L’industrie agroalimentaire, pourtant importante par la taille, n’a pas profité du raffermissement de l’activité industrielle à partir de 2017. Si les leaders s’en sortent plutôt bien, profitant de relais de croissance à l’international, de même que les petites entreprises positionnées sur des marchés de niche, une majorité est à la peine avec des marges toujours très serrées. Et faute de pouvoir investir dans leurs outils ou l’innovation, elles perdent en compétitivité.
On ne le dit sans doute pas assez : l’industrie agroalimentaire, première industrie de France, va mal. La note de conjoncture de l’Ania publiée mi-décembre 2018, concomitamment avec l’Observatoire annuel du Crédit Agricole sur les IAA en 2017, le confirme.
Ainsi l’Observatoire financier des entreprises agroalimentaires relève que dans un marché national atone, les IAA ont tiré leur épingle du jeu en 2017 grâce à l’international. Des relais de croissance à l’export qui sont cependant loin d’être le cas pour la majorité des entreprises, mais se concentrent plutôt sur quelques groupes leaders, notamment dans la filière vins et spiritueux. En outre, après deux années de progression, la rentabilité d’exploitation est en léger recul en 2017 (-0,3 %) et montre de grandes disparités. Si le taux d’Ebitda sur chiffre d’affaires (CA) atteint 8,7 % pour une partie des groupes dépassant 1 Mrd€ de CA, il tombe à 4,6 % pour ceux affichant un CA compris entre 500 M€ et 1 Mrd€. "Faute de marques reconnues et de présence significative à l’international, il s’agit, en général, d’entreprises confrontées à une forte pression sur les prix et ayant du mal à trouver des relais de croissance", explique le Crédit agricole. En revanche, les entreprises de petite taille positionnées sur des produits de niche et du terroirs "réussissent à dégager de la rentabilité grâce à des offres à plus forte valeur ajoutée", précise-t-il.
Une grande disparité se confirme également sur le niveau des investissements, qui s’est inscrit au global en 2017 à un haut niveau pour la troisième année consécutive à 4,3 % du CA. Un chiffre trompeur qui inclut les opérations de croissance externe menées par les leaders, notamment dans la filière lait, alors qu’à " l’opposé, les entreprises de tailles inférieures réduisent nettement leurs investissements", peut-on lire. Des difficultés à investir qui pèse sur le renouvellement des outils de production, dont le vieillissement s’est confirmé en 2017. Ainsi, "23 % des entreprises IAA affichent un taux d’amortissement dégradé (> 80 %). En quatre ans, cette proportion s’est détériorée (20 % en 2013)".
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Manque à gagner important en novembre et décembre
De fait, dans un tel contexte, toujours marqué par la guerre des prix entre distributeurs, certaines entreprises déjà fragilisées risquent de payer un lourd tribut si les mouvements sociaux des gilets jaunes entamés sur les deux derniers mois de l’année se poursuivent, souligne l’Ania. Dans le secteur alimentaire, les entreprises réalisent en effet 20 % de leur chiffre d’affaires sur les mois de novembre et décembre 2018. " Par semaine, certaines entreprises déclarent avoir perdu jusqu’à 80 % de leur chiffre d’affaires hebdomadaire. Dans certains cas, les pertes peuvent se chiffrer jusqu’à 4 millions d’euros", précise l’association dans sa note. Outre l’incapacité pour les fabricants de livrer les points de vente dans les temps, c’est souvent quasi exclusivement sur eux que retombent les frais additionnels des transporteurs bloqués, et non sur les distributeurs. Au 19 décembre, date de la publication de sa note, l’Ania indiquait que si le mouvement des gilets jaunes venait à se poursuivre, ce qui a été le cas, elle estimait la perte potentielle pour les entreprises agroalimentaires d’ici à la fin de l’année 2018 "à 13,5 milliards d’euros, soit 8 % du chiffre d’affaires consolidé du secteur". Une destruction de valeur préjudiciable, alors que la production alimentaire "marque le pas depuis plusieurs années", note l’association. Pour rappel, après une stabilité en 2017, la baisse s’inscrit à 1,2 % en moyenne annuelle en 2018, Seule la production de transformation de fruits et légumes s’est redressé (+2,3 %), la baisse étant particulièrement marquée pour les produits laitiers (-3,4 %) et les boissons (-6,6 %). Un affaiblissement qui pose donc clairement question sur la capacité de rebond de l’industrie agroalimentaire et notamment sur ses ambitions à l’export. Si le poids des IAA reste fort, avec 47 Mrd€ exportés au 1er janvier 2018, l’année a marqué une nouvelle érosion du solde commercial qui s’inscrivait à 7,3 Mrd€ à fin octobre, soit une baisse de 300 M€ sur un an. Et hors boissons, le solde est clairement déficitaire "alors qu’il était globalement à l’équilibre au milieu des années 2000", rappelle l’Ania.
Du coup, l’association met beaucoup d’espoirs dans l’application de loi Egalim "pour redonner de la valeur aux produits en mettant un terme à la guerre des prix" et veut croire que les négociations commerciales 2019 verront enfin les objectifs stratégiques portés dans le cadre des États généraux de l’alimentation se concrétiser. Pour ce faire, elle demande que l’esprit de la loi ne soit pas contourné et que l’État se porte garant de son strict respect, via des contrôles et des sanctions. Il en va "de la pérennité du tissu industriel français" selon l’Ania qui rappelle qu’en 2018, "les marges des industries alimentaires atteignent un minimum historique, perdant six points en dix ans".