aussi d'autres hausses des coûts de production. S'il est normal de rémunérer les éleveurs au juste prix, il n'y a pas de raisons que ce ne soit pas aussi le cas pour l'industrie, même si cela doit passer par une hausse des prix de vente au consommateur.

(1)Le Groupement des Mousquetaires est à la fois distributeur et producteur au travers de sa Laiterie Saint Père (500 producteurs / 200 millions de litres de lait transformés par