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Pierre Chevalier (FNB) « Il faut des mesures pour préserver le potentiel de production »

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Il faut coûte que coûte éviter une décapitalisation qu’entraînerait une persistance des difficultés des éleveurs, estime Pierre Chevalier, président de la Fédération nationale bovine. Et de réclamer d’urgence « des mesures pour préserver le potentiel de production ».

Les cours de la viande bovine ont atteint des niveaux élevés et pourtant vous tirez la sonnette d’alarme. Que se passe-t-il ? 
Les éleveurs n’ont plus de revenu depuis cinq ans et ne disposent plus de trésorerie. Un grand nombre est en train de décapitaliser ou va être contraint de le faire d’ici l’hiver. Certes, aujourd’hui, les prix ont augmenté mais les coûts de production aussi, et largement plus. C’est le cas surtout de l’alimentation animale avec des prix qui restent élevés car les grandes cultures, comme le maïs, sont chères. Ce ne sont pas 20 ou 30 centimes de mieux sur la viande qui vont faire revenir les exploitations à l’équilibre. D’autant que la sécheresse a aggravé la situation. La récolte de fourrages n’est que de 40% à 50% de celle d’une année normale. Cela va donc rendre d’autant plus nécessaire le recours à une alimentation complémentaire qui est très coûteuse.

Et pourtant, n’est-on pas dans une situation où les marchés mondiaux présentent des opportunités exceptionnelles qui nécessiteraient de produire pour exporter ?
Oui, on est dans une fenêtre de tir exceptionnellement intéressante et c’est pourquoi nous demandons des mesures pour pouvoir préserver le potentiel de production français. Il s’agit notamment d’obtenir le report d’annuités en fin de tableau pour éviter une décapitalisation irrémédiable. Hors d’Europe, les opportunités sont à saisir. Par exemple, tout le pourtour méditerranéen nous demande de la viande bovine. Face à cela, les Argentins n’ont plus d’offre et le Brésil se concentre sur l’Asie car lui aussi est mis en difficulté. Voilà pourquoi nous avons demandé une analyse des marchés potentiels. Il faut savoir que des bateaux partent régulièrement pour des clients du bassin méditerranéen. On a vu récemment des Tunisiens qui étaient prêts à importer de la viande de bœuf, pour leur pays et pour réexporter vers la Libye ou l’Algérie. Il faut analyser tout cela et être prêt à fournir. D’autres régions sont également demandeurs, comme la Russie ou les pays de l’ex-CEI.

Alors, pourquoi la persistance de désaccords avec des industriels, comme Bigard par exemple, qui se plaignent avant tout des prix élevés de leurs approvisionnements en viande.
Ce serait effectivement plutôt le moment de se serrer les coudes. Mais le groupe Bigard est surtout orienté sur le marché intérieur. Il semble vouloir freiner les exportations hors de l’UE par crainte de manquer de marchandise. Alors que nous, on est persuadés qu’avec cette fenêtre de tir intéressante on peut et on doit relancer la production en France. N’oublions pas que notre pays détient 25% des veaux qui naissent en Europe. Cela nous donne une position stratégique.

Les pouvoirs publics vous soutiennent sur cette position ?
Oui. Bruno Le Maire est d’accord avec nous là-dessus. Il nous a d’ailleurs encouragés pour le GIE export.

Vous voulez vous substituer aux industriels avec ce GIE export ?
Pas du tout. Il ne s’agit pas de faire le travail d’exportateur à leur place. Il s’agit d’avoir une équipe de gens qui vont dénicher et analyser des marchés à l’exportation hors de l’UE. Ensuite, ce sont les entreprises qui exportent. Le GIE export doit être là pour aider les entreprises, pas pour les remplacer. Certaines sont déjà bien équipées pour le commerce international, d’autres moins.

Au fond il y a deux stratégies possibles pour l’élevage français…
Oui. L’une seulement tournée vers le marché intérieur. L’autre qui vise aussi la grande exportation. A la FNB, nous sommes très favorables à cette exportation. C’est aussi dans ce cadre qu’on envisage la contractualisation. Imaginons que dans une telle stratégie on puisse contractualiser 30% de la production de jeunes bovins. On aura contribué à tirer tout le marché vers le haut. N’oubliez pas que, d’après la FAO, la consommation de viande bovine dans le monde devrait augmenter de 15% d’ici dix ans.

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