Si les bonnes conditions climatiques perdurent ces prochaines semaines, la campagne 2016 des fruits d’été se conclura de façon assez « sereine ». La production, en retrait dans l’ensemble de l’Europe, et la demande dynamique ont permis de faire remonter les cours. Mais pas suffisamment, selon la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF).
La campagne de fruits d’été semble, en 2016, « plus sereine que d’autres années passées », a indiqué la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) à Agra Presse le 21 juillet. L’année ne sera pas exceptionnelle, notamment du fait d’un début de campagne rendu difficile par « des conditions météorologiques maussades » et l’interdiction de l’utilisation du diméthoate (pour les cerises), mais « les températures de saison et l’arrivée du beau temps ont nettement fait progresser la demande », affirme la FNPF. « On n’a pas de problème d’écoulement », note Luc Barbier, président de la FNPF, « mais la campagne aurait pu être meilleure si les distributeurs avaient joué le jeu ». Les cours de 2016 enregistrent une légère hausse comparé aux années précédentes du fait de récoltes en recul, mais selon Luc Barbier, ils restent « complètement déconnectés de la réalité ».
Des produits mal valorisés en grande distribution
Le responsable syndical est particulièrement critique à l’égard des enseignes Lidl et Leader Price qui, selon lui, contribuent plus encore que les autres distributeurs à la guerre des prix. « Quand je vois leur capacité à détruire autant de marchandise, observe-t-il, c’est normal qu’ils cherchent à tirer les prix vers le bas ». Luc Barbier remarque en effet que dans les magasins, les fruits et légumes sont bien souvent mal valorisés, ou pire, maltraités. Il se demande s’il ne faudrait pas mettre en place des cahiers des charges comme ceux qui s’imposent aux producteurs afin d’obliger les distributeurs à savoir « travailler les fruits et légumes ». Il déplore en effet que les distributeurs détériorent une marchandise de bonne qualité en cet été 2016.
Des récoltes en recul
En abricot, 111 300 tonnes devraient être récoltées. C’est 30 % de moins qu’en 2015. En cause, les orages de grêles qui ont handicapé la production de bergeron. Dans les Pyrénées-Orientales et le Gard, la récolte s’avère correcte et l’offre devrait rester disponible jusqu’à la fin du mois d’août. Les volumes de pêches et nectarines, à 206 000 tonnes, sont légèrement inférieurs à ceux de 2015 (-5 %), notamment du fait d’un recul de la production de 20 % dans la région Rhône-Alpes.
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La campagne 2016 de cerises était quant à elle très attendue : pour la première fois, les producteurs ont dû s’adapter à l’interdiction d’utilisation du diméthoate. À 35 400 tonnes, la récolte 2016 enregistre un recul de 16 % comparé à 2015. Les causes de ce déficit sont assez hétérogènes selon les exploitations, estime la FNPF. Ainsi, si certains vergers ont essuyé de forts aléas climatiques, d’autres ont effectivement subi des attaques de la mouche Drosophilia Suzukii.
« La campagne aurait pu être meilleure si les distributeurs avaient joué le jeu »
Des cerises au diméthoate suspectées à Rungis
Interrogée au micro de France Inter le 21 juillet, Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, a affirmé à propos de l’interdiction du diméthoate qu’« on a mangé quelques cerises, très chères, importées, mais qui avaient reçu du diméthoate ». Une affirmation surprenante puisque le ministre de l’Agriculture a fait interdire toute importation de cerises en provenance de pays encore utilisateurs du produit. Pour Luc Barbier, président de la FNPF, les propos de Christiane Lambert sont peut-être « un peu excessifs », mais ils révèlent un véritable doute qui s’est installé chez les producteurs. « On n’a jamais vu tant de cerises belges à Rungis », s’étonne Luc Barbier qui s’interroge sur les quantités de marchandises affichées « origine Belgique ». Pire, le responsable syndical affirme qu’il a été trouvé de la cerise turque à Rungis, alors que la France a mentionné la Turquie dans la liste des pays interdits d’importation. « On se pose la question de savoir où sont les contrôles », conclut-il.