On entend, ici où là, face à l’incroyable fragilité qui vient d’être démontrée de l’économie financière, vanter les mérites de l’économie réelle. Celle de la production de biens et services. Celle, en particulier, de l’agriculture, qui reposerait sur des réalités pures et dures, dont la solidité résisterait à toute épreuve.
Pourtant, c’est faire preuve d’une grande illusion que de croire ce «monde réel » à l’abri des turpitudes du «monde virtuel ». D’abord, l’agriculture, en particulier, a besoin de capitaux et donc de crédits pour pouvoir fonctionner. Si le crédit manque — ce qui est la caractéristique de la crise d’aujourd’hui — ou devient hors de prix, les exploitants agricoles du monde entier en subiront les conséquences. En second lieu, si la crise se traduit par une croissance ralentie ou annulée, la consommation alimentaire en subira directement les effets.
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Troisièmement, l’économie agricole commence à se révéler tout aussi fragile et aléatoire que l’économie dite virtuelle. La récente flambée des prix a montré, en partie, l’impact que la spéculation pouvait avoir sur les grandes cultures ; le développement progressif des marchés à terme dans ces denrées et même pour des productions comme le porc pourrait renforcer cette spéculation ; de plus, le retrait progressif des politiques agricoles de régulation va accentuer l’aléa des cours.
Enfin et surtout, on voit des pans entiers d’activité qu’on pouvait supposer inaltérable se découvrir des faiblesses et même subir des menaces. C’est le cas de l’herbe qui, en tant que source de production économique et atout ancestral de la France, est remise en cause. Non, il n’y a pas deux économies, l’une virtuelle et l’autre réelle. Elles sont, toutes les deux, dans la même barque.