A l'occasion de la présentation de ses vœux, Jean-Philippe Girard, président de l'Ania a non seulement rappelé que la guerre des prix dans la grande distribution était destructrice de valeur, mais que rien n'avait véritablement avancé depuis le précédente table ronde du 23 octobre.
« Que serait notre pays sans notre industrie alimentaire ? » a lancé Jean-Philippe Girard, le président de l'Ania sur le ton de la boutade au ministre Stéphane Le Foll, lors de la soirée de présentation de ses vœux le 28 janvier. Tout en rappelant quelques chiffres qui font de l'agroalimentaire « la première puissance industrielle de France, avec 11 800 entreprises, plus de 160 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 43 milliards d'euros d'exportations, 8 milliards d'excédent commercial et 500 000 emplois », le patron de l'Ania s'est déclaré « partagé entre espoir et inquiétude ». Deux dangers selon lui menacent : « Les scores nutritionnels » représentés par des pastilles rouge et oranges sur certains produits qui « seraient catastrophiques pour notre alimentation, notre tourisme, nos exportations… » et la guerre des prix, « une guerre éprouvante qui étrangle nos entreprises, dévore nos marges, paralyse l'investissement, les recrutements et les projets ». Une inquiétude d'autant plus grande que les négociations commerciales entre fournisseurs et distributeurs battent son plein et que les sanctions annoncées par les ministres de l'Economie et de l'Agriculture à l'issue de la dernière table ronde du 23 octobre se font toujours attendre.
Et Jean-Philippe Girard ne mâche pas ses mots sur le sujet, allant même jusqu'à parler « de racket organisé » de la part de certains distributeurs qui demandent des réductions injustifiées alors même que le prix de certaines matières premières ont baissé. S'il demande aux patrons de la distribution de tenir leurs engagements du 23 octobre dernier et d'adopter « un comportement plus respectueux et plus éthique vis-à-vis de leurs fournisseurs », le patron de l'Ania en appelle surtout au ministre de l'Agriculture pour que « la loi soit appliquée, les abus sanctionnés et communiqués », et la vigilance renforcée alors que 4 centrales d'achat représentent désormais 93 % du marché, afin de « redonner de la valeur à notre filière et retrouver le podium à l'exportation, avant qu'il ne soit trop tard ».
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Dans sa réponse, Stéphanie Le Foll a annoncé la tenue d'une réunion le 13 février, avec le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, des intervenants de la filière agroalimentaire et des distributeurs. « Il faut être capable de comprendre une bonne fois pour toute que cette guerre des prix ne profitera à personne » a-t-il martelé. Enumérant le prix du pétrole, l'euro … comme autant d'éléments propices à une amélioration, Stéphane Le Foll reconnaît qu'il « manque une étincelle pour que cela reparte ». Le 13 « nous discuterons pour savoir comment sortir de cette spirale ». Rendez-vous pris.