Heinz est entré en négociations exclusives avec la banque new-yorkaise Lehman Brothers pour la vente de sa branche européenne « Produits de la mer », qui englobe Petit Navire. Sur le site français de Douarnenez, le comité d’entreprise de la marque historique de thon en boîte a d’ores et déjà donné son accord pour une éventuelle cession. Avec la vente de cette branche qui réalise près de 400 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie plus de 5 000 personnes en Europe et au Ghana, le groupe agroalimentaire américain poursuit son processus de recentrage sur les condiments et les sauces, l’alimentation pour bébé, la RHF et les snacks.
Annoncée il y a plus de six mois, la vente de Petit Navire se précise. Heinz est entré en négociations « avancées et exclusives » avec la banque new-yorkaise Lehman Brothers pour la vente de ses activités européennes de « Produits de la mer ». Une branche qui compte dans son portefeuille les conserves de thon Petit Navire, produites sur le site de Douarnenez par les Etablissements Paulet. Le comité d’entreprise de cette société a d’ores et déjà donné son accord pour une éventuelle cession. « Nous avons obtenu toutes les garanties nécessaires, indique Hervé Lucas, secrétaire CFDT du comité d’entreprise. Les salaires et les emplois seront maintenus, et de nouveaux investissements industriels devraient êtres financés. » La perspective d’un rachat par une banque « qui investit dans des entreprises qui rapportent, a soulagé les 400 à 450 employés » de la société Paulet, affirme le syndicaliste. « Nous redoutions que Bolton, qui possède déjà Saupiquet et une usine à Quimper, nous rachète : cela se serait inévitablement traduit par une restructuration », explique-t-il. Un rachat par Lehman Brothers, qui mettrait ainsi un premier pied dans les produits de la mer et qui n’a pas souhaité divulguer le montant de son offre, donnerait l’occasion à certains membres de la direction européenne d’Heinz de prendre « une petite partie » du capital de la branche, selon Michael Mullen, porte-parole du groupe en Europe. De source syndicale, Adolpho Valsecchi, actuel président du conseil d’administration des Etablissements Paulet, serait de la partie. Une perspective qui a évidemment rassuré du côté des salariés.
Heinz poursuit son recentrage
Ces derniers espèrent également que l’opération, qui « pourrait s’effectuer avant la fin avril » selon un communiqué d’Heinz, donnera un second souffle à l’ensemble des sites industriels et relancera une dynamique d’investissement. La branche « Seafood » de l’américain, qui réalise 400 millions d’euros de chiffre d’affaires, produit plus de 400 millions de boîtes de conserves par an sous les marques John West (Royaume-Uni, Irlande, Pays-Bas), Marbelu (Italie) et Petit Navire, et emploie plus de 5 000 salariés répartis en France, au Portugal, aux Seychelles et au Ghana dans quatre usines de transformation, n’était en effet plus considérée comme une activité stratégique depuis plusieurs mois. En juin dernier cf. Agra alimentation n°1886, du 2 juin 2005, p.26, le groupe agroalimentaire qui affiche 8 milliards de dollars de chiffre d’affaires avait annoncé sa volonté de recentrer son activité sur le Vieux continent. « Notre objectif est de dynamiser la croissance et l’innovation en Europe en investissant dans les trois catégories principales que sont le ketchup, les condiments et les sauces ; l’alimentation pour bébés ; les repas et les snacks », a commenté dans un communiqué Joe Jimenez, p.-d. g. de Heinz Europe. Décision avait donc été prise de céder tout business dans les surgelés et produits de la mer. Et de faire passer le chiffre d’affaires de la zone de 3,7 à 2,7 milliards de dollars !
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Les produits ethniques de HP Foods déjà vendus en janvier
Dans le cadre de cette stratégie, Heinz annonçait déjà il y a moins d’un mois la signature d’un accord de cession de la branche « produits ethniques » d’HP Foods avec la multinationale Associated British Foods (ABF). L’opération, dont le montant n’a pas été révélé et qui permet à l’américain de se séparer des marques Rajah, Green Dragon, Lotus Cathy ou encore Maharajah (des produits d’alimentation chinoise, indienne ou thaïlandaise essentiellement destinés à la RHF), est intervenue alors même que son rachat n’a pas encore été entériné par les autorités britanniques de la concurrence. Il n’y a qu’à peine six mois que la société a racheté à Danone les sociétés HP Foods aux Royaume-Uni et Lea and Perrins aux Etats-Unis pour 700 millions d’euros cf. Agra alimentation n°1889, du 23 juin 2005, p.14. Jugeant ses derniers résultats freinés par ses activités européennes, Heinz a donc décidé de ne pas perdre de temps.