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Grève SNCF : des filières dans l’angoisse à l’approche de la moisson

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L’arrivée prochaine des récoltes en grandes cultures complique la situation des collecteurs et fabricants d’aliments. Dijon Céréales envisage une perte financière de 1,5 M€ liée à la grève SNCF. Nutrinoë demande l’arrêt des travaux en cours sur les lignes.

L’inquiétude grandit dans le secteur céréalier, gros client traditionnel du fret ferroviaire. « Cette grève des cheminots met toute notre filière en danger », déclare Pascal Demay, directeur céréales chez Dijon Céréales, rappelant le « contexte agricole déjà très compliqué » avec une grosse concurrence internationale et la future Pac. La coopérative chiffre sa perte financière à 1,5 million d’euros si le mouvement social à la SNCF s’arrête avant le 30 juin. Cela correspond au résultat net dégagé en moyenne ces dernières années. L’impact du conflit est très lourd sur l’activité. Alors que Dijon Céréales doit livrer environ 85 000 tonnes de céréales chaque mois à ses clients, l’effet grève a déjà entraîné un recul des volumes de 30 % en mars, 25 % en avril. Tout est fait pour reporter un maximum de marchandises vers le camion. Logivia, sa filiale de transport, a roulé le 8 mai et des transferts de nuit sont envisagés pour pallier les retards d’exécution.

Des silos encombrés

La situation est d’autant plus préoccupante que la récolte approche. Il s’agit de faire suffisamment de place dans les silos. Dijon Céréales anticipe une augmentation importante des volumes encore sur les bras au 30 juin : si les perturbations continuent à la SNCF, la coopérative prévoit un doublement du stock de fin de campagne, soit près de 150 000 tonnes contre 75 000 tonnes habituellement. Pour l’union de commercialisation Cérévia, formée avec Bourgogne du Sud, Terre Comtoise, Interval, Terres d’Alliance et La Dauphinoise, l’estimation est de 250 000 tonnes. « Nous sommes très inquiets pour la future moisson qui débutera fin juin : un tiers de la capacité de stockage de notre coopérative serait occupé avant même l’arrivée des grains de la moisson 2018, explique Pascal Demay. Si c’est le cas, nous aurons de grandes difficultés à classer notre collecte pour répondre à la qualité attendue par nos clients et par les filières. » Dijon Céréales affirme devoir chercher, en l’état actuel, quelque 50 000 tonnes de capacités de stockage extérieures pour faire face à l’arrivée de la prochaine récolte.

Difficile approvisionnement des usines

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Le secteur de l’alimentation animale n’est guère mieux loti. Nutrinoë (fabricants d’aliments bretons) demande l’arrêt des travaux sur les lignes de chemin de fer durant toute la durée des grèves au sein de la SNCF, rapporte à Agra Presse le 15 mai Laurent Morin, délégué général de l’association de fabricants. Les usines bretonnes, qui affrètent 25 à 30 trains par semaine, ne recevaient que 5 trains par semaine début avril ; elles étaient parvenues à faire grimper la fréquence à 10 trains par semaine fin avril, notamment grâce à une « cellule d’entraide », incluant les opérateurs ferroviaires (Colas Rail), les entreprises clientes, la préfecture régionale et SNCF Réseaux. Mais depuis quelques jours, des travaux sur les lignes empêchent la circulation des trains à certains horaires et entravent à nouveau les mouvements, constate Nutrinoë. La semaine du 7 au 13 mai avait déjà été fortement perturbée par les jours fériés. « C’est un combat quotidien pour s’approvisionner », témoigne Laurent Morin.

« Le mois de juillet approche », alerte par ailleurs Laurent Morin. La fin de la campagne de céréales n’est pas éloignée et les silos se vident peu à peu, conduisant les fabricants à s’approvisionner de plus en plus loin de Bretagne, explique-t-il : « Les camions ne font plus deux tournées dans la journée, mais une seule ». De plus, le mois de juillet est particulièrement redouté par les opérateurs, car la récolte des céréales mobilise très fortement les flottes de camions, et pourrait compliquer encore davantage l’approvisionnement des usines.

Un manque de stockage pour la moisson à venir

« C’est un combat quotidien pour s’approvisionner »