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Glyphosate : l’Anses lance une évaluation des co-formulants

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Si le glyphosate ne peut être classé cancérogène, d’après un avis de l’Anses le 12 février, les co-formulants « soulèvent des préoccupations », a aussi estimé l’agence. Ségolène Royal a réclamé dans la foulée l’interdiction d’ici fin mars des préparations à « risques préoccupants ».

« L’agence relève qu’au vu du niveau de preuve limité, une classification en catégorie 1A ou 1B (cancérogène avéré ou présumé pour l’être humain) ne peut être proposée, mais qu’une classification en catégorie 2 (substances suspectées d’être cancérogènes pour l’homme) peut se discuter », écrit l’Anses. Au-delà de la substance active, les co-formulants contenus dans les préparations à base de glyphosate « soulèvent des préoccupations », en particulier la tallowamine (en français, amines grasses de suif). « L’agence lance une évaluation des risques liés aux co-formulants présents dans l’ensemble des préparations phytopharmaceutiques, avec une priorité donnée aux préparations à base de glyphosate », poursuit l’avis. Elle procède également à la réévaluation des autorisations de mise sur le marché (AMM) des préparations associant glyphosate et tallowamine.

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) avait conclu en mars 2015 que le glyphosate devait être classé cancérogène probable pour l’homme. C’est ce qui a entraîné la saisine de l’Anses par différents ministères et associations. Le glyphosate fait actuellement l’objet d’une procédure européenne de renouvellement décennal de son approbation.

Royal demande l’interdiction

La ministre de l’Ecologie Ségolène Royal a invité le 12 février l’Anses à « retirer d’ici la fin du mois de mars les autorisations de mise sur le marché » des phytos contenant les « co-formulants présentant des risques préoccupants ».

Un regroupement d’entreprises phytosanitaires a jugé le 13 février « inappropriée » la demande d’interdiction envisagée par la ministre de l’Ecologie. « Aucune information scientifique nouvelle dans le rapport de l’Anses ne permet de justifier un changement concernant l’autorisation des formulations à base de glyphosate en France », selon le communiqué de la Plateforme Glyphosate France.

« La demande d’interdiction des préparations associant glyphosate et tallowamine envisagée par le ministère de l’Environnement est donc inappropriée », ajoute ce groupe de sept entreprises commercialisant des produits à base de glyphosate en France (Nufarm, Syngenta France, Dow AgroSciences, Adama France, Monsanto, Arysta Lifesciences et Cheminova Agro France).

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La plateforme appelle « à éviter toute mesure précipitée, décidée avant même de connaître les résultats d’évaluation des risques des préparations » que la ministre a demandé à l’Anses.

Elle n’a en revanche pas été en mesure d’indiquer combien de produits commercialisés par ses membres pourraient être concernés par l’interdiction.

Sur son site internet, Monsanto assure que sa gamme d’herbicides Roundup à base de glyphosate ne contient pas les co-formulants visés. Le groupe reconnaît cependant que « d’autres préparations à base de glyphosate, appartenant à Monsanto ou à d’autres entreprises, contiennent des co-formulants de la famille des tallowamine tout comme de nombreux autres produits phytosanitaires ou même domestiques (produits de nettoyage ou ménagers) ».

La Plateforme Glyphosate France juge « inappropriée » l’éventuelle interdiction

Pulvérisation : Royal donne des instructions aux préfets

Ségolène Royal a indiqué le 12 février avoir donné instruction aux préfets de protéger les populations vulnérables en cas d’épandage de phytos. « Par une instruction transmise le 3 février, Ségolène Royal a demandé aux préfets : de prescrire des mesures de protection des populations lors des épandages de produits phytosanitaires ; de fixer, à proximité des lieux recevant ou hébergeant des personnes vulnérables (enfants, personnes malades, personnes âgées), des distances minimales adaptées en deçà desquelles il est interdit d’utiliser ces produits ; d’engager des plans de contrôles ciblés dès le second trimestre 2016 », selon un communiqué. L’article 53 de la loi d’avenir pour l’agriculture de 2014 prévoit des mesures de précaution renforcées visant à protéger les personnes vulnérables lors de l’application des phytos. Une note de service du ministère de l’Agriculture, datée du 27 janvier, fournit aux préfets une « boîte à outils » pour sa mise en œuvre.