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Sécurité alimentaire  Grippe aviaire : la filière avicole de nouveau sous pression

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Après la « trêve des confiseurs » le spectre de la grippe aviaire fait son come-back et relance la psychose : les ventes de volailles trébuchent de nouveau et affichent une baisse de 12% depuis janvier. Si le phénomène reste mesuré au regard des –30% d’octobre dernier, l’évolution de la situation demeure imprévisible. Les industriels s’accordent cependant pour constater que le phénomène est désormais mondial et durable. S’en suit une inévitable réorganisation de la production des groupes volaillers français… et des menaces de chômage partiel.

La psychose refait surface. Après des fêtes de fin d’année « quasi-normales », les ventes de volailles repiquent du nez dans l’Hexagone. « La baisse de la consommation de volailles est depuis début janvier de 12 % par rapport à la même période de 2005 », annonce Alain Melot, président de la Fédération des industries avicoles (FIA). Et l’arrivée ces jours-ci de la grippe aviaire en Europe pourrait remettre d’actualité les chutes de 30 % des ventes de produits avicoles d’octobre dernier. Un niveau déjà atteint par les volailles bénéficiaires de labels d’élevage en plein air durement touchée dès l’apparition de la grippe aviaire sur le sol turc, le mois dernier, aux portes de l’Europe.

Impact médiatique

« Chaque nouvelle réapparition du virus dans les médias a de toute façon un impact immédiat sur les ventes, déplore Yves Stunic, directeur marketing chez Duc. D’autant que les distributeurs anticipent également les baisses de consommation et réduisent instantanément leurs parts de linéaire ». Septième volailler français, Duc voit pour sa part ses ventes ne baisser que de 5 à 10 %. « Un chiffre pas encore catastrophique, précise le dirigeant, même s’il faut noter que ces résultats sont dopés par de multiples opérations promotionnelles ». Ce groupe de 700 salariés et 200 éleveurs sous contrat, qui réalise près de la moitié de son chiffre d’affaires en MDD et ne produit pas de volailles en plein air, limite donc la casse pour l’instant.

Réduction de production

Mais le caractère purement psychologique du phénomène – aucun cas de grippe aviaire ne s’est encore déclaré sur le sol français, rappelons-le – rend imprévisible toute évolution de la situation. Personne ne hasarde donc un quelconque pronostic. De nombreux industriels s’accordent toutefois pour dire que cette baisse de la consommation de volailles sera un « phénomène durable ». « La situation est extrêmement difficile et problématique car la crise devient mondiale », affirme Cyril Arcamone, directeur de la communication de Doux. Deuxième groupe volailler français derrière LDC avec 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires, 14 000 employés dont 6 000 en France, Doux réalise 50 % de son chiffre d’affaires à l’export. Les volailles élevées en plein air ne constituent qu’une part limitée de son activité, mais « la baisse de la consommation se fait ressentir partout à travers le monde », regrette le responsable. Après l’Asie, en crise depuis plus de deux ans, de nombreux marchés importants sont touchés et la hausse des stocks devrait finir par peser sur les cours. « On va vers des réductions » de production, juge Cyril Arcamone. « Notre métier repose sur des cycles de production lourds, et il nous faut ajuster les mises en abattoir aux ventes. » La réduction actuelle de production de volailles est estimée à 20 % par Christian Marinov, directeur général de la Confédération française de l’aviculture (CFA). Avec une conséquence inéluctable : la réduction de la force de travail.

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Chômage partiel inévitable ?

« Les mesures pourront évoluer progressivement, explique Cyril Arcamone. Réduction des CDD et intérimaires tout d’abord, puis redéploiement des salariés entre les sites. En dernier recours, il y a le chômage partiel. » Une solution que le gouvernement a promis de financer en partie. Doux a déjà mis fin à tous les contrats des intérimaires et le nombre de CDD est désormais compris entre « 0 et 10 », selon les sites. Du côté de chez Duc, la société se contente de ne pas renouveler les contrats de 40 intérimaires et n’envisage pas encore de chômage partiel.

Reste le côté « irrationnel » de la situation. La découverte de cygnes morts contaminés par le H5N1 (voir ci-contre) en Italie, pays limitrophe de l’Hexagone, fera sans doute écho sur le marché français de la volaille. « Ce n’est tout compte fait que beaucoup de bruit pour pas grand chose, conclut Cyril Arcamone. En 2003, la Hollande a très bien géré les cas qui se sont déclarés sur son sol. Et en France, notre système de gestion est remarquable. Si le H5N1 arrive, les élevages à risque seront abattus et le virus rapidement endigué », assure-t-il.