Le ciel s’obscurcit sur la route de la ré-autorisation du glyphosate dans l’UE. La commission de l’environnement du Parlement européen a adopté le 30 mai une question avec demande de réponse orale de la Commission européenne sur la procédure en cours pour cette ré-autorisation. Un débat sera donc organisé à Strasbourg le 13 juin.
La Commission européenne a décidé, le 16 mai, de proposer un renouvellement pour 10 ans de l’autorisation du glyphosate dans l’UE qui expire en fin d’année (1). Avant de présenter officiellement sa proposition, Bruxelles doit de toute façon attendre que lui soit officiellement transmis le rapport de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) qui conclut que le glyphosate ne doit pas être classé comme cancérogène. « Au vu de l’examen approfondi de l’ensemble des informations sur le glyphosate effectué par les experts des États membres, de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) et de l’ECHA, il n’y a actuellement pas de raison de remettre en question les évaluations et conclusions scientifiques sur le glyphosate produites au sein de l’UE », justifie le commissaire européen à la santé, Vytenis Andriukaitis.
Mais un toxicologue reconnu, Christopher Portier, ancien directeur de plusieurs institutions de recherche fédérales américaines, qui s’est penché sur les études présentées par Monsanto à l’Efsa et l’ECHA, vient de dénoncer des cas de manipulation des données brutes. Selon lui, dans huit cas des augmentations significatives de tumeurs après l’exposition au glyphosate n’ont pas été incluses dans l’évaluation européenne qui s’en trouve « scientifiquement endommagée ». Des informations qui justifient l’ouverture d’une commission d’enquête demandée depuis fin avril par plusieurs eurodéputés, comme le soulignent deux d'entre eux, les socialistes Eric Andrieu (France) et Marc Tarabella (Belgique) (2).
Quatre eurodéputés du groupe des Verts ont également décidé de saisir la Cour de Justice de l’UE sur la question de la non-divulgation par l’Efsa des études sur lesquelles l’agence s’est fondée pour conclure que le glyphosate n’était probablement pas cancérigène pour l’homme. L’Efsa s’est engagée à laisser les élus consulter ces données mais, estiment les eurodéputés, seul un accès partiel leur a été accordé.
Et pour noircir un peu plus le tableau, l’initiative citoyenne européenne lancée en début d’année pour demander l’interdiction du glyphosate a déjà recueilli plus de 800 000 signatures.
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(1) Voir n° 3596 du 22/05/2017
(2) Voir n° 39593 du 01/05/2017
Biotechnologies : une conférence européenne en septembre
La Commission européenne va organiser le 28 septembre une conférence réunissant toutes les parties prenantes afin de débattre sur les biotechnologies en agriculture (« ouvrir la voie à une innovation responsable »), a annoncé le commissaire européen à la santé, Vytenis Andriukaitis, le 30 mai à Varsovie à l’occasion de l’assemblée générale du Coceral (commerce européen des céréales). Que ce soit les OGM, les perturbateurs endocriniens ou le glyphosate, « nous devons reconnaître que le risque et l’incertitude font partie intégrante de chaque décision que nous prenons. Nous devons engager les gens dans un débat sérieux et rationnel », a souligné le commissaire européen.