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Syndicalisme en Europe Henri Brichart : « Les Français portent la thématique de la volatilité »

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Le nouveau vice-président du Copa (syndicat agricole européen majoritaire) Henri Brichart s'est fixé trois chantiers pour son mandat de deux ans : l'amélioration des relations contractuelles, la révision de la Pac à mi-parcours et l'élaboration de la prochaine Pac. Pour celle-ci, les Français portent particulièrement l'idée de se doter d'outils de gestion de la volatilité, estime-t-il.

Vous venez d'être élu, le 24 septembre, pour deux ans à la vice-présidence du Copa. Quelle est votre feuille de route, et quel sera votre agenda ?

J'ai été élu en tant que représentant de la FNSEA, qui est une organisation très reconnue par les autres pays, même s'ils ne partagent pas toujours nos positions. Nous avons mis en avant plusieurs enjeux : la répartition de la valeur dans la chaîne alimentaire, la Pac, sa révision à mi-parcours et celle d'après 2020. Entre les partisans du libéralisme et du protectionnisme, la FNSEA est souvent au centre, à même d'être entendue par tous.

La question de la répartition de la valeur ajoutée est partagée dans toute l'Europe. Nos propositions sont d'améliorer les relations contractuelles. Pour cela, il faut que la puissance publique puisse intervenir, par l'intermédiaire du droit de la concurrence pour nous permettre de peser face à l'aval, et en veillant à ce qu'il n'y ait pas d'abus. En la matière, il y a en Europe des tenants du « guide des bonnes pratiques », d'autres de l'inscription de règles dans la loi. La FNSEA est pour un équilibre, celui qui peut donner de la force aux paysans.

Les débats sur la nouvelle Pac ont-ils commencé ? Quelle est la teneur des discussions ?

Nous commençons à échanger. Les Français portent la thématique de la volatilité. Aujourd'hui nous n'avons pas une Pac qui nous donne les outils pour lutter contre ces variations. En France, nous avons déjà porté avec l'appui du gouvernement des travaux autour de l'assurance. En Europe, la problématique du risque est partagée par tous les pays. La FNSEA défend la mise en place d'outils de gestion du risque, d'autres pays, comme les Allemands, s'interrogent, ils disent plutôt : charge aux exploitants de garder l'argent des DPU les bonnes années, et de les utiliser les mauvaises. Les pays les plus en avance sur ces questions sont ceux qui ont déjà été confrontés au risque climatique, comme l'Italie ou l'Espagne ; le rôle du Copa est de les faire parvenir à une idée commune.

Comme vous le dites, les différences de vision politique sont importantes entre les syndicats agricoles du Copa. Comment dégager un message fort et clair ?

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Nous sommes tous paysans, nous défendons des entreprises, leur développement. Nous sommes d'accord pour dire qu'il y a sur le marché intérieur un consommateur qui est une source de débouchés à préserver, mais qui ne consomme pas plus, et qu'il faut donc aller à la conquête de l'export. Même si les pays européens ont des agricultures très diverses, avec, chacun, leur histoire, il est important que les agriculteurs parlent d'une voix consensuelle, sinon ils ne seront pas entendus. Quand Phil Hogan déclare récemment qu'il ne connaît pas beaucoup d'éleveurs qui produisent en dessous de leurs coûts de production, nous devons réagir fortement. Ce n'est pas acceptable.

La Pac a tendance à se renationaliser. Les syndicats européens n'y perdent-ils pas leur intérêt ?

Ce sentiment d'une renationalisation, nous y avons notre part de responsabilité. La Pac, ce sont des règlementations avec des objectifs, qui, quand ils s'appliquent dans des climats et avec des organisations différentes, sont plus ou moins efficaces ; nous-mêmes nous réclamons des lignes fortes, mais aussi des adaptations nationales. On le voit par exemple sur le verdissement, il y a des besoins de souplesse.

Que pensez-vous de l'image du Copa auprès des agriculteurs ? On connaît mal l'action du Copa. Pouvez-vous donner un exemple d'une de ses dernières avancées ?

L'agriculteur dans sa ferme, s'il n'est pas impliqué dans les organisations, je suppose que pour lui, la Copa n'est pas très visible, moins que les organisations nationales. Mais dans chaque département, les représentants connaissent l'action de la Copa, et nous interpellent d'ailleurs pour savoir pourquoi la Copa ne défend pas la même position que la FNSEA. Nous avons le même problème au niveau national. Quand la FNSEA défend des positions sur la Pac, toutes les régions, toutes les productions ne s'y retrouvent pas immédiatement. Mais nous n'avons pas de problème à défendre nos positions au Copa.

Lors des discussions de la Pac, la Copa a défendu le maintien du budget. C'est une décision des Etats, mais le budget a été maintenu, et nous y avons participé. Au moment de la crise laitière de 2009, nous avons obtenu dans le paquet lait une dérogation au droit de la concurrence. Dans notre mandature, nous avons décidé de mener des actions pour rendre la Copa plus visible.