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Philippe Pinta (Orama) « Il faut davantage de décisions collectives à la FNSEA »

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Au lendemain du congrès de la FNSEA et de sa réélection à la présidence d’Orama, Philippe Pinta fait le point sur les conséquences syndicales du bilan de santé de la Pac et de sa gestion par la fédération. Pour le patron des céréaliers, la FNSEA n’a pas suffisamment travaillé avec les associations spécialisées et aurait dû chercher plus tôt et plus fermement un consensus. Ce qui aurait évité au ministre de profiter de la division syndicale. Philippe Pinta reste néanmoins très attaché à l’unité… Et à la défense d’une agriculture économique, pas toujours suffisamment soutenue à son goût au sein de la maison-mère.

Agra Presse hebdo : Vous venez d’être réélu à l’unanimité du conseil d’administration président d’Orama, ce qui conforte les choix que vous avez faits ces derniers mois. Votre organisation sort-elle renforcée ou affaiblie des négociations autour du bilan de santé de la Pac ?

Philippe Pinta :Orama sort renforcée du bilan de santé de la Pac. Même si la dernière ligne droite a été exécrable. Notre proposition, un rapprochement progressif des aides qui aurait entraîné une disparition d’une partie d’entre elles en ce qui nous concernait, a été adoptée à la quasi-unanimité en assemblée générale d’Orama le 2 décembre. Cette décision n’a pas plu à tout le monde. Mais nous avons été capables de faire porter un projet, et jamais Orama ne s’est vu reprocher sa prise de position. Nous avons eu ce courage politique. Nous faisions partie des rares maisons avec un projet.

A.P. : Pourtant, vous avez obtenu des résultats médiocres. Estimez-vous que la faute en revient à la FNSEA, qui n’a pas suffisamment relayé vos positions ?

P.P. :Peut-être que nous n’avons pas pris les décisions suffisamment en amont. Nous aurions dû anticiper davantage. Mais la FNSEA aurait également dû prendre le temps d’étudier davantage nos positions et de mieux en tenir compte. Cela aurait été plus utile. Il faut des débats, mais ils n’ont d’intérêt que s’il en sort une position forte. Par exemple, au mois de mars, nous avons voté à la FNSEA en faveur d’un retour sur la base des références historiques pour les 11 % restants des 25 % d’aides actuellement couplées. Si, pour l’ensemble du bilan de santé, la même démarche avait été adoptée, nous aurions voté, et un axe fort, transparent, se serait dégagé. Puisqu’il n’y avait pas de position claire, le ministre a joué la division.

A.P. : Estimez-vous l’unité de la FNSEA menacée ?

P.P. : La pire des choses qui pourrait nous arriver serait de perdre l’unité professionnelle. Mais ce n’est pas pour ça que l’on n’a pas le droit de débattre ! L’unité se construit par le dialogue, le débat, le plus en amont possible. Si on veut la garder, il faut la cultiver. Il faut écouter et ensuite faire décider, en arrivant le plus possible à 90 % d’adhésion au projet. Jean-Michel Lemétayer doit écouter davantage les grandes cultures. Il doit accepter de débattre, mais surtout, de faire décider par les instances de sa maison la position la plus consensuelle. En fait, il faut davantage de décisions collectives à la FNSEA.

A.P. : Vous avez démissionné de vos fonctions de président de la commission économique et de trésorier de la FNSEA. Comptez-vous reprendre ces fonctions ?

P.P. : J’ai toujours laissé une porte ouverte. Je crois beaucoup à l’unité professionnelle, c’est notre force. Dans ma lettre de démission, j’ai indiqué au président de la FNSEA que, s’il le souhaitait, je pouvais rester au bureau. Je vais rencontrer Jean-Michel Lemétayer très prochainement. Je verrai si je suis entendu. Je vais lui demander si une association spécialisée n’est pas quelque chose d’important avec qui il faut travailler, et s’il ne faut pas que l’on soit davantage associé à des décisions très importantes qui nous concernent. Dans le bilan de santé de la Pac, les secteurs concernés, c’étaient les Scop et l’herbe, le lait aussi. La FNSEA n’a pas assez travaillé la main dans la main avec les associations spécialisées. Nous voulons être associés davantage aux décisions portant sur les grands sujets. Pour l’instant, je reste démissionnaire de mes deux anciennes fonctions.

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A.P. : Que vous laisse comme impression le congrès de la FNSEA ?

P.P. :Je suis un peu inquiet d’un certain nombre de déclarations. Si on donne les aides en fonction des hommes ou des premiers hectares, on va dans le mur. Si demain, les aides européennes sont données à l’actif, chaque agriculteur en Europe aura un jour 2 000 euros d’aide. Cette approche est suicidaire pour la France. Et si on soutient davantage les premiers hectares, on ne favorise pas les exploitations dites professionnelles. Soyons prudents ! Je ne veux pas dire qu’il n’y a qu’un seul modèle. Mais il ne faut pas sanctionner l’exploitation professionnelle de demain. Nous avons la chance d’avoir un président de la FNSEA qui a donné au syndicat une orientation beaucoup plus économique que ses prédécesseurs. Mais je dis à ceux qui sont autour de lui et qui ont ces positions de faire attention. Dans le débat européen, ce type de position pourrait se retourner contre nous.

A.P. : Que préconisez-vous pour aider les zones intermédiaires ?

P.P. : Le 23 février, les décisions du ministre présentées devant le CSO opposaient les Scop à l’herbe. Quand j’ai vu que les 11 % étaient ouverts à la redistribution, je me suis dit « on joue avec le feu ». Orama a tout de suite dit « on ne touche pas au 11 %, on éteint le feu ». Nous voulions des compensations sur le second pilier. L’enveloppe de 60 millions d’euros annoncée le 30 mars par Nicolas Sarkozy va servir à une MAE rotationnelle qui sera destinée aux zones intermédiaires. Une enveloppe de 90 millions d’euros, non cumulable avec celle de 60, a également été décidée. Nous voulons qu’elle soit ciblée de manière prioritaire sur les scopeurs. L’objectif, c’est de diminuer la hauteur de la marche puisque nous n’avons pas obtenu la progressivité de la mise en place du bilan de santé de la Pac.

A.P. : La manifestation organisée par les céréaliers d’Ile-de-France en marge du congrès n’a pas été bien comprise. Comment vous positionnez-vous ?

P.P. :Grâce aux manifestations de Paris, du Pas-de-Calais, de Chartres, d’Orléans, nous avons été reçus par le président de la République lundi 30 mars. Sans ces manifestations et sans le coup de gueule d’Orama, nous n’aurions quasiment rien obtenu. Certains trouveront que 170 millions d’euros, ce n’est pas assez. Mais c’est comme ça. Cette réforme a des conséquences drastiques sur le terrain, et ces mouvements de colère sont des comportements légitimes. A leur décharge, les céréaliers d’Ile de France sont continuellement agressés, parce qu’ils sont en péri-urbain et non en milieu rural.

A.P. : Comment voyez-vous l’avenir ?

P.P. : Nous devons retrouver 80 à 100 euros de l’hectare de compétitivité. Nous avons plusieurs axes de travail. Nous allons continuer à nous battre sur les facteurs de production. Nous voulons une pause dans le Grenelle, car il va coûter cher. Il faut rester pragmatique dans les décisions qui sont prises. Par exemple, 100 % de couverts intermédiaires dans le cadre de la directive nitrates, ce sont des coûts en plus. Et nous allons réfléchir à des outils pour gérer la volatilité. Il y a à contractualiser davantage avec les filières animales, notamment avec celles des viandes blanches.