Abonné

À Gotheron, l’Inra teste un verger à très bas intrants

- - 5 min

Dans la Drôme, l’Inra mène sur son site de Gotheron un projet de recherche exploratoire autour d’un verger favorisant la bio-régulation. Avec pour objectif « de supprimer l’usage des pesticides », tout en évaluant la faisabilité technique et économique du dispositif.

Vu depuis les bâtiments de la station de l’Inra de Gotheron, situé à proximité de Saint-Marcel-lès-Valence (Drôme), les arbres ne sont pas encore arrivés à maturité, mais les différents cercles concentriques sont déjà bien visibles au milieu de la plaine. C’est sur ce site que l’organisme a installé en février 2018 un verger circulaire de 1,6 hectare, avec pour but de voir « jusqu’à quel point on peut mobiliser la biodiversité de manière à limiter les intrants de synthèse », résume Sylvaine Simon, directrice adjointe de l’unité de Gotheron, où l’Inra est installé depuis les années 60. La chercheuse présentait le projet dans le cadre d’un voyage de presse organisé par les chambres d’agriculture (APCA) à l’occasion du salon Tech & Bio à Bourg-les-Valence les 18 et 19 septembre. « Projet exploratoire » qui devrait s’étendre « sur 15 ou 20 ans », le verger ne devrait commencer à donner des fruits qu’en 2020 et rentrera véritablement en production dans 2 ans.

Seuls intrants : de l’eau et du compost

L’agencement en forme de cercle a été choisi car il minimise les arrivées de bioagresseurs, ravageurs et insectes ou maladies. En son sein, la parcelle « remet en cause la mono-spécialisation » des vergers, souvent organisés autour d’une seule espèce d’arbres, en rangs serrés, explique Sylvaine Simon. L’installation cherche à avoir « une approche cohérente au niveau agronomique » en mariant différentes espèces d’arbres fruitiers avec des espaces favorisant la biodiversité. Le but est à chaque fois de favoriser « la bio-régulation » de la parcelle, de manière à limiter la propagation des maladies et à favoriser les ennemis naturels des ravageurs.

« Il y a zéro produit phytosanitaire, pas de biocontrôles. Le seul intrant que l’on s’autorise est l’eau, et un compost de ferme que nous faisons une fois par an. Le reste est fait avec de la luzerne » semée entre les rangs d’arbres et qui favorise la fertilité du sol, détaille Sylvaine Simon. Le verger expérimental, qui fait partie du projet Alto destiné à « développer de nouveaux systèmes de production de fruits très bas intrants », sera « évalué dans la durée » sur sa capacité à ne pas utiliser de pesticides de synthèse.

« Barrière végétale » d’arbustes et de châtaigniers

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

pesticides
Suivi
Suivre
recherche
Suivi
Suivre

La parcelle s’organise en différentes strates. Le premier cercle extérieur, pensé comme une « barrière végétal », est constitué d’arbres poussant en hauteur pour couper le vent, et d’arbustes ou de châtaigniers pour favoriser la présence de biodiversité et d’auxiliaires de cultures. Des poteaux sont également disséminés dans le verger pour encourager la prédation des campagnols par les rapaces, ainsi que des nichoirs pour les mésanges et les chauves-souris, qui se nourrissent d’insectes. Des pierriers ou des tas de bois, pour favoriser la présence de reptiles ou de belettes, sont également dispersés dans la parcelle et une mare a été disposée en son centre. Un deuxième cercle, composé de variétés de pommiers Florina et Akane, sert lui de « piège » pour les pucerons et les carpocapses (larves de papillons) qui arriveraient à passer la première barrière, ces deux variétés de pommiers ayant été choisis pour leur résistance et leurs récoltes précoces.

Rendre difficile l’accès d’un arbre à un autre pour les maladies

Un troisième cercle de figuiers, grenadiers, néfliers ou noisetiers sert ensuite « de barrière avec les cercles de pommiers à l’intérieur, notamment pour limiter la propagation de la tavelure qui se fait à l’automne par les feuilles qui tombent », explique Solène Borne, animatrice du projet à l’Inra. Enfin, les 6 spirales intérieures sont composées de rangs imbriqués en escalier de pruniers, pommiers, abricotiers et pêchers de variétés multiples. Le but étant de « rendre difficile l’accès d’un arbre à un autre » pour les maladies ou ravageurs qui arriveraient à pénétrer dans la parcelle, « tout en limitant les trajets à vide » lors des récoltes, explique Sylvaine Simon.

Aujourd’hui, le verger se veut avant tout « une preuve de concept, indique-t-elle, nous regarderons l’aspect économique quand nous serons en production ». Le but est d’abord de voir « ce qui est produit et avec quelles qualités ». « C’est un verger qui n’est pas adapté aux circuits longs, avec de la commercialisation de fruits en petits volumes et avec des imperfections. C’est une question de recherche à part entière », précise Solène Borne. Tous les temps de travail sur la parcelle sont également répertoriés pour évaluer la pénibilité, la grande variété d’espèces présentes sur la parcelle faisant que « les récoltes seront assez longues et s’échelonneront dans le temps », indique Sylvaine Simon.

Le verger se veut une « preuve de concept »