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François Cholat, président du Snia (fabricants d’aliments)

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Après une légère amélioration en 2018, les perspectives 2019 restent fragiles pour les fabricants d’aliments du bétail. Les sujets d’inquiétude : le porc et surtout les volailles, premier débouché du secteur. Après l’assemblée générale du Snia (syndicat de l’industrie de l’alimentation animale), les 16 et 17 mai à Rodez, son président François Cholat insiste sur la nécessité de préserver la compétitivité du secteur.

« La situation de certaines filières reste inquiétante »

Après une légère amélioration en 2018, les perspectives 2019 restent fragiles pour les fabricants d’aliments du bétail. Les sujets d’inquiétude : le porc et surtout les volailles, premier débouché du secteur. Après l’assemblée générale du Snia (syndicat de l’industrie de l’alimentation animale), les 16 et 17 mai à Rodez, son président François Cholat insiste sur la nécessité de préserver la compétitivité du secteur.

Quel est le bilan de l’année 2018 pour les fabricants d’aliments du bétail ?

La baisse que nous avons connue depuis dix ans se stabilise, le bilan 2018 est en légère progression. On ne peut pas vraiment parler de rebond, les volumes que nous avions perdus à cause de l’influenza aviaire sont revenus à plein. Mais la situation de certaines filières reste inquiétante. En porcs, les fabrications ont reculé de presque 2 %. Cette baisse concerne autant les aliments pour porcelets que les aliments pour porcs, ce qui est le signe d’une décapitalisation dans les élevages. Cette situation est liée à un problème de compétitivité : chez notre principal concurrent, l’Espagne, les volumes d’aliments ont progressé de 6 % en 2018. Du côté des ruminants, les fabrications progressent. Comme le prix du lait est plus élevé, les éleveurs investissent dans l’alimentation afin d’augmenter la productivité par animal.

Après cette fragile reprise, comment voyez-vous les perspectives à moyen terme ?

Avant notre assemblée générale, nous avons réalisé un baromètre auprès de nos adhérents. Nous avons noté une inconnue autour du contexte économique à cinq ans. 55 % de nos adhérents se disent « moroses ». Leurs inquiétudes sont liées à la rentabilité insuffisante du métier d’éleveur et au vieillissement de la population agricole.

Êtes-vous inquiets face au ralentissement de la production de volailles depuis début 2019 ?

En mars 2019, nous avons observé un décrochage pour le poulet et la dinde. On a pris un peu peur, car on n’a pas l’habitude de voir ça en volaille, qui est une filière plus que solide. Nous avons saisi l’interprofession Anvol qui est en train de regarder les chiffres. Cette évolution n’est pas de bon augure, car les volailles représentent 40 % des fabrications. Il y a peut-être aussi eu des effets pervers de la loi Égalim. L’encadrement des promotions a provoqué une baisse d’activité, notamment en label rouge. Le consommateur va se tourner vers les premiers prix. Lors des EGA, on a oublié un créneau : celui de la compétitivité.

Lors de votre assemblée générale, vous avez insisté sur la nécessité de disposer de protéines végétales « compétitives »…

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La base de notre métier, c’est de compléter la ration de base distribuée par les éleveurs. Pour cela, nous allons chercher toutes les matières premières, sans en exclure aucune. Si on se passe du soja importé, il faudra accepter une baisse de compétitivité.

Quels autres leviers voulez-vous actionner pour réduire les coûts ?

En 2019, nous souhaitons faire avancer notre revendication d’optimisation des transports. Dans les zones de plaine, les semi-remorques peuvent déjà transporter 35 tonnes au lieu de 32, nous voulons que ce soit aussi le cas pour les zones d’élevage à l’accès difficile. Cette mesure aurait un intérêt économique et écologique, car elle permettrait de réduire de 15 % le nombre de camions livrant des aliments. C’est une de nos demandes de longue date. Après l’administration, nous allons désormais travailler avec les politiques sur ce sujet.

Vous ouvrez aussi un chantier sur la communication, pourquoi ?

Nous voulons rendre notre métier plus visible, c’est pourquoi nous avons démarré un grand chantier à destination de notre environnement. Nous avons ressenti beaucoup d’attentes de la part de la filière animale, des abattoirs aux laiteries en passant par les consommateurs finaux. Les acteurs de la filière ont besoin d’éléments pour raconter l’histoire de leurs produits. Or, les fabricants d’aliments ont beaucoup de choses à raconter.

« L’encadrement des promotions a provoqué une baisse d’activité en volailles, notamment en label rouge »

2019 démarre mal pour les fabricants d’aliments

Le répit aura été de courte durée. Après une timide reprise en 2018 (+0,6 % à 20,7 Mt), la fabrication d’aliments accuse une baisse de 1,3 % au premier trimestre 2019, d’après les chiffres officiels (Snia, Coop de France et ministère de l’Agriculture). Un recul à mettre au compte de la mauvaise conjoncture en volailles (-4,1 % de fabrications), premier débouché des industriels de l’alimentation animale. Seul le secteur des ruminants résiste (+2,7 %), tandis que les aliments pour porcs perdent 1,7 %. Sur les neuf premiers mois de la campagne (juillet 2018 à mars 2019), la baisse se limite à 0,4 % (tous aliments composés). En 2018, l’activité des fabricants d’aliments avait été soutenue par le manque de fourrages dû à la sécheresse et par le redémarrage de la filière canards gras après l’influenza aviaire.