Négociations sur la libéralisation des échanges à Genève et sur la réforme du secteur européen du sucre à Bruxelles, laborieux marchandages sur le budget de l’UE pour la période 2007-2013 : Frederico Vecchioni, le président de l’organisation professionnelle italienne Confagricoltura, estime, dans un entretien avec Agra, que le « modèle agricole européen » est menacé. Et demande à Sivio Berlusconi d’en prendre plus activement la défense. La Confagricoltura représente la majorité des exploitations agricoles italiennes employant de la main d’œuvre salariée. 37 ans, ingénieur agronome, propriétaire d’une exploitation de 440 ha en Toscane orientée vers la production oléicole et céréalière, le tourisme rural et les énergies renouvelables, Frederico Vecchioni préside la Confagricoltura depuis novembre 2004.
L’objectif d’une libéralisation des échanges mondiaux justifie-t-il les offres agricoles présentées à l’OMC par le négociateur européen, Peter Mandelson ?
Frederico Vecchioni. La libéralisation des échanges est un processus complexe qui doit être, l’OMC sert à cela, gouverné. Comme dans toutes les négociations, il faut mettre des garde-fous. Dans le cas contraire, l’exercice peut se transformer en une sorte de réforme déguisée de la Pac. Dans la phase actuelle, j’estime que l’approche de M. Mandelson ne tient pas compte des énormes efforts déjà consentis par les agriculteurs européens dans le passé. Je ne me réfère pas seulement à la réforme de 2003, mais aussi à l’ouverture de nos marchés suite à l’initiative « Tout sauf les armes ». À ma connaissance, aucun de nos partenaires dans le monde n’a pris d’initiatives semblables. J’apprécie donc que le ministre italien de l’agriculture, Giovanni Alemanno, ait appuyé son collègue français quand celui-ci a mis en évidence « l’excès de zèle » de la Commission.
Cette même libéralisation des échanges justifie-t-elle une réforme du secteur européen du sucre aussi radicale que celle en discussion à Bruxelles ?
FV. Je comprends que les résultats du panel de l’OMC nous obligent à une réforme de l’OCM en terme d’ouverture des marchés et de baisse des prix, mais le projet de la Commission risque de faire disparaître la culture betteravière dans de nombreuses régions de production. Quelles seront les conséquences socio-économiques de tout cela et que fera-t-on demain dans ces régions ? Sans réponses satisfaisantes à ces questions, nous sommes contraints encore une fois à avoir une attitude intransigeante.
Partagez-vous l’intransigeance de la France sur le respect de l’enveloppe budgétaire prévue en 2002 pour le soutien des marchés et les aides directes agricoles dans le cadre des négociations sur les perspectives financières 2007-2013 de l’Union ?
FV. Dans certains milieux, on pense que la « défense » de l’accord financier du Conseil européen de 2002 est un problème français. Cette idée est fausse : en termes de valeur ajoutée et de nombre des travailleurs occupés, nos deux agricultures sont très semblables. Augmenter la modulation des aides directes, comme l’a proposé le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, réduirait encore plus ces aides sans aucune assurance, pour les agriculteurs, de pouvoir accéder aux mesures prévues pour le développement rural. Il ne faut pas oublier que, déjà maintenant, les aides directes octroyées aux agriculteurs seront réduites par l’application du plafond financier national, de la réserve pour les nouveaux producteurs, par la modulation, etc. Dans mon pays, on estime déjà que cette réduction dépassera les -10 %.
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Le cofinancement de la Pac est-il une solution ?
FV. Le cofinancement est un des rares sujets sur lequel nous sommes d’accord avec la commissaire à l’agriculture, Mariann Fischer Boel. On n’en voit pas la nécessité, cela ouvrirait la voie à une possible renationalisation de la Pac. L’Italie, comme contribuable net, devrait y gagner sur le plan financier ; mais nous pensons que, plus que les ressources, ce sont les principes, les objectifs et les outils de la Pac qui comptent, et celle-ci doit rester une politique vraiment commune.
Comment jugez-vous la politique agricole du gouvernement Berlusconi ?
FV. La semaine dernière, répondant à l’appel de la majorité des organisations agricoles et des coopératives italiennes, plus de 100 000 agriculteurs sont descendus dans la rue et ont manifesté leur inquiétude face à la baisse des prix, aux difficultés des marchés et à l’augmentation des coûts de production. À Rome, nous attendons de notre gouvernement des interventions structurelles pour la réduction des coûts de production, surtout des charges de sécurité sociale, qui, en Italie, sont parmi les plus élevées d’Europe. Après des années de promesses, la loi budgétaire en discussion au Parlement ne répond pas encore aux attentes des agriculteurs. À Bruxelles, le ministre de l’Agriculture ne doit pas être le seul à s’occuper des problèmes de notre secteur. Le président du Conseil et toute l’équipe gouvernementale doivent maintenir une ligne de défense ferme du modèle agricole européen, que ce soit pour la Pac et le développement rural, pour les perspectives financières ou pour les négociations de l’OMC.