Des surfaces en recul, des gains de rendement limités, une production de biocarburants stable, une croissance de la demande en aliments pour animaux qui se tasse, mais des besoins en hausse pour les usages industriels, bioraffinerie notamment. Les perspectives présentées le 7 décembre par la Commission européenne pour le secteur des grandes cultures dans les dix prochaines années laissent entrevoir un marché relativement stable avec des prix qui ne devraient pas beaucoup évoluer.
Dans ses perspectives agricoles pour les dix ans à venir, présentées le 7 décembre à l’occasion d’une conférence désormais annuelle à Bruxelles, la Commission européenne estime que le marché européen des grandes cultures ne devrait pas connaître de grands bouleversements : des gains de production limités, une demande tirée par l’alimentation animale, les usages industriels et l’exportation et des prix stables.
La surface agricole de l’UE devrait poursuivre son déclin, mais à un rythme plus lent qu’au cours de la dernière décennie, pour atteindre 176 millions d’hectares en 2030, prévoient les experts de Bruxelles. La superficie consacrée à la production céréalière devrait donc encore diminuer, pour s’établir à 55 millions d’hectares. Mais certaines productions verront leurs superficies progresser : le maïs à ensilage qui a augmenté de plus de 40 % entre 2000 et 2018, pour répondre à la demande d’aliments pour animaux et à la production de biogaz, devrait continuer à progresser de 3 % d’ici 2030 ainsi que les cultures fourragères. La surface plantée en oléagineux se stabilise.
Croissance des rendements au ralenti
Malgré ce recul des surfaces, l’augmentation des rendements entraîne une hausse générale de la production. Ainsi, la récolte céréalière de l’UE devrait continuer à augmenter pour atteindre 325 millions de tonnes en 2030. Cette croissance est tirée par une légère augmentation de la demande d’aliments pour animaux (en particulier pour le maïs), des perspectives d’exportation modérées et l’importance croissante des utilisations industrielles. La demande céréalière de l’UE devrait augmenter de 4 % d’ici 2030 par rapport à la moyenne 2016-2018. Le marché de l’alimentation animale reste le débouché le plus important en termes de volume, mais sa croissance devrait être limitée (seulement 0,2 % par an) par la faible croissance des productions animales et l’amélioration des taux de conversion des aliments pour animaux chez les non-ruminants. Ce sont les utilisations industrielles (notamment la bioraffinerie) qui devraient connaître la croissance la plus dynamique.
La hausse de production est de toute façon limitée par le ralentissement de la croissance des rendements dans l’UE. Dans les anciens États membres, cette croissance devrait être quasi nulle, tandis qu’une augmentation de 0,7 % par an est prévue pour les nouveaux États membres, soit un peu moins que celle du rendement du blé (1 % par an) en Ukraine, un des principaux concurrents de l’UE. Les prix devraient rester relativement stables à près de 180 €/t pour le blé tendre en 2030.
En ce qui concerne les oléagineux, compte tenu des limites de la politique en matière de biocarburants après 2020 et de la croissance limitée de la demande d’aliments pour animaux, aucune autre augmentation de production n’est prévue dans le secteur du colza.
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Aliments pour animaux et biocarburants
La demande d’aliments pour animaux devrait atteindre 275 Mt en 2030 pour les trois types d’aliments composés (à faible, moyenne et haute teneur en protéines). Les aliments pour animaux à faible teneur en protéines (principalement le blé et les céréales secondaires) connaîtront une croissance moins rapide que les deux autres. Une demande supplémentaire d’aliments pour animaux provenant de cultures locales, sans OGM et biologiques stimulera la production nationale d’aliments pour animaux, souligne le rapport sur les perspectives agricoles.
Côté biocarburants, la révision de la directive européenne sur les énergies renouvelables (1) va donner à l’industrie un cadre plus clair pour ajuster la production de l’UE qui devrait rester globalement stable jusqu’en 2030. Mais des changements de matières premières pourraient être enregistrés. À partir de 2020, la production de biodiesel à partir d’huiles végétales pourrait rester stable, autour de 11,6 milliards de litres, avant de diminuer à partir de 2023, à mesure que la demande totale de diesel se contractera (-5 % en 2030 par rapport à 2018). Parmi les différentes matières premières, le biodiesel issu de l’huile de palme devrait afficher la baisse la plus significative (-15 %), tandis que les autres huiles végétales diminueraient en moyenne de 2 %. À l’inverse, la production d’éthanol devrait, elle, augmenter de 13 % pour atteindre 9,1 milliards de litres en 2030.
Sucre : les exportations comme salut
La consommation de sucre de l’UE, enfin, diminuera de 5 %, sous l’influence des initiatives en matière de santé, lesquelles ne devraient être que partiellement compensées par l’utilisation croissante de l’isoglucose dans les aliments transformés (la consommation totale d’édulcorants diminuera de 2 %). La production de sucre de l’UE devrait être légèrement supérieure à 19 Mt d’ici 2030 – soit 13 % de plus que la production moyenne au cours des dernières années du régime des quotas de sucre, mais 12 % de moins que le niveau particulièrement élevé de 2017-2018 – avec une tendance à la baisse des rendements (du fait de l’interdiction de l’utilisation des néonicotinoïdes) combinée à une diminution de 6 % de la superficie consacrée à la betterave sucrière. Ce niveau de production communautaire permettra néanmoins à l’UE de rester un exportateur net de sucre, sur un marché mondial en croissance (hausse de 22 % de la production à 215 Mt) dominé par le Brésil.
(1) Voir n° 3671 du 10/12/2018