La FNCG, le GEPV, FEDALIM et le SYFAB ont choisi un vecteur de communication commun : les Industries du Végétal. Le porte-parole explique cette décision, tout en faisant le point sur les principaux sujets qui occuperont ces organisations dans les mois à venir. La suppression de la taxe sur l’huile et de la TVA sur la margarine figure parmi les sujets majeurs. Le développement des protéines végétales dans l’alimentation humaine est également au cœur de la recherche chez les industriels.
Les organisations que vous représentez, FNCG, GEPV, FEDALIM et SYFAB, ont décidé de se regrouper sous une même bannière baptisée Industries du Végétal. Pourquoi cette démarche ?
L’industrie et le végétal sont les deux points communs de l’ensemble constitué par ces deux fédérations et ces deux syndicats. Après la mise en commun de nos services économiques, la mutualisation de certains sujets est venue tout naturellement. Rien ne change sur le plan de l’organisation, chaque entité restant indépendante avec son propre conseil d’administration. Il s’agit juste de regrouper nos forces. Si tous ces secteurs sont différents, il existe des sujets qui peuvent mobiliser tout le monde. Sur la sécurité sanitaire notamment, la personne en charge de cette problématique travaille en même temps sur plusieurs secteurs.
Les Industries du Végétal sont donc le vecteur de communication pour l’ensemble des familles représentées par la FNCG, le GEPV, FEDALIM et le SYFAB (lire encadré). Il est important de nous faire connaître sur notre image des Industries du végétal. Nous avons des choses intéressantes à faire valoir.
Quels sont les principaux enjeux des Industries du Végétal dans les prochains mois ?
Nous avons plusieurs sujets importants et surtout deux sujets majeurs, ceux de la taxe sur l’huile et de la TVA sur la margarine. Instaurée depuis une soixantaine d’années, cette taxe sur les huiles visait à réduire les stocks de beurre. Elle n’a plus lieu d’être aujourd’hui, puisque c’est même le contraire actuellement qui se produit. Et la margarine subit une TVA à 20 %, quand les autres produits alimentaires sont à 5,5 %.
Ceci représente 110 millions d’euros d’un côté et 150 millions de l’autre. Depuis soixante ans, nos industries ont contribué à hauteur de 10 milliards d’euros au budget de l’État. Une aberration franco-française aussi bien en termes de compétitivité, qu’en termes de fonctionnement. Prenons le fabricant de chips Altho par exemple, qui s’approvisionne en France aussi bien en pommes de terre qu’en huile. Il lui en coûte 600 000 € de taxes par an. Un concurrent étranger qui vend des chips en France, doit payer la taxe sur la recette, un arrêté qui n’a pas été changé depuis six ans. À ce stade, il existe une différence de coûts liés aux taxes de 10 à 20 % entre les deux sociétés. Et troisième complication, le remboursement des taxes si la société française veut exporter ses chips à l’étranger. Or, aujourd’hui c’est impossible. Et ce problème concerne toutes sortes de produits, de la mayonnaise aux sauces, en passant par les plats cuisinés, mais aussi les chips et les frites évidemment, ainsi que les sardines à l’huile.
Il y a une très forte demande de nos adhérents et nous avons décidé de mettre le paquet sur l’abrogation de ces taxes dont la France a l’exclusivité.
Comment accompagnez-vous le développement des protéines végétales qui ont le vent en poupe actuellement ?
Dans le domaine des protéines végétales, nous préparons deux actions principales pour l’été avec le GEPV. D’un côté, nous mènerons un bilan de référencement en magasin sur les étiquettes pour voir comment les industriels déclarent les protéines végétales, sachant que leur utilisation est en augmentation constante ces dernières années. Nous voulons voir notamment comment le consommateur associe ou pas, la présence de protéines végétales à d’autres codes, comme le bio par exemple. Et dans le sillage de la récente décision de la Cour de justice de l’Union européenne, nous imaginerons des intitulés pour les nouveaux produits contenant des protéines végétales.
