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Santé Greenpeace accable les pesticides

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Greenpeace a publié le 12 mai un rapport intitulé Santé : les pesticides sèment le trouble, qui dénonce l'impact sanitaire des pesticides. L'étude conclut que les populations les plus exposées aux pesticides sont plus sujettes à certaines maladies. Premières victimes : les agriculteurs et leur famille, directement exposés aux produits sur leur lieu de travail et de vie.

Les études se suivent mais ne se ressemblent pas. Le 6 mai, le collectif Sauvons les fruits et légumes de France publiait une monographie affirmant que les effets des pesticides sur la santé des agriculteurs restaient marginaux (1). Une semaine plus tard, le laboratoire de recherches de Greenpeace communique via un rapport sur les dangers des pesticides sur la santé humaine. S'appuyant sur des études publiées dans des revues scientifiques internationales, le rapport conclut à la dangerosité des produits phytopharmaceutiques.

Les agriculteurs particulièrement vulnérables

Selon le rapport, deux types de population seraient particulièrement touchés par les effets nocifs des pesticides : les fœtus et jeunes enfants ainsi que les agriculteurs et leurs familles.

Les voies d'exposition aux pesticides sont multiples : l'air, la poussière, l'alimentation, l'eau mais également l'environnement proche. « Les pesticides pulvérisés sur les terres agricoles et dans les zones urbaines entrent en suspension et peuvent parcourir de longues distances », explique le rapport. « Les personnes vivant dans les zones agricoles sont donc susceptibles d'être hautement exposées aux pesticides suite à l'inhalation de la dérive de pulvérisation ». Conséquence directe : « Les agriculteurs et leur famille présentent un risque d'exposition plus élevé que le reste de la population ». Citant une étude européenne, Greenpeace rapporte que « sur les résidus retrouvés dans les cheveux des travailleurs agricoles », « pas moins de 33 substances différentes, notamment des herbicides et des fongicides », auraient été dénombrées. Un résultat qui se confirme même chez ceux qui respectent toutes les précautions de sécurité lors de l'épandage.

Pesticides et cancer : le lien se confirme

Si le lien de causalité directe entre exposition aux pesticides et cancer n'est pas encore formellement avéré, Greenpeace met en lumière de fortes présomptions. Selon une étude démarrée aux Etats-Unis en 1993, il apparaît qu'une exposition à 12 pesticides sur le lieu de travail augmenterait le risque de développer tous types de cancers. Les prédispositions aux cancers ne se limiteraient pas uniquement à ceux qui appliquent des pesticides : « L'ensemble de la population vivant dans des zones où l'exposition aux pesticides est importante » serait concerné.

Parmi les pesticides suspectés, l'ONG cite le Dicamba, le Chlorpyrifos ou le Pendiméthaline, dont l'utilisation n'est pas restreinte en Europe. Classés par l'OMS (Organisation mondiale de la santé) dans la catégorie « modérément dangereux », ces produits pourraient être à l'origine de cancers du poumon, du colon, du pancréas ou même du cerveau.

Des impacts sanitaires multiples

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Outre les cancers, les pesticides pourraient favoriser d'autres maladies graves. Une chercheuse hollandaise a passé en revue, en 2012, 46 études sur le lien entre pesticides et maladie de Parkinson. Le résultat semble confirmer que le risque de développer la maladie est amplifié par l'exposition aux pesticides. Les produits phytopharmaceutiques pourraient aussi causer d'autres détériorations du système neurologique (maladie d'Alzheimer et démence par exemple), des troubles du système hormonal (glande thyroïde et hormones sexuelles) et certaines dégradations du système immunitaire.

Au-delà des conséquences sanitaires sur les personnes directement exposées aux pesticides, les produits pourraient même affecter les générations futures. Greenpeace mentionne des études expérimentales qui ont montré que « certaines substances pouvaient provoquer des maladies par le biais de l'hérédité épigénétique transgénérationnelle ». En d'autres termes, les perturbations génétiques qui touchent une personne confrontée aux pesticides pourraient se répercuter sur plusieurs générations non exposées.

Greenpeace promeut l'agriculture écologique

Pour Suzanne Dalle, chargée de campagne agriculture à Greenpeace France, il faut « désintoxiquer notre modèle agricole ». L'organisation, qui assure que « les stratégies impliquant une simple réduction de l'utilisation de certains pesticides ne suffiront pas pour protéger la santé humaine », exhorte le gouvernement français et l'Union européenne à prendre des mesures fortes. Elle demande notamment la suppression progressive de l'utilisation des pesticides chimiques de synthèse dans l'agriculture, la mise en œuvre effective de la directive sur l'utilisation durable des pesticides (voir encadré), l'amélioration du processus d'évaluation des risques liés aux pesticides de l'Union européenne, la réorientation des dépenses publiques liées à la recherche sur l'agriculture écologique dans le but de contribuer à l'adoption concrète de pratiques agro-écologiques par les agriculteurs.

(1) Voir n°3496 du 11/05/2015

Une directive pour encadrer l'utilisation des pesticides

La directive pour une utilisation durable des pesticides fixe pour la première fois en 2009 des règles européennes destinées à rendre l'utilisation des pesticides plus sûre et encourager les recours à la lutte intégrée et aux alternatives non chimiques. Elle prévoit notamment :
– la mise en place d'un plan d'action national par chaque État membre visant à réduire les risques et la dépendance à l'égard de l'utilisation des pesticides avec des objectifs quantitatifs, – la formation obligatoire de tous les utilisateurs professionnels, distributeurs et conseillers,
– la mise en œuvre d'une inspection régulière des matériels d'application de produits phytopharmaceutiques utilisés par les professionnels,
– l'interdiction de la pulvérisation aérienne sauf dérogation encadrée,
– la mise en place de restrictions ou d'interdictions d'utilisation des pesticides dans certaines zones spécifiques.

Source : observatoire-pesticides.gouv.fr

Action au siège d'InVivo le 13 mai

Greenpeace entravait, le 13 mai au matin, l'accès au siège d'InVivo, « le plus gros vendeur de pesticides en France », afin d'alerter sur les dangers de tels produits pour la santé. « Ce matin à 7h40, dix-neuf d'activistes de Greenpeace ont bloqué l'entrée principale de la coopérative agricole InVivo à Paris avec un mur de bidons symbolisant des pesticides », selon un communiqué de l'association. Une banderole « Philippe Mangin, Thierry Blandinières : empoisonneurs ! » visait le président et le DG du groupe. Greenpeace leur demande de « cesser immédiatement la vente des pesticides les plus dangereux pour la santé humaine ». Réagissant sur Twitter, Philippe Mangin a qualifié cette action de « grossière erreur de cible ». InVivo s'est défendu avec des messages comme « avec 300 fermes (du réseau FERMEcophyto), nous sommes le 1er réseau dédié à la réduction des pesticides et de leurs impacts environnementaux ».