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Lobbying Glyphosate : les lobbyistes de Monsanto proscrits au Parlement européen

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Alors que le Parlement européen organise une audition le 11 octobre sur les Monsanto Papers et sur la dangerosité du glyphosate, la firme Monsanto, qui a été invitée à y participer, a opposé un refus catégorique. Résultat : ses lobbyistes ont été déclarés « personna non grata » par l’Assemblée européenne, et ce, jusqu’à nouvel ordre.

La décision du Parlement européen de refuser l’accès de ses bureaux aux lobbyistes de Monsanto fait suite à un refus de ce dernier de se rendre à une audition organisée par les commissions parlementaires de l’agriculture et de l’environnement le 11 octobre sur les Monsanto papers et sur le glyphosate. Monsanto justifie son absence à l’audition du Parlement par la crainte de voir son intégrité remise en cause, allant même jusqu’à accuser le Parlement européen de « populiste ». Les eurodéputés comptaient demander des explications à Monsanto sur les révélations des Monsanto Papers (250 pages de documents confidentiels déclassifiés par la justice américaine en mars 2017) dévoilant les inquiétudes exprimées par l’entreprise au sujet du potentiel effet mutagène du glyphosate dès l’année 1999.

Le Roundup, l’herbicide phare de Monsanto le plus utilisé dans le monde, est considéré comme un cancérigène probable par le Centre international de recherche sur le cancer (une agence de l’OMS). Au niveau européen, l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) a de son côté publié un avis très controversé, selon lequel il est peu probable que le glyphosate provoque le cancer chez l’homme, ouvrant ainsi la voie à un possible renouvellement de l’autorisation de vente de l’herbicide pour dix ans encore sur le marché européen.

Michèle Rivasi (Verts, France), membre de la commission de l’environnement, a indiqué à ce propos que les Monsanto Papers ont « discrédité le travail de l’EFSA… Son indépendance est remise en cause et nous demandons la démission de son directeur ». Elle estime par ailleurs que le règlement intérieur des agences européennes « a besoin d’une réforme pour garantir un travail réellement scientifique qui n’est possible que si les études sont publiques ».

Positions très hésitantes des États membres

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Le renouvellement de la licence dans l’UE du glyphosate fait l’objet d’une féroce bataille à Bruxelles avant que l’autorisation actuelle ne s’achève fin décembre 2017. Le comité d’experts chargé du dossier, où siègent des représentants des États membres, se réunit les 4 et 5 octobre à Bruxelles. Aucun vote n’est attendu pour le moment : les positions des États membres restent trop imprécises. La France et l’Autriche sont les seuls pays à avoir affiché leur opposition à la proposition de la Commission européenne de renouveler pour dix ans la licence du glyphosate.

En cas d’absence de vote, la licence du glyphosate expirera fin décembre 2017 (il sera toutefois encore possible d’y avoir recours pendant un an, le temps d’écouler les stocks).

De son côté, l’industrie phytosanitaire estime au contraire que la Commission européenne aurait dû proposer un renouvellement pour 15 ans, comme le veut la procédure européenne. Le principal syndicat d’agriculteurs européen, le Copa-Cogeca, est du même avis et déclare qu’il n’existe aucune alternative "viable" au glyphosate si l’agriculture européenne veut maintenir ses rendements.

La Commission européenne a rappelé à plusieurs reprises que, même si la substance était autorisée, les États membres gardaient la possibilité d’interdire les produits contenant du glyphosate. Du côté des opposants au renouvellement de la licence du glyphosate, une "initiative citoyenne" pour dire "stop au glyphosate" a recueilli plus de 1,3 million de signatures, un succès inédit pour cet instrument qui permet d’interpeller directement la Commission européenne.