Nous sommes à l’aube de changements, d’où notre volonté d’interroger les consommateurs et d’analyser leurs réactions et, pourquoi pas, d’être force de proposition dans les débats autour des sujets sur les protéines végétales. Prenons l’exemple de la mayonnaise sans œuf qui n’en est pas une, de notre point de vue, étant donné qu’elle ne respecte pas le code des usages de la mayonnaise. Ces utilisations "erronées" sont déroutantes pour le consommateur et créent des confusions sur les produits.
Par ailleurs, nous établirons un baromètre GEPV de perception par les consommateurs des protéines végétales. S’ils perçoivent globalement bien les protéines végétales, ce qu’englobe exactement la protéine n’est finalement pas très clair pour eux. Ce baromètre devrait nous donner des pistes sur la manière dont nous pourrions communiquer et apporter plus de pédagogie pour une meilleure utilisation des produits.
Que pensez-vous du lancement de produits à base de protéines végétales par des spécialistes de la charcuterie ou de la viande ?
L’utilisation de protéines végétales ne s’oppose pas à la consommation de viande, d’autant que des protéines végétales peuvent entrer dans la composition de très nombreux produits majoritairement à base de viande, soit pour les texturer, soit pour diminuer le ratio lipides sur protéines et donc améliorer la composition nutritionnelle du produit. Lors d’un test à l’aveugle réalisé, les produits affichant la plus forte teneur en protéines végétales avaient remporté un vrai succès face aux produits carnés. C’est un signe prometteur. Et preuve du succès auprès des consommateurs des produits à base de protéines végétales, on ne les trouve plus uniquement en magasins spécialisés, mais dans de nombreux rayons de distributeurs traditionnels.
L’innovation et la recherche sont des vecteurs de développement importants pour vos adhérents ?
Oui, en effet. C’est en reformulant les recettes et en améliorant le profil protéique des produits que nous allons améliorer l’alimentation des Français. Comme pour les huiles, où les fabricants ont mis de plus en plus d’oméga 3 dans leurs huiles combinées. De l’oméga 3 que l’on trouve dans le colza essentiellement, avant le saumon et le maquereau.
On peut faire la même chose avec les protéines végétales et les produits carnés, mais aussi les produits de panification. L’objectif porte sur la recherche, la reformulation, l’innovation ou l’adaptation de produits anciens aux besoins nutritionnels de la population d’aujourd’hui. Sachant qu’à terme, il faudrait équilibrer l’apport entre protéines animales et végétales autour de 50/50, contre respectivement 70 % et 30 % actuellement.
Nous regardons également du côté de certaines plantes comme le soja, actuellement cultivées pour en faire de l’huile et dont est tiré le tourteau, qui pourraient être utilisées principalement pour en extraire de la protéine végétale.
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Si l’utilisation des protéines que l’on trouve dans les tourteaux pour l’alimentation humaine n’est pas encore en place, c’est un projet d’avenir, c’est une piste sur laquelle nos adhérents travaillent et qu’ils souhaitent développer. La "protéochimie" à partir des plantes répond à de vrais changements dans l’alimentation de demain.
Comment se positionnent vos adhérents face à l’évolution réglementaire de l’étiquetage nutritionnel ?
Les messages nutritionnels ne sont pas très bien compris. Nous ne connaissons pas encore le résultat du décret, mais la mise en place du Nutriscore risque d’être un peu cacophonique. Il existe des portions pour certains de nos produits, telles que les huiles ou les sauces, or ce système d’étiquetage nutritionnel ne permet pas de donner d’indication ni par rapport à la fréquence de consommation, ni par rapport à la portion. Et nos produits étant globalement énergétiques ou salés, ils vont immanquablement se retrouver avec une pastille rouge si on applique le Nutriscore. Est-ce le bon signe à donner aux consommateurs, alors qu’il s’agit parfois de produits qui apportent des acides gras essentiels ?
