Dans son rapport d’information sur l’agriculture et l’alimentation française, remis fin mai, le sénateur Laurent Duplomb (LR, Haute-Loire) s’est penché sur la perte de compétitivité de la production. Outre son impact sur les exportations, ceci pose également le problème de l’augmentation des importations de denrées alimentaires, dont certaines ne respectent pas les normes sanitaires en vigueur, mais qui faute de contrôles suffisants sont régulièrement consommées sur le territoire.
La France est une puissance agricole de premier plan, mais pour combien de temps ? C’est la question que pose le sénateur Laurent Duplomb (LR, Haute-Loire) dans son rapport d’information sur l’agriculture et l’alimentation française, déposé le 28 mai dernier. Fleuron de l’industrie française, l’agroalimentaire est toujours excédentaire, à la troisième place du podium derrière l’aéronautique et la chimie, preuve de ses bonnes performances. Mais elle est néanmoins en perte de vitesse. "En 2018, seuls les échanges avec les pays tiers contribuent à l’excédent commercial, grâce à la vitalité des produits de terroir et des produits de seconde transformation. Compte tenu de la faible dynamique de la production française alors que la demande mondiale augmente, la France fait partie des pays ayant perdu le plus de parts de marché au niveau mondial depuis 2000. L’excédent agricole français tend même à disparaître. Il a ainsi été divisé par deux entre 2011 et 2017 en euros courants, ce qui constitue un recul historique, d’autant plus préoccupant que la tendance semble structurelle", averti le rapport. De quoi laisser dire à Laurent Duplomb qu'"en 2023, la France ne sera plus excédentaire à cause des écarts de compétitivité". En maraîchage par exemple, le coût horaire du travail en France est respectivement 1,7 et 1,5 fois plus élevé qu’en Espagne et qu’en Allemagne et plus de 2 fois plus qu’en Pologne.
Un curieux paradoxe
À ceci s’ajoute "une tendance à la sur-réglementation, qui se manifeste en France par des sur-transpositions que ne réalisent pas d’autres pays européens", rappelle le rapport. Or, "il faut savoir que chaque fois que le gouvernement ajoute des critères sur la fabrication, cela favorise l’arrivée de produits étrangers", martèle Laurent Duplomb. Depuis 2000, les importations ont été presque doublées en France (+ 87 %) tandis que les exportations, dans le même temps, n’augmentaient que de 55 %.
Un curieux paradoxe que cette augmentation des importations à l’heure où les consommateurs sont de plus en plus suspicieux sur ce qu’ils mangent, et qui se retrouve pourtant dans les statistiques. "Il ne se passe pas un jour, sans qu’un Français ne mange un produit étranger, dont 1/4 contiennent des ingrédients qui ne respectent pas les normes sanitaires imposées aux produits français", estime Laurent Duplomb. Et pour les fruits et légumes, près d’un sur deux consommés en France est aujourd’hui importé. Et le rapport poursuit l’énumération. Ainsi, en une petite vingtaine d’années, les importations de volailles dans la consommation française sont passées de 13 à 34 %, essentiellement en provenance de Pologne, de Belgique et des Pays-Bas. Et même dans le secteur des produits laitiers, où la spécialité et la qualité des fromages français n’est plus à prouver, la valeur des importations a été multipliée par deux entre 2005 et 2017.
Résultat, la France, troisième principal exportateur mondial en 2005, est passée à la sixième place avec environ 4,5 % de parts de marché. Et si la concurrence de pays comme la Pologne ou le Brésil est forte sur l’ensemble de l’Europe, "la France contrairement à ses voisins européens comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou l’Espagne cède du terrain" et affiche "des parts de marchés inférieures à l’Allemagne et les Pays-Bas en matière agricole sur les marchés mondiaux", pointe encore le rapport.
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Doute sur la qualité sanitaire de certains produits importés
Au-delà de cette perte de compétitivité de la France, ce qui pose aussi vraiment problème porte sur la qualité sanitaire des produits importés sachant qu’il est difficile d’en évaluer le taux de conformité, relève Laurent Duplomb. Sur la base des non-conformités constatées par la DGCCRF et la DGAL à la suite d’un contrôle en 2017, "on peut estimer qu’entre 8 et 12 % des denrées alimentaires importées de pays tiers ne respectent pas les normes européennes de production et sont susceptibles de porter atteinte à la sécurité sanitaire de nos concitoyens", indique le rapport. Une moyenne qui peut être largement dépassée pour certaines denrées, en raison d’un risque « pesticides », est-il précisé comme pour du thé de Chine (13 %), des piments de République dominicaine (16 %) ou des pistaches des États-Unis (20 %).
Et le comble, c’est que la fraude touche particulièrement les denrées issues de l’agriculture bio. "La DGCCRF a constaté que près de 17 % des contrôles physiques sur les produits issus de l’agriculture biologique se sont révélés non-conformes en 2017." D’où l’inquiétude légitime des membres du comité de suivi de la loi Egalim sur les préconisations de la loi. "L’intérêt du groupe de suivi est aussi de se pencher sur la faisabilité des préconisations", a ainsi rappelé Anne-Catherine Loisier, co-rapporteur (Union Centriste, Côte d’Or). Et dans le cadre de la volonté du gouvernement d’augmenter la part du bio dans la restauration collective, "nous souhaitons que les dispositions bénéficient aux agriculteurs français, et donc veiller à ce que cela ne favorise pas les exportations étrangères bio. Chaque année, ce sont entre 5 et 10 milliards d’euros de produits illégaux qui seraient vendus en France et exerceraient une pression à la baisse sur les prix des produits français".
Et Laurent Duplomb de déplorer un taux de contrôle insuffisant. Selon lui, l’État dépense moins de 10 M€ par an pour contrôler l’importation des denrées alimentaires avec l’intervention d’une centaine d’agents. Un chiffre bien dérisoire, regrette le sénateur.