Lancé en 2014, Capagro est le premier fonds français de capital innovation dédié à l’agronomie, l’agriculture, l’agroalimentaire, la nutrition et aux valorisations industrielles et énergétiques de la biomasse. Jean-Baptiste Cuisinier, président du directoire, et Bénédicte Monpert, membre du directoire, reviennent sur l'actualité récente du fonds et les projets de développement.
Vous venez de décider de rouvrir le fonds. Expliquez-nous pourquoi...
Jean-Baptiste Cuisinier : En janvier 2016, nous avons bouclé le fonds dans sa première version, à 57,8 millions d'euros. L'objectif aujourd'hui est de le rouvrir pour passer à 120, voire 150 millions d'euros. Ce projet, approuvé par tous les souscripteurs, a été motivé par l'afflux du deal flow et le nombre de lignes déjà existantes dans le portefeuille. En avance de presque trois ans sur nos prévisions, le fonds a en effet investi en deux ans et demi dans une quinzaine de participations d’entreprises, après avoir examiné plus de 400 dossiers.
Nous avons acquis la conviction que dans notre secteur, il faut être capable d'investir 5, 6 millions d'euros, voire jusqu'à 8 millions sur une même ligne. Or, ça n'est pas le cas de Capagro actuellement, nous ne pouvons pas trop concentrer nos investissements sur une seule ligne. Mais ça sera possible avec un fonds de 120 à 150 M€. BPIfrance qui partage notre conviction devrait d'ailleurs participer très largement au doublement de ce fonds.
Et pourquoi ne pas avoir fait le choix d'ouvrir un deuxième fonds ?
J.-B.C. : Techniquement, c'était plus compliqué, et ouvrir un deuxième fonds nous interdisait de continuer à suivre les participations du premier fonds, étant donné que nous ne pouvions investir sur les mêmes lignes que dans le premier.
Vous dites avoir examiné plus de 400 dossiers. Comment expliquez-vous un tel afflux ?
J.-B.C : Ce qui est clair, c'est que nous sommes le seul fonds de capital-risque présent spécialisé sur les quatre domaines que sont l'agriculture, l'alimentaire, la chimie verte et la bioénergie, et surtout les deux premiers. Nous sommes aussi le seul à avoir la capacité de mettre un ticket de 4 ou 5 millions d'euros sur une ligne. Or, ce sont des domaines où nos startups ont souvent, et assez vite, de gros besoins en capitaux. Il leur faut construire des pilotes industriels ou faire des efforts commerciaux qui coûtent cher, pour passer de l'état de startup à celui de petites entreprises à croissance très forte. C'est un domaine assez capitalistique, certes pas comme dans le médicament, mais plus que dans le logiciel pur, c'est certain. Un pilote industriel peut couter jusqu'à 10, voire 15 millions d'euros. Or, ces jeunes sociétés vont continuer à perdre de l'argent, pendant deux, trois ou quatre ans et auront dans le même temps de gros besoins en capitaux. Les fonds de ce genre n'existent pas en Europe, et ils sont encore assez rares aux Etats-Unis, et pourtant la demande est forte.
Rouvrir le fonds, nous donne la capacité de mieux suivre les lignes dans lesquelles il faudrait réinvestir. Il serait dommage de se retrouver dans l'impossibilité de pouvoir réinvestir dans une entreprise qui donne tous les signes de la viabilité future, simplement parce qu'on est trop court.
Et comment expliquez-vous cette frilosité des investisseurs vers ces secteurs ?
J.-B.C : Parce que c'est une classe d'actifs nouvelle. Je pense que le deal flow que nous avons observé depuis la création du fonds, nous ne l'aurions pas eu il y a 10 ans. Il existe une vraie conjonction entre le numérique, le biologique et la demande sociale sur une agriculture à la fois plus performante et plus propre. Les objets connectés, la meilleure utilisation de tous les progrès récents du numérique et de la connectique dans l'agriculture, mais aussi dans la biologie sur la connaissance de la plante, de son système immunitaire et même en élevage... Tout ça n'existait pas avant.
