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Solidarité Paysans Gérard Fiquet : « 2013 ? Une année noire pour les agriculteurs »

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Créé dans les années 80 avec la recrudescence du nombre d'exploitants en difficulté, le réseau « Solidarité Paysans » compte de plus en plus requérants et de moins en moins en moyens. Le point avec le président de l'association des agriculteurs en difficultés, Gérard Fiquet, qui réclame au ministre de l'Agriculture une reconnaissance d'intérêt général pour l'organisme.

Comment est né « Solidarité Paysans » ?

GF : Solidarité Paysans est né dans les années 80 à la suite de la mise en difficultés d'un grand nombre d'agriculteurs, surtout des éleveurs, dans la région du Grand Ouest. C'est ici que les problèmes ont commencé avec la volaille, le porc... Il y avait aussi à l'époque des soucis en matière d'intégration, avec des contrats très vagues et uniquement tournés à l'avantage de l'intégrateur. Ce sont ainsi que les agriculteurs se sont pris en main eux-mêmes, et ont décidé de se regrouper. Le réseau s'est ensuite progressivement structuré avec la création des associations locales, – il en existe 35 aujourd'hui –, et en 1994, la tête de réseau a été lancée. Il ne s'agit pas d'une Fédération cependant. Les associations locales ont toutes leur fonctionnement propre et un financement autonome. Chaque association paye une cotisation à la structure nationale.

Quels sont les agriculteurs qui s'adressent à vous ?

Ce sont principalement des agriculteurs en difficultés financières, avec des dettes, des personnes qui ne parviennent plus à faire face aux charges. Nous constatons une augmentation du nombre de ces agriculteurs, et leurs difficultés sont aussi plus grandes. Les gens s'adressent à « Solidarité Paysans » en dernier recours, ils sont donc souvent déjà très abîmés. Nous proposons alors de les accompagner. Nous regardons leurs comptes, nous pouvons aussi les orienter vers un médecin. Nous avons depuis plusieurs mois de plus en plus d'appels. Et sans nul doute, je dirais que 2013 aura été une année noire pour les agriculteurs, tant nous avons été sollicités par les producteurs de lait, mais aussi de légumes, beaucoup, et de volailles. On voit très peu ceux de la filière porc qui est plus autonome et mieux organisée. Et, surtout, vient à nous un nouveau public, des agriculteurs « modernes » très endettés. Ce sont des exploitants avec un bon bagage scolaire et professionnel et qui ont beaucoup investi. Mal investi : ils se retrouvent en très grandes difficultés. Il y a aussi des jeunes qui se sont installés il y a seulement 5 ou 6 ans et qui sont déjà très à la peine.

Comment faites-vous face à la recrudescence de ces appels ?

Nous y faisons face difficilement, voire très difficilement pour certaines associations locales. Les bénévoles et les salariés sont aujourd'hui contraints de gaspiller de leur précieux temps, à rechercher des financements. Ça, c'est nouveau : du fait du plus grand nombre de demandes, les besoins sont plus grands. Nous venons d'obtenir 76 000 euros pour cette année, en provenance du Casdar (Compte d'affectation spécial pour le développement agricole et rural). C'est important, mais loin d'être assez. Au niveau national, nous avons vécu sur nos réserves.

Marie-Jo Rouleau, salariée à Solidarité Paysans Vendée : « Nous avons une quarantaine de nouveaux appels par an »

«Rendre public ce silence assourdissant qui entoure les agriculteurs en difficultés : voilà l'un de nos premiers objectifs. La parole est très importante. Les agriculteurs doivent parvenir à sortir de leur culpabilité et de leur honte », explique Marie-Jo Rouleau, salariée à Solidarité Paysans Vendée. Ils sont trois employés, à temps partiel, à recueillir chaque jour les appels d'agriculteurs, souvent des éleveurs, très à la peine. « Avec 35 à 40 nouveaux appels par an et environ 120 dossiers en cours, c'est peu ». En général, les problèmes évoqués sont financiers, « les agriculteurs nous disent qu'ils sont poursuivis par des créanciers, ou “la banque m'a bloqué toute possibilité de continuer à fonctionner”, ou encore l'“huissier me harcèle” ». « Cependant, les soucis s'accumulant, c'est aussi la santé qui bien souvent trinque », indique Marie-Jo Rouleau. « Nous sommes d'ailleurs en réflexion sur ce volet, pour renforcer notre partenariat avec les médecins, mieux nous faire connaître ». Les cas de dépression ou les tentatives de suicide sont en effet plus récurrents : « on nous parle souvent de la perte du sens du métier. Les agriculteurs nous disent : On nous demande de la nourriture, de la qualité, mais les gens veulent aussi que ce ne soit pas cher” ».

« Les agriculteurs se plaignent des contraintes, des sanctions, poursuit Marie-Jo Rouleau, alors qu'eux, dans leur tête, ils font ce métier au service des autres ».

Qu'est-ce qui pourrait vous aider ?

Tout d'abord, ce serait bien que le ministre de l'Agriculture réponde à nos demandes de rendez-vous. Nous ne parvenons pas à le rencontrer. Et c'est bien dommage. Car nous avons besoin de nous expliquer : nous avons en effet fait une demande de reconnaissance d'intérêt général en vue de dispositions fiscales nouvelles pour nos mécènes. Notre dossier a été refusé en août, et il est à nouveau à l'examen. Mais jamais nous n'avons été reçus pour nous en expliquer. Or, notre souci est que souvent nous rencontrons des entreprises ou des personnes qui voudraient bien s'engager, mais, à la condition seulement de bénéficier de garanties juridiques au regard des impôts, le fameux rescrit fiscal. Si la situation se débloquait, notre priorité serait de monter un pôle juridique. Il y a urgence ne effet. Nos six juristes sont actuellement saturés, débordés. Il nous faut créer un pôle plus large, qui irait de pair avec les nouvelles contraintes qui s'imposent aux agriculteurs. Et, elles sont multiples. Le ministre doit nous recevoir sur ce point.

Pour en savoir plus : www.solidaritepaysans.org