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Election François Thabuis prend la tête des Jeunes agriculteurs

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A l’occasion du 46e congrès national des Jeunes agriculteurs à Pontarlier dans le Doubs, le Haut-Savoyard François Thabuis a été élu mercredi 6 juin président du syndicat. Il est le premier à ce poste à ne pas être issu du milieu agricole.

«On dit qu’il écrit bien, qu’il écrit lui-même ses discours » et qu’« il s’exprime déjà comme un bon président ». Les Jeunes agriculteurs sont sans retenue à l’égard de leur nouveau leader qu’ils ont élu le 6 juin pour un mandat de deux ans. Si ce n’est son manque de ponctualité qu’il dénonce lui-même, François Thabuis fait en tout cas montre d’un passé qui aide à croire à la force de son engagement. Cet éleveur laitier de 31 ans s’est en effet réalisé tout seul, ou presque. D’une mère enseignante et d’un père éducateur, il a déjoué toutes les théories de la mobilité sociale pour s’établir paysan en 2004 dans la commune de Serraval, dans le Massif des Aravis. Comme 25% de ses confrères, ce spécialiste du reblochon fermier et du fromage de chèvre est en effet un jeune « non issu du milieu agricole ». Ce qui ne fait pas de lui un novice puisqu’il est engagé depuis 2004 au sein des JA et depuis 2010 dans son bureau national en tant que secrétaire général adjoint au titre duquel il a défendu les dossiers montagnes, Pac, territoires, réseau JA... Une vocation syndicale qu’il doit à un déclic dès ses débuts : « J’ai tout de suite pris conscience que s’il n’y avait pas eu des gens qui avaient milité depuis tant d’années pour l’accès au foncier, pour l’installation des jeunes agriculteurs, tout ça n’aurait pas été possible pour moi ».

Coup de force sur les interprofessions
François Thabuis sait d’où il vient et sait où il veut se rendre. Il le dit sans ambages et même avec un élan, une tonicité et une clarté dont on n’avait plus l’habitude. C’est sur le dossier des interprofessions qu’il s’est particulièrement distingué le 7 juin, en présence de Xavier Beulin, président de la FNSEA : le tout nouvel élu n’a pas hésité à faire valoir l’autonomie de son syndicat. «L’ouverture des interprofessions aux minoritaires nous concerne pleinement. Nous réfléchissons à participer à ces interprofessions. Il n’y a pas trente-six solutions : soit nous prenons notre place en tant que syndicat à part entière, soit nous participons au sein de la famille réunie, avec la FNSEA, et avec un travail au sein de chaque filière. Je pense que c’est préférable pour nous. Mais il faudra rebattre certaines cartes pour que nous ayons enfin une place reconnue. La question se pose en tout cas ». Le syndicat a formé un groupe de travail pour réfléchir à la question. Pas de distinction revendiquée en revanche en matière d’élections aux chambres prévue en janvier 2013: « Nous réaffirmons la pertinence d’une liste commune aux élections aux chambres. Pertinence, car nous sommes complémentaires. Et cette complémentarité, c’est ce que nous devons promouvoir demain dans nos compagnes, avec un projet pour chaque filière, pour chaque agriculteur. »

Environnement : « Sortir du banc des accusés »
Succédant à l’Alsacien Jean-Michel Schaeffer qui a souhaité « bon vent à la nouvelle équipe » tout en lui rappelant « les défis importants » qui l’attendent, « comme les élections aux chambres et les enjeux de la future Pac », le nouveau président a confirmé ces priorités. « Tout ce qui concernera la future Pac recevra notre plus grande attention. Nous attendons demain de la Pac d’avoir des moyens de se tourner vers les projets qui vont  permettre aux agriculteurs de vivre du prix de leur produit et pas uniquement d’aides qui sont nécessaires aujourd’hui dans les trésoreries ». Un sujet qu’il développera lors de son entretien avec le ministre de l’Agriculture programmé le 12 juin, a-t-il indiqué. L’installation restera le thème phare de la centrale agricole avec la proposition de nouveaux outils d’accompagnement pour une installation « diversifiée, durable et en cohérence avec les concitoyens de notre génération au niveau social et donc en matière de revenus ». Autre dossier dont il devrait être rapidement question : le foncier pour lequel les JA ambitionnent « une vraie politique du foncier, ambitieuse, dissuasive, pour enfin réellement préserver la terre agricole ». L’enjeu alimentaire sera l’autre priorité, « une façon évidente de redonner du sens au métier de paysan ». Quant aux meilleurs ennemis de l’agriculture, « nous devons réfléchir comment, au-delà des initiatives individuelles, peser face à la grande distribution » et comment « sortir du banc des accusés en matière de protection de l’environnement. Montrer à quel point nous en sommes les premiers acteurs ».
Le bon augure, selon le nouveau président des JA, est que François Hollande, dans son programme, s’est dit largement tourné vers la jeunesse. « La jeunesse en agriculture peut apporter des solutions à la fois à notre profession, mais aussi à notre société en général », a affirmé François Thabuis. Reste à en lui donner les moyens et la terre. On compte aujourd’hui seulement 6% d’agriculteurs de moins de 35 ans.

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