Aucun système n’est allé très loin dans la notion de portion. Nous pensons qu’il faut allier pédagogie et définition d’une alimentation équilibrée pour chacun, en fonction des différents profils, ce qui est difficile j’en conviens, mais indispensable. Il faut donner des informations qui font avancer les consommateurs sur les problématiques de santé, sans pour autant pénaliser les produits.
Qu’attendez-vous de votre participation aux États généraux de l’alimentation ?
Nous ne connaissons pas exactement la composition définitive des ateliers, mais nous avons été sollicités sous plusieurs étiquettes. Nous serons présents sur la bio économie, c’est-à-dire l’utilisation de tous les produits qui viennent de la matière agricole, l’huile mais aussi les tourteaux et pas seulement en alimentaire, mais également dans les cosmétiques, la peinture, les énergies renouvelables… autant de débouchés que nous avons en commun avec les autres secteurs de la première transformation agricole.
Un autre point concerne la prochaine Pac, et la contractualisation et la disponibilité de la matière première agricole pour nos secteurs. Et il faut redonner à la France la place qu’elle avait auparavant en termes de compétitivité dans l’agriculture. Même chose concernant les signes de qualité. Il faut redonner des couleurs à l’ensemble de la production. Et nous sommes également confrontés à toutes les questions sociétales.
Nous avons donc plusieurs points d’entrée à affiner suivant la façon dont ces États généraux vont se dérouler. Nous prendrons sans doute la parole avec nos amis du sucre, de la meunerie et de l’amidon, c’est-à-dire les industries de première transformation agricole.
Mais il est clair que l’objectif que nous pouvons tous nous fixer et partager – tous, c’est-à-dire l’ensemble des IAA et leurs clients –, est d’améliorer l’image de l’agriculture et de l’agroalimentaire, pas mal écornée ces derniers temps. La force de l’alimentaire français, c’est d’avoir accompagné le changement de mode de vie des Français. Il est dommage de gâcher la valeur française. Créer de la valeur pour qu’il y en ait autant pour les agriculteurs, les producteurs et les distributeurs, passe aussi par cet enjeu d’image et de réputation.
Et pour ce qui nous concerne plus particulièrement en tant qu’Industries du Végétal, il faut revoir toutes les taxes et la fiscalité. Les effets de leviers pour la reconquête des marchés : avoir des matières premières en quantité, de qualité et compétitives, et pas de sur-transpositions des taxes.
Les industries du végétal
FNCG (Fédération nationale des industries des corps gras) rassemble les différentes activités industrielles du secteur de la production et de la transformation de matières grasses végétales.
GEPV (Groupement d’étude et de promotion des protéines végétales) accompagne avec le soutien des organismes interprofessionnels, le développement des protéines végétales.
FEDALIM (Pôle de regroupement de sept organisations professionnelles de l’industrie alimentaire) regroupe le Syndicat du thé et des plantes à infusion (STEPI) ; le Syndicat national des transformateurs de poivres, épices, aromates et vanille (SNPE) ; le Syndicat national des mélanges technologiques pour l’industrie alimentaire (SYMTIA) ; le Syndicat de la chicorée de France (SCF) ; la Fédération nationale des transformateurs de pomme de terre (FNTPT) ; le Syndicat national des fabricants de bouillons et potages (SNFBP) et la Fédération des industries condimentaires de France (FICF).
SYFAB (Syndicat national des fabricants de produits intermédiaires pour boulangerie, pâtisserie et biscuiterie) regroupe plus d’une vingtaine de sociétés qui fabriquent et commercialisent des produits intermédiaires pour la boulangerie-pâtisserie en France.
L’ensemble compte une quinzaine de syndicats, 360 entreprises. Il pèse 11 milliards d’euros de chiffre d’affaires environ, avec près de 20 000 salariés.