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Conseil économique social et environnemental Gestion de l’eau : l’avis voté, la discorde se poursuit

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L’avis du Conseil économique, social et environnement sur la gestion de l’eau en agriculture, voté le 23 avril, a reçu un accueil très contrasté, selon les réactions publiques émises par les votants et les organisations concernés par le sujet.

C’était l’un des accords les plus difficiles à négocier, a lâché un proche du dossier, en évoquant l’avis finalement adopté le 23 avril par le CESE, le Conseil économique, social et environnemental, sur « la gestion et l’usage de l’eau en agriculture ». Le texte d’avis le reconnaît d’ailleurs, et identifie deux sujets qui « ont fait l’objet de divergences au sein de notre assemblée : le financement de certains leviers de réduction des pollutions diffuses (redevances…) et la création de nouveaux stockages d’eau pour l’irrigation ». Bilan, l’avis a récolté 103 votes pour, 24 contre et 46 abstentions. Formules complexes, nuances multiples : dans les mots, l’accord semble mesuré, voire prudent. Pourtant, les interprétations de ce texte varient fortement selon ceux qui y ont réagi.
« Les préconisations formulées témoignent de la conviction qu’il n’y a pas d’opposition fondamentale entre le développement indispensable de l’agriculture, le maintien de la qualité de l’eau et la préservation des milieux aquatiques. », tient pourtant à affirmer l’avis du CESE. L’avis évoque ainsi des modifications de pratiques agricoles et l’encouragement de productions « d’intérêt agro-écologique », évoque des solutions à trouver en fonction des territoires et une action prioritaire sur les plus sensibles, en particulier sur les aires d’alimentation de captage mais appelle à des « changements structurels ».

Le groupe agriculture vote contre

Le groupe agriculture du CESE, qui rassemble des organisations majoritaires de l’agriculture, a voté contre, et s’est réjoui d’avoir obtenu des votes d’abstention de représentants des entreprises, de l’artisanat, de la CGPME et des professions libérales et cadres. Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, qui estime que l’avis de la profession a été très mal pris en compte et n’est pas reflété dans le texte final, résume les trois points de divergence majeurs. D’abord, la création ou la majoration, prônée par l’avis, de trois taxes (nitrates, phytosanitaires et sur les prélèvements d’eau). Ensuite « l’idéalisation des solutions alternatives » et un certain angélisme dans les propositions de protection des captages. La FNSEA estime que cet avis dresse en filigrane « le procès d’un modèle agricole » et fait « abstraction des contingences du moment ». Une satisfaction, malgré tout : celle que cet avis ait été « l’un des plus mal votés du CESE », exprimant une « fracture ». L’association générale des producteurs de maïs (AGPM) dénonce pour sa part une « écologie punitive ». Et d’insister : « Le raisonnement des engrais et des phytos est un objectif poursuivi par la profession agricole depuis des années ». Le président de l’APCA, Guy Vasseur est, lui aussi, très critique : « C’est un rapport totalement à charge, dit-il. Ce texte tourne le dos à la réalité agronomique et à l’impératif de compétitivité des exploitations agricoles. »

Rendez-vous raté pour tout le monde

Côté environnementaliste, le son de cloche est tout autre. Le groupe environnement du CESE a voté favorablement. Plusieurs de ses membres ont signifié, à l’issue du vote, leur « vive incompréhension » quant au « vote défavorable des groupes agriculture et coopération » Dans un communiqué commun, sept associations s’interrogent : « Y a-t-il une déconnexion si profonde entre une certaine partie du monde productif agricole et les citoyens ou les consommateurs ? » Ils prônent un élan « collectif » pour que « la nécessaire transition vers un système agricole plus respectueux des humains et des milieux naturels » se fasse. Ces associations ont une lecture de l’avis très différente du groupe agriculture : ils estiment que « les préconisations formulées témoignent de la conviction qu’il n’y a pas d’opposition fondamentale entre le développement indispensable d’une agriculture plus diversifiée, le maintien de la qualité de l’eau et la préservation des milieux aquatiques ». La Confédération paysanne avait salué, avant la tenue du vote, la qualité de l’avis pour lequel elle a voté favorablement, et se disait inquiète de la position de la FNSEA. Quant à France Nature environnement, elle insiste : « Les solutions de demain sont là aujourd’hui, dans les territoires. Il existe déjà une agriculture productive à faible niveau d’intrants ». Un triste point d’accord : chez les pour comme chez les contre, on évoque un « rendez-vous raté »…

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