Dans son interview accordée au Monde du 28 octobre, Nicolas Hulot explique que si le ministre de l’Agriculture est là pour « défendre les intérêts des agriculteurs et répondre à une souffrance évidente », lui, il est là pour « faire bouger l’ensemble des modèles » et « monter au front ». En clair, on se partage les rôles du gentil et du méchant. Il explique aussi que « l’on ne peut pas demander à un agriculteur à la tête d’une grosse exploitation de passer, du jour au lendemain, d’une agriculture intensive à la permaculture ou à l’agroécologie », et que les relations seront plus faciles si on les considère comme des victimes plutôt que des coupables. Dans cette intervention, Nicolas Hulot montre parfaitement sa grille de lecture du monde agricole qu’il ne décode qu’à travers le prisme du modèle bio, en dehors duquel il ne peut y avoir de stratégie d’entreprise mûrement réfléchie. Il a complètement raison quand il dit que l’on assiste à une lame de fond en faveur d’une alimentation saine et de qualité, et que cette lame de fond touche aussi les questions environnementales, mais ce n’est pas pour autant que Nicolas Hulot peut laisser entendre que tous les agriculteurs conventionnels sont des moutons décérébrés qui ne font que subir sans réfléchir. Bon nombre s’épanouissent dans ce qu’ils font parce qu’ils font évoluer leur modèle au fil des ans, dans une approche globale à la fois agronomique, mécanique, chimique et numérique. À toutes les organisations agricoles, il serait bon d’inviter le ministre de la Transition écologique à visiter des fermes de tout type de modèles pour élargir son champ de vision de l’agriculture française.