Pour François Thiery, président de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), la filière biologique française est en retard et le restera tant que le gouvernement n’affichera pas une réelle détermination vis-à-vis du bio. Pour mener à bien le développement de ce mode de production, il prône une réorganisation de la filière, notamment par le biais de la création de deux commissions en lien avec les différents offices et interprofessions.
Agra Industrie : Le bilan de l’agriculture biologique en 2003 a été assez mitigé1. A quoi attribuez-vous cette morosité ?
François Thiery : Cela fait 18 mois que les contrats territoriaux d’exploitation (CTE) ont été arrêtés. Depuis, il n’existe plus vraiment de soutien à la conversion et le nombre d’exploitations n’augmente pas au rythme où il le devrait. Cette absence de dynamisme a cassé la progression de l’agriculture biologique en France. La consommation continue à augmenter, même si c’est plus lentement qu’avant. Mais nous assistons à un tassement progressif de l’activité alors qu’il nous reste des marges de progression importantes, notamment en terme de production. Si une nouvelle enseigne demande de la viande bio, il faut que nous puissions mobiliser nos produits.
Or la production est encore trop atomisée, ce qui induit en outre des coûts de collecte et de transformation très élevés. Il faudrait donc un soutien public à la production. Les récentes mesures prises par le ministre de l’Agriculture nous semblent nettement insuffisantes, puisqu’elles montrent une volonté de soutenir le bio mais ne donnent pas les moyens nécessaires pour le faire. Elles ont mis en lumière un intérêt pour l’agriculture biologique, mais rien de concret n’a été décidé.
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AI : Vous avez évoqué, lors de la présentation des résultats de l’agriculture biologique au salon de l’Agriculture, un système de mutualisation. Pourriez-vous expliquer de quoi il s’agit ?
François Thiery : C’est une initiative qui a vu le jour en Lorraine. Les producteurs de viande et de lait biologiques lorrains ont mis en place une caisse commune à chaque produit qui vise à indemniser les producteurs dont les produits ne se sont pas vendus ou ont été déclassés, grâce à des fonds rassemblés auprès des producteurs pour qui tout s’est bien passé. Ceux qui ont valorisé leur production aident ceux qui n’ont pas réussi, pour que ces derniers ne se découragent pas et restent en bio. Ce système, repris dans quelques régions, présente de nombreux avantages et devrait faire des émules. Nos marchés sont très petits et de fortes variations peuvent avoir lieu très rapidement. Il faut être en mesure d’y répondre car sinon, on court le risque de se faire prendre le marché par des produits bio étrangers. Les filières allemande, italienne et espagnole ont beaucoup d’avance sur nous. Elles bénéficient chez elles d’un soutien politique fort et bénéficient, en France, des courants d’importation qu’elles ont déjà créés.
AI : On sent dans votre discours une volonté de modifier la filière biologique. Quelles sont vos idées sur la question ?
François Thiery : Nous ne pouvons pas nous passer de quelques ajustements. Une filière jeune doit toujours y faire face. Par exemple nous avions créé une commission biologique inter-offices qui travaillait, sous la tutelle du DPEI, avec l’ensemble des offices, mais le projet a périclité. Il faudrait aujourd’hui qu’une nouvelle commission de ce type voie le jour, ainsi qu’une commission bio qui regroupe toutes les interprofessions.