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Grippe aviaire : des aides et de nouvelles règles sanitaires pour la filière palmipèdes

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Alors que les mises en place de canetons ont cessé depuis le 18 janvier dans le Sud-Ouest, Stéphane Le Foll a promis des aides pour les éleveurs touchés, sans en préciser le montant. La DGAL doit présenter, la semaine prochaine, le détail des mesures d’éradication du virus qui devraient se terminer en juin, ainsi que les nouvelles règles de biosécurité que devra désormais suivre la filière. Selon les professionnels, la production de foie gras pourrait baisser d’un tiers en 2016 sur la zone concernée (environ 70 % du potentiel de production).

Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a annoncé au Sénat, lors d’une séance de questions au gouvernement le 19 janvier, que le gouvernement et l’Europe apporteront « les aides nécessaires » à « tous les producteurs, petits, moyens et grands », touchés par le vide sanitaire imposé par l’État à la filière palmipèdes du Sud Ouest, pour éradiquer la grippe aviaire. « Le plan appliquera les aides à la perte de revenus liée à ce vide sanitaire », a exposé S. Le Foll. Par ailleurs, une aide sera apportée aux abattoirs, a-t-il annoncé, sous la forme de mesures de chômage partiel. Une réunion est prévue la semaine prochaine avec les professionnels de la filière, « pour finaliser avec eux le plan ».

Un vide sanitaire d’un mois

En effet, la Direction générale de l’alimentation (DGAL) doit présenter, la semaine prochaine, le détail des mesures d’éradication du virus. Selon les professionnels, le gouvernement souhaite imposer un vide sanitaire d’environ un mois, à partir du moment où aucun volatile ne sera plus présent dans les élevages de la zone. De telle sorte que le vide sanitaire débuterait fin avril, et permettrait une relance de la production à partir de juin – les mises en place des canetons ont cessé depuis le 18 janvier, et leur élevage dure entre 12 et 14 semaines, explique l’Itavi. Ainsi, la production devrait baisser progressivement jusqu’en avril, s’arrêter durant un mois, et repartir progressivement à mesure que les éleveurs seront réapprovisionnés en canetons.

Un tiers de foie gras en moins dans la zone

Difficile d’estimer la baisse que pourront causer ces mesures sur la production 2016. Elle dépend par exemple de l’état des stocks des entreprises, mais aussi de la capacité du reste de la filière à augmenter sa production, en particulier en Vendée (voir carte). L’Institut technique avicole (Itavi) estime que la zone où sera imposé le vide sanitaire (18 départements au total) recouvre environ 70 % du potentiel de production nationale de palmipèdes. Selon Christophe Barrailh, président de l’interprofession (Cifog), un tiers de la production de foie gras de cette région ne pourra pas être produit en 2016. « Les premières estimations font état d’un trou de production de 30 à 50 % suivant les zones », a par ailleurs indiqué à l’AFP, le directeur général adjoint de Delpeyrat, Dominique Duprat. Interrogé sur une possible flambée des prix, il a estimé qu’il y aurait « bien sûr » une forte hausse, car il y aura « moins de matière première disponible et des coûts de production en hausse ».

Après le vide sanitaire, des changements

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La DGAL va également présenter des changements dans la mise en œuvre des régles de biosécurités sur les élevages de palmipèdes. Ces évolutions concerneront l’ensemble de la production française. En la matière, un des points faibles de la filière foie gras est de se décomposer en trois phases (cannetonnière, plein-air, gavage). Ainsi, trois ateliers de palmipèdes peuvent coexister sur la même ferme, et parfois même, des animaux d’âges différents peuvent cohabiter dans un même atelier, ce qui multiplie les mouvements sur la ferme. Une des mesures pressenties est la mise en place de sas de décontamination dans chaque atelier, rapportent les professionnels. Les autorités voudraient aussi aboutir à l’imposition de bandes uniques par atelier, c’est à dire, que chaque mouvement (entrée/sortie) concerne l’ensemble des animaux.

Grippe aviaire : la CFDT plaide pour des mesures d’urgence de formation des salariés

Suite à l’annonce par le ministère de l’Agriculture d’un plan d’éradication de la grippe aviaire dans le Sud-Ouest, la fédération agroalimentaire de la CFDT (FGA) demande, dans un communiqué le 18 janvier, « la mobilisation des acteurs concernés pour activer et financer des dispositifs de chômage partiels articulés avec des actions de formation. » Le syndicat plaide pour que le creux d’activité soit « mis à profit pour former les salariés des secteurs concernés ». Il demande « une réunion de crise au ministère de l’Agriculture », afin de « mobiliser tous les acteurs », de tenir dans l’urgence une réunion des organismes paritaires concernés (Fafsea, Opcalim, Opcalia) « pour mobiliser des fonds et conseiller les entreprises ».

Foie gras : l’interprofession s’indigne de la proposition de loi d’une députée EELV

Dans un communiqué de presse du 19 janvier, l’interprofession du foie gras (Cifog) se déclare « profondément choquée » de la tenue d’une conférence de presse, le jour même, animée par la députée Laurence Abeille (EELV), qui présentera sa proposition de loi visant à l’interdiction du gavage des palmipèdes. Le Cifog souligne « l’indécence de cette initiative, au moment même où la survie de (la) filière et (des) exploitations est en péril ». Les professionnels estiment par ailleurs que la députée se fait « un coup de pub » en invitant à cette conférence de presse l’actrice américaine Pamela Anderson. Le même jour, l’interprofession a reçu le soutien des présidents de trois importants groupes parlementaires, Bruno Le Roux pour le groupe socialiste (PS, PRG, MRC), Christian Jacob pour les Républicains et André Chassaigne pour le groupe gauche démocrate et républicaine (PCF, PG), qui ont jugé que l’initiative de leur collègue EELV risquait de « peopliser » le débat parlementaire, et que la concomitance avec la crise que traverse l’élevage de foie gras constituait une « double peine » pour les éleveurs.