Et les financiers sont des gens prudents. Ils ont bien vu qu'il y avait des affaires à faire dans le numérique ou qu'un blockbuster dans le médicament pouvait rapporter gros. Le capital-risque français était jusqu'à maintenant essentiellement tourné vers ces deux domaines. Il commence tout doucement à venir dans l'agriculture.
Bénédicte Monpert : On assiste à une croissance exponentielle de ces investissements à l'échelle mondiale, mais en France cela n'a pas encore pris corps à travers des fonds qui pourraient nous accompagner. Il y a trois ans, les montants atteignaient 300 millions de dollars à l'échelle mondiale. Ils sont passé à 4,6 milliards de dollars en 2015.
Vous avez des déceptions sur certaines de vos lignes ?
J.-B.C : Nous n'avons pas eu de désinvestissements, mais nous avons des participations en difficultés, sachant que nous avons eu aussi une très bonne surprise sur un dossier. Dans notre métier, rien ne se passe jamais comme prévu, mais ça ne veut pas dire forcément que les choses se passent de manière négative.
Vous allez accueillir de nouveaux souscripteurs à l'occasion de la réouverture du fonds ?
J.-B.C : Oui en effet. Les souscripteurs actuels ne souscriront pas la totalité de la levée de fonds. Nous cherchons essentiellement des groupes industriels et éventuellement des financiers et dans les deux cas des français, voire et aussi des étrangers. Ils viendront rejoindre les souscripteurs déjà présents que sont Avril, Bel, Terrena et Tereos du côté des industriels, et BPI France, Crédit agricole, AG2R La Mondiale, Groupama et Agrica pour les financiers.
Si ce fonds réussit bien et surtout s'il est cédé dans de bonnes conditions, il est clair que le prochain rencontrera un grand succès. Mais l'amorçage est long, il faut compter entre 8/10 ans. C'est stimulant, à nous de savoir convaincre. En tout cas, je rends hommage aux souscripteurs de la première heure. Beaucoup en 2014 n'y croyaient pas et j'avais moi-même sous-estimé l'importance du deal flow lors de la création de Capagro, puisque je pensais que 40 millions d'euros de fonds suffiraient.
En dehors de l'aspect financier, que vous apportent les industriels présents dans le fonds ?
J.-B.C : Ils peuvent nous suggérer des opérations, mais aussi co-investir avec nous et même racheter à terme nos participations, sous réserve que l'intérêt de tous les souscripteurs soit préservé. Tout ceci est prévu dans le règlement du fonds.
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BM : Un industriel apporte aussi une expertise. Nous pouvons les mobiliser sur certains dossiers avec l'accord de la startup évidement, pour leur demander ce qu'ils pensent de telle ou telle technologie. Cela nous permet d'être plus professionnels dans notre analyse.
Vous investissez en parallèle avec des family offices, voire même du financement participatif, comme c'est le cas dans le dossier Prêt à Pousser. N'est-ce pas étonnant ce mélange des genres ?
J.-B.C : Pourquoi pas ? Au contraire. Nous cherchons toujours des co-investisseurs. C'est un secteur où la demande en capitaux est forte, avec une rentabilité potentielle, mais c'est une classe d'actif très peu connue, donc toutes les bonnes volontés sont les bienvenues.
Le portefeuille de Capagro
• Force A : diagnostics non destructifs en temps réel pour l'agriculture et la viticulture de précision
• VitamFero : vaccins et immunostimulants pour animaux d'élevage
• MonEden : distributeur en ligne de plantes et d'articles dédiés au jardin
• Olygose : ingrédients pour la nutrition santé
• Chef Cuisine, by Nutresia : restauration gastronomique à domicile
• Cryolog : étiquettes intellligentes pour la lutte contre le gaspillage alimentaire
• eProvenance : technologie de suivi de produits sensibles
• Lineazen : système de caissons structurels en bois pour la construction d'immeubles multi-étages
• Naïo : robots agricoles autonomes
• Yooji : nouvelle génération d'alimentation pour bébés
• Cellu Comp : additifs biosourcés pour les peintures, papiers et cartons
• Matahi : boisson énergisante à base de baobab
• Prêt à Pousser : potagers d'intérieur autonomes
• Agriconomie : e-commerce dédié aux approvisionnements agricoles
• CombaGroup : systèmes de cultures en aéroponie